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| Macron et Gattaz (photo © B. Girette/IP3), Cameron (photo © Guetty), N. Vallaud-Belkacem (capture Canal+). |
Quand la confusion règne, tout devient possible ou presque dans la société en matière de déni et d’approximation, voulue ou non, qui rendent le monde incompréhensible. Une telle situation devient rapidement invivable. Il faut donc reprendre point par point ce qui est dit, diffusé, pour rétablir les faits et construire ou reconstruire une vision intelligible qui permette d’agir pour un monde plus juste, plus ouvert, où la conscience et le progrès l’emporteraient sur l’aliénation et la régression sociale, politique et économique.
La sécurité est une préoccupation prioritaire et légitime des citoyens et des pouvoirs publics depuis les attentats de janvier et novembre 2015 et leurs répliques dans de nombreux pays, du Moyen-Orient à l’Asie, de l’Afrique à l’Amérique du Nord. Si l’on en croit Interpol, l’organisme de coordination policière en Europe, l’État islamique (EI, Daech) « innoverait » en se décentralisant pour une plus grande efficacité meurtrière à grande échelle, en Europe en général et en France en particulier. La menace est en effet croissante, permanente. Qui en doute ? Penser que l’on pourrait y faire face par le seul renforcement des moyens des forces de sécurité est illusoire, les services auraient-ils « déjoué » onze tentatives d’attentats comme l’affirme Bernard Cazeneuve. C’est bien vers une mobilisation globale, responsable, citoyenne, de l’ensemble de la société qu’il faut se tourner à présent et à nouveau. Les jeux politiciens autour de la déchéance de nationalité, à plus forte raison accompagnée de mesures discriminatoires, divisent et n’aident en rien à cette levée en masse. Il est donc urgent d’y renoncer. Point besoin non plus de faire de l’état d’urgence la norme de fonctionnement plus ou moins permanente d’une société démocratique qui lentement s’en déliterait et cesserait alors de l’être. Trois mois de ce régime particulier suffisent. La réforme de la Constitution pouvait s’entendre à la condition qu’elle débouche sur une « démocratisation » de précaution par la suppression concomitante des articles 16 – pouvoirs exceptionnels – et 36 – état de siège – du texte fondateur et antidémocratique de la Ve République. Il n’en sera rien. Tout cela est en conséquence devenu inefficace et dangereux pour les libertés comme pour la lutte contre la menace terroriste. Il vaudrait mieux que lorsqu’une ministre comme Najat Vallaud-Belkacem se trouve sur un plateau face à des prêcheurs islamistes déversant leurs insanités, elle réagisse autrement que par le recours à des « principes » ineptes de com’. Il vaudrait mieux que les rédactions et les directions des médias fassent preuve de responsabilité en ne leur tendant pas micros et caméras comme d’ailleurs en direction des autres adeptes de la haine que sont les racistes et fascistes divers. Il vaudrait mieux que les nouveaux présidents de région ne fassent pas rentrer le FN dans les lycées. La bataille idéologique, culturelle, sociale le commande. Elle doit être sans merci à l’école, sur les lieux de travail, dans les quartiers et sur les réseaux sociaux et la justice doit accompagner le mouvement. C’est un problème politique en effet non une question technique qu’il faut résoudre. Retrouver au quotidien l’élan du 11 janvier 2015 pour faire peser la société rassemblée, sereine et sûre d’elle, contre ceux qui veulent la détruire. Il s’agit de la seule garantie que nous puissions nous donner par anticipation. Ce pays et d’autres ont en effet résisté une fois, deux fois… Qu’en serait-il si nous devions faire face à une nouvelle échéance sanglante ? Il n’est pas encore trop tard pour réorienter l’exigence sécuritaire vers la mobilisation citoyenne de toute la société face aux barbares.
La situation économique et sociale ne se porte guère mieux. La conjonction avec la crise sécuritaire n’est pas sans conséquence. Certes, au niveau du pouvoir régalien, l’on peut toujours espérer masquer l’une par l’autre même si cela relève d’un petit calcul hasardeux. Mais au niveau de la vraie vie, il en va tout autrement. Le désespoir social sape plus sûrement que tout autre cause la société et ses solidarités « naturelles ». Le pays compte plus de 5,5 millions de chômeurs et une coalition d’irresponsables allant de Gattaz à Macron en passant par la droite explique doctement que ce serait la faute, au moins en partie, aux 35 heures. La vérité statistique le confirme, ceux qui travaillent à temps plein y consacrent 39 heures alors que la durée légale est fixée à 35. Cette distorsion entre la loi et la vie est lourdement préjudiciable à l’emploi. Ensuite, les heures supplémentaires ne sont que faiblement compensées en terme salarial – minimum 10 %. Ce serait encore trop pour l’histrion de Bercy. Il faut au contraire revenir aux 35 heures en augmentant le plancher de la compensation financière pour rendre moins fréquent le dépassement horaire hebdomadaire, en ne permettant pas que celui-ci soit « lissé » sur de longues périodes. Il n’en va pas différemment des autres questions relatives à l’organisation du travail et à la protection des salariés. Quand 90 % des embauches se font en CDD, il faut redonner toute sa force au CDI quitte à l’assortir de garanties progressives à l’italienne et limiter la multiplication abusive des CDD plutôt qu’institutionnaliser la précarité pour tous qui est toujours dommageable pour les êtres humains comme pour l’économie dans son ensemble. Il importe que les garanties en matière de protection sociale, contre la maladie et la vieillesse, soient financées d’abord par les cotisations sociales, celles des salariés comme celles des employeurs, car elles sont constitutives d’un salaire différé géré collectivement. Y renoncer par le recours à l’impôt – la conséquence de la baisse des charges – revient en réalité à abaisser le niveau des salaires. Absolument inacceptable socialement et dangereux économiquement par la compression de la demande qu’elle suppose. Il n’en va pas différemment des heures travaillées en soirées et le dimanche qui doivent être a minima payées double. Ce sont là quelques éléments essentiels qui doivent figurer dans un code du travail, simplifié parce que rien ne serait plus opposable à la loi, ni dérogations de circonstance pérennisées, ni accord de dupes au niveau de la branche ou de l’entreprise. L’espace de négociation doit commencer au-delà de la loi jamais en deçà. Point besoin de tergiverser de rapport en rapport sur le sujet pour asseoir quelques grands principes et éviter que le monde du travail ne devienne une jungle menaçante pour la vie et la santé de la majorité de la population. Pas si accessoire que cela enfin, il n’est pas opportun comme le fait Badinter d’envisager la possible manifestation des croyances et superstitions sur les lieux de travail car ce serait les hisser à un niveau qui est celui des opinions sociales ou politiques. Cela se révélerait en outre rapidement ingérable – port du voile islamique, refus de la mixité, etc. Mieux vaut acter le principe de neutralité laïque sur les lieux de travail comme dans l’espace public.
L’accueil des réfugiés en Europe constitue un autre sujet majeur de difficultés. Il se fait mal, de manière inéquitable et crée des abcès de tensions dont celui de Calais, c’est un fait. Par principe et souci de bonne gouvernance, le recours à l’armée doit être exclu pour résoudre un problème politique et social. Xavier Bertrand et les droites du cru font fausse route. Politique car l’Europe est défaillante par la faute de ses États membres. Cameron et sa majorité ne veulent pas accueillir ces quelques milliers de réfugiés qui rêvent de Grande-Bretagne et de rien d’autre. Calais leur sert d’arrière-cour. Mais dans le même temps, le Royaume encore uni ne sait pas s’il doit rester dans l’Union ou la quitter. Cela complique bien sûr la vie de tous ses partenaires à commencer par Paris. Entre exigence raisonnable de partage du fardeau et souci d’éviter tout ce qui pourrait apparaître comme une provocation dans l’opinion britannique, l’on navigue à la godille. Il serait préférable de chercher une solution humaine et durable avec un accueil sur le territoire français de la majorité des réfugiés bloqués à Calais sans possibilité d’y déroger. De manière générale, les accords bilatéraux entre voisins ne fonctionnent pas bien, voire pas du tout. La question ne peut se régler qu’à l’échelle de l’Union en imposant des quotas obligatoires et justes à tous en rapport avec l’afflux des réfugiés, non pas la définition de quotas minimum qui ne sont jamais respectés. La Commission comme le Conseil n’y sont pas parvenus jusqu’à ce jour. À quelques encablures du prochain sommet, les choses doivent être claires. Faute de résultats autres que formels, le recours à une consultation démocratique des citoyens européens s’imposerait pour affirmer tout à la fois le devoir d’accueil, la répartition des réfugiés entre les territoires des régions d’Europe et la mise en place d’un impôt dédié à l’échelle de l’Union pour les y aider. Ce serait le meilleur moyen de faire tomber murs de la honte, dispositions indignes comme au Danemark et frontières de circonstance qui défigurent le projet européen. Au-delà bien sûr, c’est la question de la guerre qui est en toile de fond, une guerre difficile et longue contre les fauteurs de troubles qui ensanglantent un nombre toujours plus important de pays ne laissant d’autres choix aux populations que de partir ou de subir le joug infâme de la charia islamique. Là encore, l’Union fonctionne bien imparfaitement entre l’engagement des uns et l’abstention des autres. À défaut d’une plus grande solidarité, l’effort de guerre devra être mutualisé au moins partiellement et surtout faire l’objet d’une politique unifiée. À quoi servirait durablement une diplomatie commune incarnée par la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, si elle n’avait pas cette dimension militaire qui lui fait défaut. Il arrive parfois que des avancées importantes se concrétisent parce que le besoin s’en fait sentir à un moment que nul n’a choisi. C’est d’évidence le cas aujourd’hui.
La sécurité est une préoccupation prioritaire et légitime des citoyens et des pouvoirs publics depuis les attentats de janvier et novembre 2015 et leurs répliques dans de nombreux pays, du Moyen-Orient à l’Asie, de l’Afrique à l’Amérique du Nord. Si l’on en croit Interpol, l’organisme de coordination policière en Europe, l’État islamique (EI, Daech) « innoverait » en se décentralisant pour une plus grande efficacité meurtrière à grande échelle, en Europe en général et en France en particulier. La menace est en effet croissante, permanente. Qui en doute ? Penser que l’on pourrait y faire face par le seul renforcement des moyens des forces de sécurité est illusoire, les services auraient-ils « déjoué » onze tentatives d’attentats comme l’affirme Bernard Cazeneuve. C’est bien vers une mobilisation globale, responsable, citoyenne, de l’ensemble de la société qu’il faut se tourner à présent et à nouveau. Les jeux politiciens autour de la déchéance de nationalité, à plus forte raison accompagnée de mesures discriminatoires, divisent et n’aident en rien à cette levée en masse. Il est donc urgent d’y renoncer. Point besoin non plus de faire de l’état d’urgence la norme de fonctionnement plus ou moins permanente d’une société démocratique qui lentement s’en déliterait et cesserait alors de l’être. Trois mois de ce régime particulier suffisent. La réforme de la Constitution pouvait s’entendre à la condition qu’elle débouche sur une « démocratisation » de précaution par la suppression concomitante des articles 16 – pouvoirs exceptionnels – et 36 – état de siège – du texte fondateur et antidémocratique de la Ve République. Il n’en sera rien. Tout cela est en conséquence devenu inefficace et dangereux pour les libertés comme pour la lutte contre la menace terroriste. Il vaudrait mieux que lorsqu’une ministre comme Najat Vallaud-Belkacem se trouve sur un plateau face à des prêcheurs islamistes déversant leurs insanités, elle réagisse autrement que par le recours à des « principes » ineptes de com’. Il vaudrait mieux que les rédactions et les directions des médias fassent preuve de responsabilité en ne leur tendant pas micros et caméras comme d’ailleurs en direction des autres adeptes de la haine que sont les racistes et fascistes divers. Il vaudrait mieux que les nouveaux présidents de région ne fassent pas rentrer le FN dans les lycées. La bataille idéologique, culturelle, sociale le commande. Elle doit être sans merci à l’école, sur les lieux de travail, dans les quartiers et sur les réseaux sociaux et la justice doit accompagner le mouvement. C’est un problème politique en effet non une question technique qu’il faut résoudre. Retrouver au quotidien l’élan du 11 janvier 2015 pour faire peser la société rassemblée, sereine et sûre d’elle, contre ceux qui veulent la détruire. Il s’agit de la seule garantie que nous puissions nous donner par anticipation. Ce pays et d’autres ont en effet résisté une fois, deux fois… Qu’en serait-il si nous devions faire face à une nouvelle échéance sanglante ? Il n’est pas encore trop tard pour réorienter l’exigence sécuritaire vers la mobilisation citoyenne de toute la société face aux barbares.
La situation économique et sociale ne se porte guère mieux. La conjonction avec la crise sécuritaire n’est pas sans conséquence. Certes, au niveau du pouvoir régalien, l’on peut toujours espérer masquer l’une par l’autre même si cela relève d’un petit calcul hasardeux. Mais au niveau de la vraie vie, il en va tout autrement. Le désespoir social sape plus sûrement que tout autre cause la société et ses solidarités « naturelles ». Le pays compte plus de 5,5 millions de chômeurs et une coalition d’irresponsables allant de Gattaz à Macron en passant par la droite explique doctement que ce serait la faute, au moins en partie, aux 35 heures. La vérité statistique le confirme, ceux qui travaillent à temps plein y consacrent 39 heures alors que la durée légale est fixée à 35. Cette distorsion entre la loi et la vie est lourdement préjudiciable à l’emploi. Ensuite, les heures supplémentaires ne sont que faiblement compensées en terme salarial – minimum 10 %. Ce serait encore trop pour l’histrion de Bercy. Il faut au contraire revenir aux 35 heures en augmentant le plancher de la compensation financière pour rendre moins fréquent le dépassement horaire hebdomadaire, en ne permettant pas que celui-ci soit « lissé » sur de longues périodes. Il n’en va pas différemment des autres questions relatives à l’organisation du travail et à la protection des salariés. Quand 90 % des embauches se font en CDD, il faut redonner toute sa force au CDI quitte à l’assortir de garanties progressives à l’italienne et limiter la multiplication abusive des CDD plutôt qu’institutionnaliser la précarité pour tous qui est toujours dommageable pour les êtres humains comme pour l’économie dans son ensemble. Il importe que les garanties en matière de protection sociale, contre la maladie et la vieillesse, soient financées d’abord par les cotisations sociales, celles des salariés comme celles des employeurs, car elles sont constitutives d’un salaire différé géré collectivement. Y renoncer par le recours à l’impôt – la conséquence de la baisse des charges – revient en réalité à abaisser le niveau des salaires. Absolument inacceptable socialement et dangereux économiquement par la compression de la demande qu’elle suppose. Il n’en va pas différemment des heures travaillées en soirées et le dimanche qui doivent être a minima payées double. Ce sont là quelques éléments essentiels qui doivent figurer dans un code du travail, simplifié parce que rien ne serait plus opposable à la loi, ni dérogations de circonstance pérennisées, ni accord de dupes au niveau de la branche ou de l’entreprise. L’espace de négociation doit commencer au-delà de la loi jamais en deçà. Point besoin de tergiverser de rapport en rapport sur le sujet pour asseoir quelques grands principes et éviter que le monde du travail ne devienne une jungle menaçante pour la vie et la santé de la majorité de la population. Pas si accessoire que cela enfin, il n’est pas opportun comme le fait Badinter d’envisager la possible manifestation des croyances et superstitions sur les lieux de travail car ce serait les hisser à un niveau qui est celui des opinions sociales ou politiques. Cela se révélerait en outre rapidement ingérable – port du voile islamique, refus de la mixité, etc. Mieux vaut acter le principe de neutralité laïque sur les lieux de travail comme dans l’espace public.
L’accueil des réfugiés en Europe constitue un autre sujet majeur de difficultés. Il se fait mal, de manière inéquitable et crée des abcès de tensions dont celui de Calais, c’est un fait. Par principe et souci de bonne gouvernance, le recours à l’armée doit être exclu pour résoudre un problème politique et social. Xavier Bertrand et les droites du cru font fausse route. Politique car l’Europe est défaillante par la faute de ses États membres. Cameron et sa majorité ne veulent pas accueillir ces quelques milliers de réfugiés qui rêvent de Grande-Bretagne et de rien d’autre. Calais leur sert d’arrière-cour. Mais dans le même temps, le Royaume encore uni ne sait pas s’il doit rester dans l’Union ou la quitter. Cela complique bien sûr la vie de tous ses partenaires à commencer par Paris. Entre exigence raisonnable de partage du fardeau et souci d’éviter tout ce qui pourrait apparaître comme une provocation dans l’opinion britannique, l’on navigue à la godille. Il serait préférable de chercher une solution humaine et durable avec un accueil sur le territoire français de la majorité des réfugiés bloqués à Calais sans possibilité d’y déroger. De manière générale, les accords bilatéraux entre voisins ne fonctionnent pas bien, voire pas du tout. La question ne peut se régler qu’à l’échelle de l’Union en imposant des quotas obligatoires et justes à tous en rapport avec l’afflux des réfugiés, non pas la définition de quotas minimum qui ne sont jamais respectés. La Commission comme le Conseil n’y sont pas parvenus jusqu’à ce jour. À quelques encablures du prochain sommet, les choses doivent être claires. Faute de résultats autres que formels, le recours à une consultation démocratique des citoyens européens s’imposerait pour affirmer tout à la fois le devoir d’accueil, la répartition des réfugiés entre les territoires des régions d’Europe et la mise en place d’un impôt dédié à l’échelle de l’Union pour les y aider. Ce serait le meilleur moyen de faire tomber murs de la honte, dispositions indignes comme au Danemark et frontières de circonstance qui défigurent le projet européen. Au-delà bien sûr, c’est la question de la guerre qui est en toile de fond, une guerre difficile et longue contre les fauteurs de troubles qui ensanglantent un nombre toujours plus important de pays ne laissant d’autres choix aux populations que de partir ou de subir le joug infâme de la charia islamique. Là encore, l’Union fonctionne bien imparfaitement entre l’engagement des uns et l’abstention des autres. À défaut d’une plus grande solidarité, l’effort de guerre devra être mutualisé au moins partiellement et surtout faire l’objet d’une politique unifiée. À quoi servirait durablement une diplomatie commune incarnée par la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, si elle n’avait pas cette dimension militaire qui lui fait défaut. Il arrive parfois que des avancées importantes se concrétisent parce que le besoin s’en fait sentir à un moment que nul n’a choisi. C’est d’évidence le cas aujourd’hui.

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