samedi 30 janvier 2016

Hollande dans l'obstination, la gauche dans la désolation


Valls et Hollande, le 11 janvier dernier (photo © SIPA).

La gauche peut-elle espérer mieux que d'avoir à se rallier à un candidat de droite dans un second tour en avril 2017 où elle ne serait pas qualifiée et où il lui faudrait assurer la victoire de la droite classique contre Le Pen ? La question est posée à tous à gauche. L'utilité d'une primaire en dépend. Que l’Élysée le veuille ou non, plus les jours passent, plus les éléments de bilan s'accumulent, plus une nouvelle candidature de Hollande apparaît susceptible d'entraîner une lourde défaite de la gauche. Le calcul cynique qui miserait sur la défaite pour mieux jouer le coup d'après ne serait pas davantage acceptable. C'est hélas dans ce clair-obscur qu'évolue le gouvernement et, par voie de conséquence, nombre de ses soutiens socialistes. Le départ de Christiane Taubira, avant même un remaniement de casting convenu qui ne changera rien sur le fond, souligne à quel point même ceux qui ont espéré jusqu'au bout une inflexion, y ont travaillé d'arrache-pied, doivent aujourd'hui se rendre à l'évidence.

Bilan en effet d'abord, non parce que la présidentielle se jouerait sur le passé mais parce qu'un bilan « plombé » décrédibilise forcément n'importe lequel des programmes et ceux qui le portent. La crue permanente du chômage est au nombre de ces éléments qui condamnent François Hollande car ce n'est pas la faute à « pas-de-chance » si la France fait figure d'exception en Europe. Il s'agit du fruit amer d'une politique de l'offre caricaturale, maintes fois condamnée de toutes parts, mais qu'Hollande et ses conseillers ont maintenue avec les résultats que l'on connaît. Sapin force la note quand il se réjouit de la « performance » de l'économie française en 2015 qui, avec un 1,1 % de croissance, vogue loin, très loin de la moyenne de la zone euro – 1,5 %.  Bien sûr et heureusement, il y a quelques succès, principalement à l'exportation et résultant de la diplomatie économique chère à Fabius. Avec l'Iran de Rohani comme avec l'Arabie des Saoud dans le domaine de l'armement, mais cela ne saurait cacher la misère d'une économie en perte de vitesse, en mal d'investissements et ne créant que très peu d'emplois, sans rapport avec les besoins.


La cohésion sociale qui aurait pu découler d'une modernisation de l'économie assurant à tous et à toutes un emploi, des conditions de vie et de travail améliorées, un revenu en progression, a été au contraire bousculée. Le gouvernement paraît parfois ne plus savoir quoi inventer pour aggraver la situation. Conditions de vie où l'on évoque forcément le logement et ce chiffre terrible de quatorze millions de nos concitoyens contraints de vivre dans un habitat insalubre, dangereux pour la santé et rappelant davantage le sous-développement qu'une économie européenne. Les chiffres de la construction de logements sont sans commune mesure avec les engagements pris. Conditions de travail pour ceux qui ont un emploi complet où on lui consacre en moyenne, non pas 35 heures comme le veut la loi, mais 39 heures comme il y a bien longtemps, très longtemps. Et l'on pérore sur une « révolution » de la production qui changerait la vie ! Tout cela fait hélas système depuis l'arrivée de Hollande à l’Élysée.


S'il y a un domaine où le Président bientôt sortant a été à la hauteur de ses fonctions, c'est celui de l'incarnation au sommet de l’État d'une volonté de faire face, de résister et combattre la barbarie islamiste. Heureusement car c'est aussi le minimum dans la fonction. Nul ne le lui conteste mais ce n'est pas suffisant pour construire un avenir à un pays déjà relégué dans les profondeurs des classements par Sarkozy alors qu'il a tout pour mieux faire. Et là encore, le bilan de Hollande sera entaché par cette obstination à imposer un débat de diversion sur la déchéance de nationalité et l'état d'urgence pérenne avec le soutien de la droite contre beaucoup de celles et  de ceux qui l'ont élu. Les manœuvres grossières pour suggérer sans le dire en ne renonçant pas à la discrimination initiale ne trompent personne. Le pouvoir s'enlise dans une atteinte au principe d'égalité et dans la reconduction d'un fonctionnement d'exception incompatible avec les libertés qui ne produiront au mieux qu'une victoire politicienne à la Pyrrhus sur la gauche. 


Résister ce n'est pas rester aux commandes quand elles sont formelles, contraintes et ne répondent plus. Résister, cela peut être en effet partir à la condition que ce soit pour revenir avec les renforts, ce qui suppose travailler à un projet de reconstruction unitaire d'une gauche maltraitée. Celle-ci n'a nul besoin « d’icônes » mais d'un élan collectif. Non, Manuel Valls, résister, ce n'est pas se confronter, se conformer, à un pays prétendument « réel » en opposant son avenir à celui de la gauche, car pour « nous », hommes et femmes de gauche, l'un ne va pas sans l'autre. Une différence qui plonge ses racines dans toute l'histoire de la gauche, celle des sociaux-démocrates comme celle des autres courants combattant pour le progrès et la transformation sociale. Ceux, jeunes loups ou louves d'hier ou d'aujourd'hui, qui le feraient ne peuvent que se perdre dans une logique d'abandon irréversible et de reniement sans retour.


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