mardi 19 janvier 2016

Parti pris du 19 janvier 2016

F. Hollande détaillait hier matin son "plan pour l'emploi" (photo © AFP).

Actualité de plomb cette semaine avec la « redéfinition du modèle social » français par Hollande, un libéralisme administré par les sommets de l'État, sans surprise et lourd d'injustice. Avec le chiffre obscène de l'inégalité sur la planète – 1 % de la population mondiale est plus riche que les 99 % restants (Oxfam). Avec la Cour des comptes qui propose de réduire le montant et la durée des allocations de chômage pour éviter que le déficit de l'UNEDIC – plus de 29 milliards – ne s'aggrave. Avec l'affaire Kerviel où les soupçons de manipulation de la justice par la Société Générale se précisent, sans minimiser les responsabilités de l'ancien trader. Avec de nouvelles mises en examen des amis de Sarkozy pour les malversations et les tricheries de la campagne présidentielle de 2012. Avec de nouveaux crimes de l’État islamique qui a massacré 135 villageois et en a pris plus de 400 en otages en Syrie. L'actualité en boucle d'un monde qui paraît, certains jours, courir à sa perte. Inutile donc d'insister sauf pour décrypter la doctrine économique et sociale du candidat Hollande. 

Le coup de dé du candidat. Chacun l'aura compris, en dépit de son bilan, de la parole tant de fois reniée et de la volonté exprimée par les Français en général et les électeurs de gauche en particulier, François Hollande entend être candidat à sa propre succession quitte à faire perdre la gauche. Particularité de cette Ve République antidémocratique, le monarque, au-dessus du Parlement et des contingences partisanes du type primaire, peut se le permettre. Valls le qualifie même de « candidat naturel ». Raison de plus pour leur opposer la démocratie afin de désigner le ou la candidate de la gauche à l'élection d'avril 2017. Hollande, à 15 mois du rendez-vous, se lance dans la « redéfinition du modèle économique et social ». Il peut en effet difficilement assumer sans rien faire quelque 670 000 chômeurs supplémentaires en catégorie A et plus de 1 000 000 toutes catégories confondues en quatre ans. D'autant que si les conséquences de la crise sont passées par là, la situation française fait figure d'exception qui confirme la règle de l'inversion de la courbe du chômage ailleurs. 

Toujours prompt à caresser le petit patronat, les artisans et les commerçants dans le sens du poil, le Président annonce une prime à l'embauche de 2 000 euros pour les salaires inférieurs à 1,3 fois le SMIC dans les entreprises de moins de 250 salariés. Politiquement, le symbole est clair, les contribuables, les ménages financeront cette mesure comme les autres – plus de 2 milliards au total – au profit de catégories sociales qui n'en ont nullement besoin tant elles ont été choyées sans que cela ne change rien sur le front du chômage. Économiquement, l'on frise le ridicule car les entreprises qui avaient besoin d'embaucher le feront et les autres ne le feront pas à ce prix. C'est la mesure la plus immédiate de ce énième plan pour l'emploi. Toujours avec le même souci de satisfaire cette petite bourgeoisie avide d'injustice sociale, Hollande projette un démantèlement des 35 heures en prévoyant d'abaisser la majoration obligatoire des heures supplémentaires – jusqu'à 1 % ? – et de rendre possible une modulation du temps de travail au-delà d'un an. Cerise sur le gâteau, il entend qu'à l'avenir l'accord d'entreprise puisse prévaloir sur le contrat de travail. En clair, les salariés qui n'accepteraient pas de se conformer à un accord d'entreprise entre la direction et un syndicat maison au nom de leur contrat de travail, n'auraient plus qu'à prendre la porte. Cette inversion des normes porterait un coup mortel au droit du travail et au modèle social qu'il inspire dans lequel le salarié dispose légalement de quelques garanties sociales. Et tant qu'à faire « pour sécuriser » les patrons délinquants, les indemnités pour licenciement abusif seraient plafonnées devant les chambres prud’homales. 

L'autre volet de ce plan concerne la formation des chômeurs. En politicien retors, faute d'obtenir des résultats réels sur le front du chômage, Hollande espère désormais en donner l'illusion en basculant un maximum de chômeurs de la catégorie A dans la catégorie D – chômeurs dispensés de recherche d'emploi parce qu'en formation ou contrat aidé. Le chiffre avancé de 500 000 chômeurs en formation est évidemment extravagant mais… réussirait-il seulement à gommer des statistiques une, deux ou trois centaines de milliers de chômeurs en catégorie A – l'OCDE le prévoit – que le tour serait joué. Personne naturellement ne conteste au plan des généralités le fait qu'il vaut mieux avoir des salariés en formation qu’au chômage. Seulement, la formation professionnelle est un secteur opaque et dispendieux. Quelque 70 à 90 milliards y sont consacrés chaque année sans que l'on puisse dire à quoi ils servent. Les « organisations sociales », le patronat avant tout et les syndicats de salariés accessoirement, y puisent de quoi financer leur « fonctionnement ». À ce titre, il n'est pas exagéré de qualifier ce secteur de parasitaire. Sans rien y changer, Hollande abonde de plus d'un milliard supplémentaire les caisses. Les partenaires sociaux, le patronat et ses alliés, réclament la rupture de tout lien avec l’Éducation nationale. Il faut promouvoir à l'inverse la création d'un grand service public de la formation qui lui soit rattaché. Il en va de même de l'apprentissage et de la dérégulation des qualifications pour accéder aux professions dites indépendantes dont Hollande dit qu'il va s'y atteler. Au final, ce plan pour l'emploi comme les précédents – CICE, Pacte de compétitivité… etc. – ne changera rien de significatif à une situation économique où la seule chose qui se soit vraiment améliorée est la marge financière des entreprises sans que cela ne se traduise par une relance des investissements car ils dépendent aussi d'une promesse de réalisation par l'augmentation de la demande, de la consommation. Au total, non pas « peut mieux faire », mais plutôt « hors sujet »…

Un succès dangereux. Les exportations françaises d'armement ont pratiquement doublé en 2015 par rapport à 2014 – 8,2 milliards – totalisant quelque 16 milliards dont 13 à destination du seul Proche-Orient. Dassault, MBDA et DCNS, le trio de tête, voient leurs bénéfices exploser. C'est considérable et la confirmation de la place solidement occupée par la France – la troisième – sur ce marché de la guerre… à crédits. Car si dans l'immédiat la balance entre exportations et importations s'en trouve mieux, les inconvénients de moyen et long termes ne sont pas négligeables. Il y a d'abord la morale et l'indépendance d'une politique étrangère qui n'a rien à refuser à ses clients principaux, au premier rang desquels les Saoud. Il y a ensuite la situation fragile de ces clients confrontés à la baisse durable de leurs ressources issues de la manne pétrolière, des clients qui achètent à crédits et qui peuvent s'effondrer du jour au lendemain en laissant l'ardoise à des fournisseurs par trop imprévoyants. Enfin et ce n'est pas le moindre des paradoxes, ce succès à l'exportation masque mal la stagnation, voire le recul, des exportations dans d'autres secteurs industriels autrement plus décisifs pour l'économie française de demain. L'on y retrouve les problèmes de compétitivité et de descente en gamme qui caractérisent l'économie française. L'absence de relance des investissements privés le souligne cruellement. Pas grand monde n'y croit parce qu'encore une fois, si la consommation n'est pas au rendez-vous, il n'y a ni investissement ni amélioration de la compétitivité tout simplement faute de débouchés. Le marché très particulier des armements ne reflète jamais la situation générale d'une économie. Il en serait plutôt le talon d'Achille. Il ne diffuse pas dans le reste de l'économie ni au plan technologique ni même au plan de l'organisation générale de la production. Il relève davantage d'un artisanat de luxe à forte valeur ajoutée susceptible de produire au moment où l'on s'y attend le moins de sérieuses déconvenues. Personne ne pourra dire que l'on ne savait pas…

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