samedi 16 janvier 2016

Lucidité et volonté d'agir

La nuit dernière à Ouagadougou (photo © AFP)

Ouagadougou après Istanbul et Jakarta… la semaine aura été sanglante, une fois encore et toujours au nom de la même idéologie des fous d'Allah. Des Islamistes, cette fois d'Al Qaïda au Maghreb islamique, ont semé la mort cette nuit dans le centre-ville de la capitale burkinabée. D'autres tueurs, se revendiquant de l’État islamique, avaient frappé en Turquie et en Indonésie en début de semaine. Des dizaines de morts, une population en état de choc, une économie plus ou moins plombée, d'importants réseaux de complicité révélés, le constat est partout le même et se répète. Pas moins d'une quarantaine de pays abriterait des groupes susceptibles de passer sans délai à l'action meurtrière. S’y ajoute le chiffre de plus de 1 000 morts dont 90 % de civils provoquées par Boko Haram au Cameroun. Le bilan est infiniment plus lourd dans le fief nigérien de cet autre groupe islamique. Comment l'Afrique pourrait-elle décoller dans ces conditions et les Africains entrevoir la perspective de vivre enfin mieux ? Comment la vie pourrait-elle retrouver un cours normal dans les cités atteintes en Afrique, en Asie ou en Europe, aussi longtemps que la menace persistera ? Comment la croissance sur la planète dans son ensemble pourrait-elle retrouver quelques couleurs ? Oui, c'est bien une guerre globale que l’État islamique, ses affiliés comme Boko Haram et ses semblables comme Al Qaïda ont déclenchée contre l'humanité depuis juin 2014 et la proclamation du Califat de Baghdadi. Le doute s'il y en a jamais eu un sur la portée de ces actes de guerre est depuis longtemps levé. Compter sur les capacités des populations frappées à encaisser sans fin, à supporter dans la dignité, ces attaques répétitives serait un pari risqué. Tout le problème réside dans la riposte coordonnée et sur le terrain de la communauté internationale qui malheureusement se fait attendre. Plus elle tardera à se faire foudroyante, plus son coût sera élevé en pertes humaines comme au plan financier pour la reconstruction de sociétés vivables. Il ne sera plus possible de transiger bien longtemps en déléguant à des régimes, comme celui des Saoud, le soin de mener la guerre sur place à la mesure de leurs intérêts contraires à la démocratie et aux droits humains. Il faut frapper vite et sans merci les bases arrières du Califat pour le détruire, anéantir les réseaux par l'action de la police mais aussi par la reconquête démocratique et culturelle de ces quartiers où l'Islamisme a pris la rue et l'espace public. C'est affaire de volonté politique et de détermination démocratique, à l'opposé des mesures politiciennes, formelles et dangereuses, comme la déchéance de nationalité discriminatoire en France, comme l'exaltation chauvine par Obama – discours sur l'état de l'union – d'une Amérique qui ne risquerait rien derrière ses hauts murs. L'humanité est une dans ses intérêts les plus essentiels et l'élimination de la menace islamique est au nombre de ceux-là. Tout l'exige.
En comparaison, le reste de l'actualité paraît moins décisif, même s'il faut en tirer quelques enseignements. Aux États-unis, la banque tentaculaire Goldman Sachs acquittera 5 milliards de dollars pour solde de tout compte dans la crise des subprimes par laquelle le monde a failli tout perdre en 2008-2009. C'est bien peu cher payé mais au moins l'administration américaine a poursuivi quelques établissements financiers. Bruxelles n'a pas eu ce semblant de volonté d'administrer une amende salée aux banquiers fauteurs de crise. La régulation, censée éviter la répétition de telles manipulations, a quelque peu avancé mais en ordre dispersé. Là encore, l'Europe est à la traîne. Elle l'est, il est vrai, dans bien d'autres domaines. Au point où Junker, le Président de la Commission, s'interroge pour savoir si les ruptures intervenues, de l'Ukraine à la crise des réfugiés en passant par la riposte au terrorisme, n'annoncent pas « le début de la fin » de l'idée européenne. Fatal coup de blues là où il conviendrait de prendre la question de la gouvernance à bras le corps avec la construction d'une Europe fédérale apte à relever les défis qui sont devant elle, sans quoi les intérêts nationaux les plus rétrogrades reprendront le dessus. 

En France, débat récurrent et provocateur qu'initient l’Élysée et Matignon autour de la lutte contre le chômage de masse et la réforme du code du travail puisque ils ont eu la fort mauvaise idée de lier les deux dossiers. « Sécuriser » les entreprises ou garantir les droits sociaux des salariés… C'est aussi navrant que cela, alors que tout a été mis en œuvre depuis 2012 pour multiplier les avantages financiers en faveur des propriétaires et des actionnaires et que rien n'a été réellement fait en faveur des salariés. Le maintien contre vents et marées d'une politique de l'offre sans contrepartie ni mesure en est la cause. Une politique qui n'a obtenu aucun résultat tangible sur le front du chômage, ni même sur celui de la croissance faute d'une relance de la consommation des ménages qui ont, eux, tout financé et qui n'en peuvent plus. Gattaz se sent donc pousser des ailes pour en obtenir davantage tandis que le fossé se creuse dangereusement entre les salariés, la gauche et le gouvernement. Nous sommes à un peu plus d'un an de la double échéance décisive des élections présidentielle et législatives. La désespérance est telle à gauche que le pire est à redouter, sauf si d'ici là, à force de subir, gronde une saine révolte pour changer de cap. Là encore avec lucidité sur les possibles et volonté de ne pas se laisser conduire à la défaite sans combattre.  

   
  

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