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| À Téhéran (photo © Reuters), à Pékin (photo © AFP), à Paris (photo © Reuters) |
Un second front dans la guerre au Proche-Orient. L'Arabie saoudite a ainsi ouvert aux premières heures de la nouvelle année un second front dans la guerre en procédant à l'exécution de plusieurs opposants, dont un dignitaire religieux, issus de la minorité chiite, en feignant de les confondre avec les terroristes d'Al Qaïda liquidés avec eux. Ce forfait s'ajoute à la longue liste des crimes des Saoud, dynastie moyenâgeuse en perdition. Ryad est en effet rattrapée par l'ampleur, sans équivalent pour un État reconnu par la communauté internationale, de ses atteintes systématiques aux droits de l'homme, à ceux des opposants au régime, à ceux des femmes, à ceux des immigrés ainsi que par ses décapitations et expositions odieuses des corps des suppliciés en public. S'y ajoute désormais la chute des cours du pétrole dont elle est en grande partie responsable et qui plombe aussi l'économie du royaume. S'y ajoute encore le terrible bilan, après tant d'autres, du Hajj de La Mecque l'an passé où ont péri plus de 2 000 personnes. Les milliards de dollars octroyés à ses obligés dans la région – y compris aux groupes terroristes – et dans le reste du monde lui ont trop longtemps permis d'acheter une amnistie aussi injustifiée qu'imprudente. L'administration américaine a pris ses distances avec le Royaume alors que Paris continue à y trouver un débouché commode et sans limites pour sa production d'armement. Face à Ryad se dresse l'Iran, l'autre puissance régionale en mesure d'intervenir sur le terrain – elle le prouve en Syrie comme au Yémen – et de disposer à son tour de la bienveillante compréhension non seulement de son allié russe mais de l'ensemble de la communauté internationale. Le marché iranien, dans la foulée de l'accord sur le nucléaire, fait en effet figure de potentiel Eldorado. S'il est vrai qu'un début de démocratisation est engagé à Téhéran à l'initiative du Président Rohani et sous la pression de la société civile, le pays, sur fond d'affrontements entre conservateurs et modernistes, n'est ni démocratique ni même respectueux des droits humains élémentaires. Cette tension après rupture des relations diplomatiques entre les deux États à l'initiative de Ryad sert les intérêts de l'État islamique, qui est aussitôt passé à l'action en Libye où il menace de prendre le contrôle du croissant pétrolier, autrement dit des principaux puits et dépôts d'hydrocarbure. C'est à ce titre une fort mauvaise nouvelle qui contredit les espoirs d'un recul de l'EI. C'est aussi l'occasion de reconsidérer l'orientation complaisante pour Ryad des chancelleries occidentales, au premier rang desquelles le Quai d'Orsay. Paris doit cesser de fermer les yeux par « retenue marchande » sur ce qui se passe chaque jour en Arabie saoudite. C'est urgent et conforme à l'intérêt général comme à la morale, serait-elle diplomatique.
Alertes boursières et incertitudes économiques. Le plongeon des bourses chinoises et par voie de contagion des places asiatiques en dit long sur la fragilité du système, au moins à sa périphérie si on le considère comme un ensemble planétaire. Il aura suffi de la énième confirmation que la production facturière de la Chine se contracte, mois après mois, pour que la limite des 7 % de pertes soit atteinte et que les cotations soient suspendues. Depuis le 1er janvier en effet un règlement, comme seuls les bureaucrates savent en fabriquer, déclenche automatiquement le coup de sifflet si les cotations s'envolent de plus de 7 % ou dégringolent dans la même proportion. Inutile précaution anti-panique d'autant que d'autres dispositifs du même genre, comme l'interdiction de vendre massivement des actions dans ce cas, ouvriront forcément une crise de liquidité. De mal en pis en quelque sorte, alors que ce qui est en cause, c'est la consommation des ménages des couches moyennes au moment où les exportations connaissent leurs limites dans une économie où le marché intérieur reste le parent pauvre d'un équilibre impossible à trouver sans sa contribution. En Russie, le rouble accumule les records à la baisse en dépit des promesses de Poutine. Ailleurs, c'est selon les jours, mais il est évident que les perspectives assombries de la croissance mondiale ne sont pas de nature à dynamiser les bourses même si quelques « mariolles » s'attendent à ce que « les bourses réservent quelques surprises en 2016 », selon un titre du Figaro, allant jusqu'à entrevoir la possibilité d'atteindre les 5 000 points à Paris ! Et les mêmes de s'esbaudir des performances de quelques niches comme l'immobilier ancien ou de l'opération engagée par Orange et Stéphane Richard, avec Bouygues et Groupama. Non, la vérité toute simple au point qu'elle en paraîtrait presque « bébête », c'est que l'économie bégaie toujours en dehors des États-Unis, tout simplement parce que ce qu'il fallait faire et qu'a fait la Réserve fédérale US n'a pas été mis à l'ordre du jour ailleurs, en Europe en particulier. Ajoutez-y une inflation toujours en berne dans la zone euro – 0,2 % en rythme annuel – et vous obtenez cette situation mi-figue, mi-raisin, faite de petits coups à l'accélération, suivi de contractions, d'ampleur limitée dans les deux cas mais impropres à relancer durablement la croissance. C'est bien le problème et tout le monde en convient d'ailleurs directement ou indirectement. Dans ces conditions, s'obstiner dans les chemins bourbeux d'une politique de l'offre à tous crins n'est plus une erreur, ni même une faute lourde, cela devient une « folie ».
Commémoration et confusion des genres. Elles sont inévitables et nécessaires dans un pays qui a tant souffert des attentats meurtriers en janvier comme en novembre. Mais la situation a changé dans le même temps. En janvier 2015, parce que c'était d'abord un journal, un symbole, que les terroristes islamiques avaient décapité, la riposte de masse, fraternelle, de millions d'Européens ouverts au reste du monde, déferlait sur le pays. Le pouvoir par le biais de ses dirigeants faisait tout simplement corps avec la société. En novembre, le Chef de l'État, Chef de guerre, était dans sa solitude aux Invalides face aux familles, même si les Parisiens étaient restés debout et dignes. Aujourd’hui, il y a cette remontée malsaine d'interrogations sur le fait que tout n'aurait pas été fait pour protéger à temps les uns, pour expliquer que durant un assaut cinq mille cartouches aient pu être tirées sans jamais atteindre les terroristes visés. Pourquoi le souligner ? Parce que c'est révélateur d'une erreur d'aiguillage au sommet de l'État où pour de piètres calculs politiques l'on s'est enfermé dans l'impasse du pouvoir personnel jusqu'à se prendre les pieds dans le tapis d'une déchéance de nationalité, inutile et choquante, dont personne n'aurait imaginé qu'elle devienne le point d'orgue politique des commémorations. Pas même les Le Pen et associés, qui sont les seuls à s'en réjouir. Et au lieu de consentir à reconnaître l'erreur à temps, un pouvoir sourd s'enferre en envisageant semble-t-il d'étendre la mesure de relégation au banc des apatrides à tous. Paradoxale France, pays réputé celui des Droits de l'homme, où ceux qui la gouvernent oublieraient ainsi les principes fondateurs de l'ONU, la leçon par laquelle Hannah Arendt démontrait que même les barbares d'entre les barbares ne peuvent pas se voir retirée leur qualité d'êtres humains. Pas par « pitié » mais parce que c'est la condition du combat vigilant pour éviter la répétition de crimes aussi abominables. Si demain le Président et le gouvernement venaient à se draper dans l'indignité consistant à créer des apatrides, ce serait en rayant d'un trait et d'un vote dont il faut espérer qu'ils ne l'obtiendraient pas du Congrès, l'un des enseignements politiques et humains essentiels à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Voilà, hélas, l'enjeu dans un pays qui donna tant de fois un élan décisif au monde et qui lui indiquerait cette fois la plus mauvaise des directions à prendre. Il ne le faut pas. Cela ne se peut pas. Il est encore temps…

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