![]() |
| La Une de Libération, Mitterrand (capture © Arte), hijabs et abayas chez Dolce & Gabbana (© D&G) |
Le temps des commémorations est rarement celui de l’avenir. Un an après, vingt ans après, les images et les interrogations se bousculent sur le pourquoi et le comment on en est arrivé là. Mieux vaudrait, même si cela demande un effort sur soi, regarder plus loin sur ce que nous voulons vraiment et les moyens d’y parvenir. Mitterrand d’abord puisqu’il faut en dire un mot. Il sut sans doute naviguer comme personne au sommet de l’État, entre intrigues et reniements, confortant comme aucun de ses prédécesseurs une organisation du pays, une Constitution dont il avait pourtant combattu le caractère antidémocratique, y voyant le signe du « coup d’État permanent ». Force est de constater que François Hollande, issu lui aussi de la gauche, s’affaire pour renforcer encore cet archaïsme, cette anomalie qui voudrait qu’ici et maintenant tout dépende d’un seul. Pouvoir personnel s’il en est sans beaucoup d’équivalents ailleurs. Mauvais penchant, mauvais choix qui coupent la France de ses voisins européens et d’une démocratie plus vivifiante que celle des taux d’abstention record et du fossé grandissant entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas ». On ne redonnera pas aux Français le goût de vivre en décidant collectivement en les enfermant dans cette logique qui ne sera pas celle du XXIe siècle.
C’est vrai en temps de paix, cela l’est davantage en temps de guerre. Il ne suffit pas en effet de répéter que la menace, celle des Islamistes de l’EI et de leurs associés, est toujours là, poisseuse, permanente, protéiforme, pour aller de l’avant. Nous vivons avec elle et devrons le faire durablement sans doute, mais ce n’est pas une raison pour que la sécurité, nécessaire bien sûr, vienne à éclipser toutes les autres raisons de débattre pour choisir, orienter ou réorienter les autres politiques publiques. Le tout sécuritaire est non seulement un leurre mais il est porteur de dégâts collatéraux bien plus importants qu’on ne l’imagine. Il n’est ni nécessaire, ni souhaitable que le débat parlementaire, par exemple, soit confisqué en faveur d’une série de lois que l’on jugera toujours insuffisantes pour donner toujours plus de moyens, de pouvoir aux forces de police, au risque désormais d’en limiter le contrôle judiciaire qui est pourtant garant de leur efficacité. La volonté de faire des policiers en tout temps en tout lieu des citoyens à part, un « corps séparé », parce que porteur n’importe où, n’importe quand, de leur arme de service, n’est pas davantage « raisonnable ».
C’est pourquoi, il est temps que des voix s’élèvent de la société pour dire assez, ça suffit. Vous faites fausse route au nom de calculs subalternes sur une élection à venir que vous perdrez d’autant plus sûrement que vous persisterez dans cette voie sans issue. La vie de nos concitoyens comme celle des autres Européens mérite mieux. Les défis qui sont devant nous appellent une réorientation en profondeur de l’action publique, non pas même à l’échelle d’un pays mais au moins à l’échelle européenne, voire à l’échelle de la communauté internationale tout entière. Les facteurs de crise qui persistent dans la sphère économique appellent d’évidence une vigoureuse régulation si l’on ne veut pas voir se répéter la crise de 2008-2009. Il n’est pas acceptable que l’on s’accorde dans des sommets de l’impuissance pour ne rien faire alors que la croissance bat à nouveau de l’aile dangereusement à l’échelle globale, celle du monde. La Banque mondiale – 2,9 au lieu de 3,4 % de croissance en 2016 – après le FMI s’en alerte. Le système monétaire tel qu’il fonctionne ne peut connaître que de nouvelles secousses violentes. Le financement même des objectifs de la COP 21 exige une réorientation de l’investissement productif au détriment de la spéculation. Sans même évoquer l’inversion de la courbe du chômage…
Il n’est pas un domaine où la liberté sans limite de l’argent et de ceux qui le détiennent ne soit pas contradictoire avec l’intérêt général, celui de l’humanité. Sous la dictature du veau d’or, tout devient pervers. Nous sommes ainsi en guerre contre les tenants d’une religion mortifère qui relègue les femmes à n’être rien. Hé bien figurez-vous que les grandes marques de couture en viennent à lui faire allégeance au nom de la rentabilité, en présentant les unes après les autres, des collections dédiées à l’Islamisme le plus rétrograde. Comment s’étonner ensuite que cette culture moyenâgeuse qui renvoie les femmes à un statut inférieur ne débouche pas, directement ou indirectement, sur des agressions sexistes comme celles qu’ont subies des centaines de femmes à Cologne et dans plusieurs autres villes d’Allemagne, la nuit du nouvel an. Répétition de moindre intensité des scènes de viol commises sur la place Tahrir au Caire en plein printemps arabe. L’égalité est constitutive de la capacité d’une société parce qu’elle la rend plus forte à accueillir comme l’a fait l’Allemagne plus d’un million de migrants-réfugiés. Au moment où certains lui préfèrent le rétablissement des contrôles aux anciennes frontières, la pose de barbelés, l’édification de murs de la honte, voire la rupture avec l’Union, nous avons l’impérieux devoir de conjuguer les valeurs démocratiques de l’égalité et de la solidarité.
Et puis, il y a la gauche, cette gauche, notre gauche tous courants confondus, qui ne sait plus très bien où elle va. Là encore, le temps n’est pas à l’introspection sur les années passées. Celles d’un Mitterrand prônant son unité jusqu’en 1984 – bien avant la France unie de 1988 – tout en réduisant ceux qui ne cautionnaient pas ses renoncements, ses reniements. Il ne s’en est jamais caché. Lui aussi fut un pourfendeur de la finance sans foi ni loi, celle de ceux qui « s’enrichissaient en dormant », plaidait-il, avant de faire subir les derniers outrages aux espoirs du peuple de gauche et à ses propres engagements. Celles de la gauche actuelle qui doit prendre sur elle parce que ce n’est pas toujours simple pour se rassembler quand il le faut et il le faut toujours lorsque les populistes et autres fascistes frappent à la porte du pouvoir, dans une commune comme à l’échelle du pays. Ce rassemblement pour ne pas risquer de tout perdre va de pair avec l’affirmation d’une autre politique pour construire une Europe et une France où il ferait enfin bon vivre. La France se classe 22e au palmarès des pays où "il fait le mieux vivre"du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Une société plus juste, plus humaine et donc infiniment plus forte pour conjurer les périls qui la menacent et qui seraient sans doute moins prégnants du seul fait de l’attractivité progressiste qu’elle exercerait. C’est relativement simple à formuler, c’est infiniment plus difficile à mettre en œuvre quotidiennement. Mais c’est bien la seule solution pour que demain ne ressemble pas à aujourd’hui ou à hier.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire