lundi 7 décembre 2015

Unis nous les vaincrons !

Malevitch, huile sur toile (photo DR)

La marée brune, celle des fascistes a déferlé sur les villes et les campagnes françaises. Non pas sans crier gare ! Non pas par un hasard de circonstance ! Tous les sondages l'avaient anticipée. Les militants en campagne la pressentaient. Et pourtant, la sidération de nouveau, le choc devant ces résultats ahurissants, sans doute différenciés – Paris et les métropoles résistent – mais participant d'un mouvement d'ensemble, accablent ceux qui ont encore ce matin du mal à y croire. Chez nos voisins européens, l'onde de choc est encore plus brutale et anxiogène. Comment est-ce possible nous disent-ils ? La France que nous aimons, celle des libertés, est à terre, blessée, humiliée par les héritiers de ceux qui plongèrent l'Europe et le monde dans les pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité. Tout cela est vrai mais ils n'ont pas gagné car nous nous battrons, dos au mur, pour les contrer et finalement les repousser. Tout doit être fait pour que nous puissions dire et écrire qu'en ce sinistre 6 décembre 2015, l'inexorable montée de l'extrême droite est parvenue à son apogée avant que le sursaut démocratique et la décrue n'en viennent à bout.

L'histoire paraît bégayer, c'est vrai. Les images des nazis triomphant aux élections de novembre 1932 en dépit de la résistance démocratique des Berlinois en tous points comparable à celle des Parisiens aujourd'hui, celles des fascistes italiens entamant une irrésistible marche sur Rome à l'automne 1920 après que les puissantes mobilisations sociales de 1919-1920, des Conseils ouvriers turinois, du Bienno rosso des deux années rouges ont été défaites. Les couleurs ne sont pas les mêmes, sans doute. Les postures ne sont pas forcément identiques, sans doute. Mais le vieux fond de la haine de l'autre qui ne leur ressemble pas, celui du racisme ordinaire, celui d'un populisme à la petite semaine qui déteste tout de la civilisation et de la Culture, celui de l'enfermement, des peurs irrationnelles animent les électeurs des Le Pen et associés comme ils motivaient ceux des partis d'extrême droite du siècle dernier. À une différence près et elle est de taille parce qu'elle commande les formes de notre mobilisation antifasciste. La violence n'est pas à ce jour au rendez-vous ou du moins pas encore parce que l'on sent bien que cela les démange comme à Béziers.

Se battre donc pour les défaire. Cela suppose de comprendre les conditions qui nous ont conduits à ce délitement démocratique. Non, pour leur trouver des excuses. Ils n'en ont pas, ils n'en auront jamais. Mais pour identifier ce qui leur a facilité la tâche. Il y a la misère sociale, le chômage, la terrible fracture territoriale qui fait que des pans entiers du pays, les petites villes et les campagnes, se sont sentis abandonnés. Il y a la fracture culturelle qui fait que quand Paris et la France visible résistent dignement aux attentats des tueurs de l'État islamique et y trouvent même un moyen d'être plus fort ensemble, eux se terrent, ruminent dans l'ombre leurs amalgames, leurs fantasmes et leurs solutions simplistes. Et puis, il y a ceux qui à droite, par petits calculs au demeurant parfaitement illusoires, prétendent entendre une sourde « colère » qui monterait « du pays réel », retrouvant  pour ce faire les accents d'un Charles Maurras.  Ceux-là se vautrent dans l'indignité. Sarkozy y perd le peu de crédit démocratique qui lui restait et sombre sur la scène européenne. Il abîme ce faisant le vocable Les Républicains qu'il s'était approprié sans vergogne.

Reste donc, une fois encore, la gauche dans sa diversité, avec ses divisions et ses faiblesses, pour faire face à la situation. C'est la seule alternative. Elle fait front rassemblée par-delà tout ce qui sépare ses composantes. Elle le fait dans la dignité, après avoir pris la décision humainement coûteuse mais combien indispensable de retirer ses listes dans les trois régions où son maintien risquait de faire gagner les Le Pen et associés. Sera-ce suffisant ? Ce n'est pas sûr mais personne n'avait le droit  de ne pas faire l'impossible pour limiter la casse, serait-ce à la faveur d'un bulletin Estrosi, Bertrand ou Richert, le 13 décembre. Ailleurs, elle peut l'emporter à la condition que pas une voix ne manque au rendez-vous parmi ce peuple de gauche qui sait toujours se redresser, même si c'est souvent tardivement, quand il n'a plus le choix, quand l'histoire lui mord la nuque. Unis nous vaincrons le fascisme parce que nous aurons défendu ensemble avec le concours de tous les progressistes, les libertés et la démocratie. Cela vaut pour le 13 décembre mais aussi après, tant il est vrai que le combat devra se poursuivre bien au-delà pour gagner en 2017 et transformer socialement, démocratiquement en profondeur ce pays dont les fascistes croient pouvoir s’emparer.

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