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| Photo © L. Verane/AFP. |
L'attente, l'espoir rivé au corps, la pensée parfois plombée par l'incertitude devant des lendemains qui à défaut de vraiment chanter seraient au moins plus heureux que les épreuves douloureuses que nous traversons. Le terrorisme islamique qui tue partout, le bruit sourd d'un pays que les fascistes voudraient enchaîner, la lâcheté de ceux qui ne comprennent jamais rien et persistent à détourner sciemment le regard pour feindre de ne pas voir ce qui crève les yeux. Mais, au final, une boussole dont le nord magnétique se nommerait l'unité, celle de la gauche, celle des peuples pour faire mentir les pronostics les plus sombres et souvent les plus irresponsables.
La France et l'Europe retiennent leur souffle. La mobilisation unitaire en France, celle de toute la gauche et au-delà de tous ceux qui sont attachés aux libertés, à la démocratie, aux valeurs de la République – peu importe les formulations tant le contenu paraît clair – sera-t-elle suffisante pour contenir la marée brune ? Il le faut et c'est possible, voire probable à la vue des mille et un signes par lesquels ce pays a redressé la tête cette semaine après le coup de bambou du 6 décembre comme il l'avait fait après le massacre du 13 novembre. Non, les fascistes ne sont pas en passe de prendre le pouvoir comme cela se dit ou s'écrit un peu légèrement ici où là. Le danger est immense mais la défaite n'est pas consommée car nombreux sont les Français qui se lèvent. La poignée d'irresponsables qui jouent avec le feu dans le Grand Est ne sont pas ou plus la gauche. La gauche, elle, est rassemblée d'un bout à l'autre du pays, dans chaque région, dans chaque métropole et là où elle a décidé de se retirer le succès contre les fascistes dépend encore d'elle. Une gauche réunie, debout, au coude-à-coude, épaule contre épaule, en dépit de tout ce qui l'a divisée et la divise tout simplement parce qu'aujourd'hui ce n'est pas le problème. La seule question posée avant que les débats ne reprennent de plus belle est la suivante : serions-nous assez stupides pour nous laisser voler la liberté et le droit de vivre comme nous l'entendons, de nous opposer sur les voies et moyens de gérer ou de transformer la société ? Et la réponse coule de source ! « Ceux qui s'abstiendraient à gauche dimanche dans ces circonstances graves et exceptionnelles prendraient une responsabilité écrasante par aveuglement parce qu'ils auraient été incapables de faire la distinction entre un gouvernement issu de la gauche, serait-il critiquable voire très critiquable, et les fascistes. De même, dans les régions où la gauche a dû se retirer au profit d'un candidat de droite, ceux qui ne voteraient pas se feraient les héritiers de ceux qui en d'autres temps se montrèrent incapables de choisir entre Pétain et De Gaulle », disait l'une de nos camarades dans un meeting unitaire. Tous et toutes ou presque à gauche ont souscrit en conscience à cet engagement qui n'est pas sans rappeler celui du 14 juillet 1935 qui donna le premier élan décisif au Front populaire, dépassant la stricte autodéfense pour tracer la perspective offensive d'une victoire électorale combinée à une puissante grève générale. Nous n'en sommes pas là. Mais au nom de quoi devrions-nous y renoncer en ces jours assombris par la menace des fascistes ? Même si la route est encore longue et semée d'embuches, n'en doutons pas, l'humanité a toujours fini par venir à bout des forces obscures sous le signe du combat, de la solidarité et du progrès social et démocratique.
Dans l'Union et avec elle, nous les vaincrons. Dans toute l'Europe, en Allemagne en particulier, les résultats de dimanche 13 décembre seront attendus. Sigmar Gabriel, le Président du SPD, le parti socialiste allemand, a mis en cause la responsabilité d'Angela Merkel dans la poussée brune pour avoir imposé l'austérité à toute l'Europe. Le contexte d'austérité des huit dernières années n'a évidemment pas aidé à résorber les fractures sociale, territoriale, culturelle, il les a même creusées, mais cela n'épuise pas à lui seul le sujet pas davantage que la crise des migrants réfugiés ou encore le choc des attaques sanglantes des tueurs islamiques. Les socialistes, un peu partout en Europe, subissent les foudres des électeurs pour n'avoir pas voulu ou su répondre aux attentes et espoirs suscités par la gauche. C'est vrai en Allemagne où les sondages sont inquiétants pour le SPD mais sans enjeu électoral majeur à court terme. C'est particulièrement vrai en Espagne à dix jours des élections générales aux Cortès où les derniers sondages créditent désormais le PSOE de bien moins de 20 % des suffrages et le placent en quatrième position. Ce n'est en revanche plus vrai au Portugal où le gouvernement socialiste d'Antonio Costa fait ses premiers pas avec le soutien au Parlement du bloc de gauche et de la coalition formée du PC et des Verts après avoir battu ensemble une des droites les plus austéritaires et brutales de l'UE. Preuve que le débat sur les chemins de l'unité, de la transformation sociale et démocratique de nos sociétés est plus que jamais nécessaire d'un bout à l'autre de l'Union. Au nombre de ces débats et des décisions qui s'imposent celle du financement des urgences sociales et écologiques. On ne fera pas l'économie pour éradiquer le chômage de masse et financer les transitions écologiques d'un recours à la planche à billets, à la manière de ce qu'ont fait la Réserve fédérale américaine et l'administration Obama aux États-Unis, désormais revenus à un chômage dit de frottement résultant de la mobilité de l'emploi en période de quasi plein emploi. L'Europe, elle, tarde à changer de cap et se contente des demi-mesures de Draghi et de la BCE alors qu'il faudrait les amplifier nettement et les orienter plus clairement. Aucun État membre, aucune région d'Europe, ne peut prétendre s'en sortir en solitaire dans le contexte de la mondialisation. Ensemble, en revanche, les Européens ont les atouts pour inverser la tendance et tenir leur place, leur rôle d'entraînement, à l'échelle de la planète. Ce sera assurément à l'ordre du jour d'une refondation de la gauche, d'une recomposition des gauches européennes qui se dessinent comme la seule réponse possible à la crise démocratique.
Nous respirerons à nouveau librement ensemble. Impossible d'être catégorique à l'heure où sont écrites ces lignes pour affirmer que la COP 21 de Paris marquera demain un tournant décisif dans les politiques de transition énergétique afin de garder la planète respirable. C'est souhaitable et attendu par les populations, partout dans le monde, témoignage d'une prise de conscience qui s'est répandue comme traînée de poudre en quelques années. La première alerte rouge pour cause de pollution à Pékin n'y aura pas été étrangère dans la toute dernière ligne droite. Au point où la limitation à 2 degrés du réchauffement climatique qui faisait consensus, il n'y a pas si longtemps, apparaît dépassée. Alors, 1,5 degré mais sera-ce suffisant pour éviter des catastrophes en série infiniment plus coûteuses sur le plan humain comme sur celui de l'économie que l'investissement financier pour aller le plus rapidement possible vers l'objectif d'un tout renouvelable ? Un investissement qui ne saurait reposer sur une équation formelle méconnaissant l'histoire. Pour viser à l'égalité, il faut parfois être équitable en pratiquant une discrimination positive en faveur des plus démunis, face au réchauffement climatique. Le principe est sans doute plus simple à énoncer qu'à mettre en œuvre après une crise financière qui a mis à genoux la plupart des économies développées. Ce n'est cependant pas une raison suffisante pour y renoncer car plus rien ne serait alors possible et le monde roulerait à tombeau ouvert vers l'abîme. Il y enfin les moyens de la transparence qui passe forcément par un indicateur carbone tout aussi fiable que comptable, faute de quoi les tricheurs seraient invités à masquer leurs émissions nocives assurés d'une quasi impunité. Là réside la grille de lecture de l'accord qui sera conclu et des conditions de réexamen qui lui seront associées. Il est enfin dans ce contexte une question que l'on ne saurait passer sous silence, celle de la responsabilité particulière de certains États, certes peu nombreux, mais dont le pouvoir de nuisance planétaire n'est plus à souligner. C'est particulièrement vrai de l'Arabie saoudite qui a dépêché à Paris son ministre… du pétrole et qui freine du poids de ses barils toute avancée concrète. Les Saoud ne manquent aucune occasion de mettre en danger la planète qu'il s'agisse du dossier écologique ou du financement en dessous de table du terrorisme islamique auquel ils sont liés idéologiquement. Le Vénézuela de l'après Chavez (lire ici dans nos archives), celui de Maduro, n'est pas en reste au nom de ses ressources pétrolières. Ils sont cependant minoritaires et la majorité des composantes de la communauté internationale ont heureusement compris qu'une transition énergétique en bon ordre est vitale pour toute l'humanité.

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