lundi 28 décembre 2015

Sale temps de fin d'année

"Arabes dehors", à Ajaccio le 26 décembre (photo © Radio France)

Du côté d'Ajaccio d'abord où durant quatre jours plusieurs centaines d'individus ont pu en toute impunité brailler leur racisme ordinaire. Les slogans « on est chez nous » et « Arabes dehors » sont tout simplement insupportables et signent le forfait du saccage d'un lieu de culte. Le ministre de l’Intérieur et le préfet n'ont que très imparfaitement contrôlé la situation car dès la première manifestation, ils auraient dû faire cesser ces rassemblements de la haine qui constituent un trouble manifeste à l'ordre public. Le prétexte de ces débordements ignobles serait l'attaque de pompiers et policiers en service dans un de ces quartiers sensibles comme l'on dit pudiquement. Des faits condamnables qui appelaient des poursuites et elles sont en cours mais à ce jour aucun émeutier de la haine n'a en revanche été arrêté et c'est bien cela qui pose problème. D'autant que ce n'est pas la première fois que l’État démocratique se montre « faible » avec ceux qui veulent sa liquidation. Vient ensuite la question des responsabilités. Celle d'une tradition insulaire intransigeante avec la petite délinquance surtout si elle est le fait « d’étrangers » quand le grand banditisme, les règlements de compte sanglants et autres attentats sont tolérés et couverts par une omerta complice. Celle des dirigeants nationalistes qui ont souvent chevauché par le passé l'hydre raciste même si cette fois leurs prises de position sont sans ambiguïtés, rappel à la clé de la tolérance religieuse qui avait cours sous la République de Pasquale Paoli. Celle, enfin et peut-être surtout – l'enquête le dira – d'un FN insulaire qui réalise des scores bien moindres qu'ailleurs – il n'est pas indépendantiste – et qui y trouve l'occasion de tester la résistance de l’État et de la société à la violence, l'autre moyen de conquête du pouvoir quand celui du suffrage universel paraît impossible. Autant de raisons qui justifient la plus ferme intransigeance à Paris comme à Ajaccio ou ailleurs pour prévenir la répétition de ces démonstrations qui, le cas échéant, gagneraient en intensité et créeraient un climat  propice au pire. 

Du côté de L’Élysée et de Matignon ensuite où Hollande et Valls commettent l'indéfendable à propos de la déchéance de nationalité pour les binationaux. Ils blessent la gauche profondément, divisent le pays inutilement en piégeant la droite républicaine et en sollicitant le programme de l'extrême-droite. Sur le fond, établir une distinction entre Français selon le lieu de naissance, celui des parents, l'existence ou non d'une autre nationalité etc… revient à malmener l'égalité qui s'affiche aux frontons des écoles et des mairies. D'aucuns vont plus loin comme cet argumentaire non signé – courage camarades ! – de la direction du groupe socialiste à l'Assemblée où l'on regrette de ne pouvoir appliquer la déchéance à tous, autrement dit en créant des apatrides à la chaîne comme le proscrivent formellement les textes fondateurs de l'ONU. Rien de moins ! Il convient donc de garder la tête froide en articulant politique et morale sans quoi l'embardée sera au bout du chemin. La décision de Hollande peut et doit être remise en cause par une mobilisation exceptionnelle de toute la gauche et des tenants du meilleur de la tradition républicaine dont celle des socialistes. Le pouvoir personnel qu'organise la Constitution fondamentalement antidémocratique issue du coup de 1958 ne saurait nous en empêcher. Nous avions dit qu'à s'attaquer à ce monument en péril, il fallait au moins abroger les articles de l’État policier et militaire – les16 et 36 – pour le rendre un tout petit peu plus démocratique. Le débat se déplace sur un clin d’œil appuyé de l'exécutif en direction des électeurs ultras de la droite et de l'extrême droite. Penser dans ces conditions que le recours au référendum est exclu serait  présomptueux car le plébiscite va comme un gant au pouvoir personnel. Cette Constitution rend déraisonnable celui qui occupe la fonction suprême. 94 % de l'opinion serait-elle favorable à la mesure sans se poser d'autres questions sur sa portée. Là réside probablement le petit calcul cynique visant à rétablir dans l'opinion un niveau de popularité sans pareil d'autant que durant les travaux le débat sur la politique économique et sociale sera suspendu. Chef de guerre, Père de la nation et dépositaire de la volonté du peuple contre les élites, les corps constitués et intermédiaires, les médiateurs sociaux, voilà le mauvais scénario. Il ne faut pas le coproduire. La gauche, si elle le veut, ne le fera pas. Dans cette perspective unitaire, la « nausée » de Mélenchon ou l'insulte du Il Manifesto italien – « François Le Pen » – desservent une juste cause qu'ils croient défendre car Hollande, même après ce coup tordu, n'est pas Le Pen. Il a cependant perdu le statut de candidat
« naturel » et légitime de la gauche à la présidentielle que certains lui attribuaient.

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