![]() |
| P. Iglesias de Podemos (photo © AFP), F. Hollande au Mali (photo © Reuters), L. Berger de la CFDT (photo © Le Parisien). |
Les résultats des élections espagnoles sont ambivalents. L'argument choc du Parti populaire (PP) et de Rajoy – le retour de la croissance grâce à l’austérité – n’a pas empêché sa défaite et celle de la droite espagnole. La perte de 3,6 millions d'électeurs en quatre ans souligne un rejet profond de ces politiques d'un autre temps qui ont saigné l'Espagne comme nombre d'autres États européens. S'il en fallait une ultime preuve, on la trouverait dans le maintien à un niveau totalement inacceptable – plus de 20 % – du chômage. Dans ces conditions, une ou plusieurs alternatives auraient pu voir le jour. Il n'en fut rien. À droite, Ciudadanos – Citoyens –, tout en se démarquant de la corruption et du clanisme du PP, n'a pas réussi à s'imposer à un niveau qui autoriserait une recomposition globale des droites espagnoles. Rajoy reste à la manœuvre. À gauche, le PSOE avec 22 % des suffrages résiste mieux qu'il ne le craignait mais il n'en subit pas moins une défaite – le pire score de son histoire – qu'appelait l'absence d'un programme mobilisateur, en positif, face au PP. La progression indéniable de Podemos même si la lecture des résultats est compliquée par le jeu des alliances régionales a fait l'événement mais elle ne rend pas pour autant possible une alternative gouvernementale à gauche. Là encore le programme n'était pas au rendez vous avec un abandon des thématiques maximalistes portées au moment des Européennes comme le non remboursement de la dette et l'absence d'une orientation pratique de rupture avec les politiques mises en œuvre que les alliances régionales rendaient de toute façon difficiles. La différence s'est faite davantage sur une culture formelle d'opposition aux vieux partis que sur une série de politiques concrètes à imposer pour sortir de la crise. Podemos n'est ni Syriza, ni le Bloc de gauche portugais. L'ouverture d'un dialogue même rugueux avec le PSOE dans une perspective gouvernementale n'en est que plus incertaine, même si sur le papier la gauche, tous courants réunis, tutoierait sans l'atteindre la majorité absolue. Résultat, l'heure est à la crise politique à Madrid au moment où les tentations séparatistes, populaires mais portées avant tout par les droites en Catalogne comme au Pays Basque, n'ont jamais été aussi fortes. Rajoy propose une alliance droite gauche à deux conditions – refus de la sécession catalane et respect du cadre européen. Il faut espérer que le PSOE fera ce qu'il a dit en refusant cette perspective sans avenir qui l'anéantirait. Mieux vaut en effet un retour aux urnes au printemps avec un programme de législature commun à la gauche qui permettrait d'ouvrir enfin d'autres possibles au niveau national. Ce serait en outre le seul moyen de préserver les expériences des majorités municipales unitaires en particulier à Barcelone, Madrid et Cadix.
En France, ce sont d'autres sujets de préoccupation qui sont à l'ordre du jour. La lutte contre l'extrême droite qui se décline aussi devant les tribunaux où les Le Pen, père et fille, risquent d'être renvoyés, cette fois pour leurs arrangements dans le cadre de leur déclaration de patrimoine en tant qu'élus. Le FN, faut-il le rappeler, est le seul parti mis en examen en tant que personne morale pour des faits de corruption. L'accumulation frauduleuse fait système depuis toujours chez les Le Pen et associés.
Le pavé dans la mare revient, lui, à Laurent Berger, le dirigeant de la CFDT, qui profite de la trêve pour convenir qu'en dépit des largesses consenties aux entreprises à la faveur du CICE, le patronat n'a pas joué le jeu dans la plupart des branches. Si même lui en convient… c'est qu'il y a le feu au plan social. Les chiffres de l'emploi le confirment depuis si longtemps. Et justement, cela nous ramène à la politique de l'exécutif. La casquette de chef de guerre et le couvre-chef du père de la nation, laissent un trou béant dans la garde-robe présidentielle. La justice sociale et la politique qu'elle suppose n'ont pas trouvé place dans le bilan de François Hollande à l’Élysée. Au point où les Français ne croiraient plus à son engagement social. C'est pourtant la condition du succès de toute la gauche en 2017 quel que soit le candidat à la présidentielle. Il deviendrait hasardeux de tout jouer, voire surjouer sur d'autres terrains. La réforme de la Constitution n'est ainsi souhaitable que si elle la rend un peu plus « démocratique », par la suppression des articles 16 – pouvoirs exceptionnels – et 36 – état de siège – et si en outre on se dispense bien d'y introduire un nouveau marqueur, inutile et dangereux, en ce qui concerne la déchéance de nationalité. Le prolongement de l'effet de commémoration des attentats de janvier ne saurait lui aussi remplir le vide au risque, encore une fois, d'être bien démuni au moment d'entrer en campagne. Parce qu'enfin, si la gauche est objectivement invitée par les circonstances et la poussée de l'extrême-droite à une candidature unique dès le premier tour de l'élection présidentielle et à la condition qu'une coalition unitaire ait parallèlement vu le jour pour les législatives, cela ne pourra pas se faire sans une forte dimension sociale qui dépend en grande partie d'un changement de cap au plan économique. Tout est probablement discutable en ce domaine mais le temps presse car pour être en ordre de marche à l'automne, la discussion du « pour quelle politique faire l'unité » s'impose d'évidence au premier semestre 2016 où elle doit être bouclée pour l'essentiel. Aucun calcul, aucune ruse ne permettra d'échapper à l'évidence de cette tendance lourde de la situation française.
On relèvera enfin un autre signe d'inquiétude en Europe où les Slovènes étaient invités le week-end dernier à se prononcer par référendum sur les droits à l'égalité et au mariage pour les couples homosexuels. Échec lourd de conséquences parce que le pape est directement intervenu et parce que la Slovénie aurait été le premier des États de l'ancien bloc de l'Est à s'inscrire, enfin, dans la culture démocratique de l'égalité des droits.
Le pavé dans la mare revient, lui, à Laurent Berger, le dirigeant de la CFDT, qui profite de la trêve pour convenir qu'en dépit des largesses consenties aux entreprises à la faveur du CICE, le patronat n'a pas joué le jeu dans la plupart des branches. Si même lui en convient… c'est qu'il y a le feu au plan social. Les chiffres de l'emploi le confirment depuis si longtemps. Et justement, cela nous ramène à la politique de l'exécutif. La casquette de chef de guerre et le couvre-chef du père de la nation, laissent un trou béant dans la garde-robe présidentielle. La justice sociale et la politique qu'elle suppose n'ont pas trouvé place dans le bilan de François Hollande à l’Élysée. Au point où les Français ne croiraient plus à son engagement social. C'est pourtant la condition du succès de toute la gauche en 2017 quel que soit le candidat à la présidentielle. Il deviendrait hasardeux de tout jouer, voire surjouer sur d'autres terrains. La réforme de la Constitution n'est ainsi souhaitable que si elle la rend un peu plus « démocratique », par la suppression des articles 16 – pouvoirs exceptionnels – et 36 – état de siège – et si en outre on se dispense bien d'y introduire un nouveau marqueur, inutile et dangereux, en ce qui concerne la déchéance de nationalité. Le prolongement de l'effet de commémoration des attentats de janvier ne saurait lui aussi remplir le vide au risque, encore une fois, d'être bien démuni au moment d'entrer en campagne. Parce qu'enfin, si la gauche est objectivement invitée par les circonstances et la poussée de l'extrême-droite à une candidature unique dès le premier tour de l'élection présidentielle et à la condition qu'une coalition unitaire ait parallèlement vu le jour pour les législatives, cela ne pourra pas se faire sans une forte dimension sociale qui dépend en grande partie d'un changement de cap au plan économique. Tout est probablement discutable en ce domaine mais le temps presse car pour être en ordre de marche à l'automne, la discussion du « pour quelle politique faire l'unité » s'impose d'évidence au premier semestre 2016 où elle doit être bouclée pour l'essentiel. Aucun calcul, aucune ruse ne permettra d'échapper à l'évidence de cette tendance lourde de la situation française.
On relèvera enfin un autre signe d'inquiétude en Europe où les Slovènes étaient invités le week-end dernier à se prononcer par référendum sur les droits à l'égalité et au mariage pour les couples homosexuels. Échec lourd de conséquences parce que le pape est directement intervenu et parce que la Slovénie aurait été le premier des États de l'ancien bloc de l'Est à s'inscrire, enfin, dans la culture démocratique de l'égalité des droits.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire