Chavez disparu, un triste 8 mars et le quotidien sinistre de la crise constituent la matière de ce parti pris en forme de rappel à la raison au nom de l’intérêt général.
Chavez n’est plus. La sincérité de ceux qui le pleurent, à Caracas et bien au-delà dans les Amériques du Sud, n’est pas feinte, imposée par une quelconque obligation de s’y conformer, déboucherait-elle sur le culte d’un chef « momifié ». Elle résulte d’un sentiment de dignité retrouvée face aux humiliations de l’histoire dans ce qui fut depuis plus d’un siècle relégué au rang d’arrière-cour des États-unis. C’est ainsi que le vit une majorité de Latinos. La mobilisation des chefs d’État et de gouvernement pour les obsèques en témoigne. Les dirigeants européens, eux, ont affiché une « indifférence » offensante sur fond d’incompréhension d’un « monde » qui n’est plus le leur. Paris a même osé dépêcher Victorin Lurel, le ministre des outre-mer... Une faute politique et diplomatique pour Fabius comme pour Hollande !
Le bilan de la « révolution bolivarienne » est ensuite contrasté. L’extrême pauvreté, l’analphabétisme ont reculé au Venezuela dans des proportions très importantes, c’est vrai. L’état sanitaire de la population s’est considérablement amélioré en ville comme à la campagne, c’est incontestable. La manne pétrolière l’y autorisait à la condition de ne pas être confisquée par les pétroliers étrangers et leurs correspondants locaux, ce qui aurait été probablement le cas sans Chavez. Mais la gestion de cette ressource ne fut pas exempte de corruption. Elle servit à « financer » sans discernement d’autres régimes. « L’internationalisme » fondé sur le raccourci simpliste « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis » occasionna plus d’un dérapage condamnable. La situation réelle de l’économie est chancelante – hypertrophie des importations, inflation galopante, productions locales abandonnées – même si elle est masquée par la rente pétrolière.
Le droit à l’égalité
Le 8 mars 2013 inciterait quant à lui davantage au pessimisme de la raison... qu’à un optimisme de la volonté qui, malheureusement, n’est pas au rendez-vous. L’histoire nous a en effet appris que « sans mobilisation, on n’est rien du tout », ce qui vaut pour tous les combats progressistes dont celui pour l’égalité. Point de grandes mobilisations en vue cette année, ni ici, ni ailleurs. En lieu et place, des déclarations peu crédibles comme celle de la patronne du FMI, Christine Lagarde, dont l’organisation n’a jamais été à la pointe dans ce domaine ni même seulement dans le coup. Les bonnes intentions de Najat Vallaud-Belkacem menaçant de sanctions les entreprises qui persisteraient à discriminer les femmes sonnent comme un avertissement sans frais. Et le Président a eu la fort mauvaise idée de saisir l’occasion pour répondre à son prédécesseur sur le Mali... Ni le lieu, ni le sujet. On attendait mieux.
Car, enfin, la réalité des discriminations n’est plus à démontrer. L’Insee chiffre encore en 2012 l’écart entre le salaire des femmes et celui des hommes dans le privé à 28 %. Si évolution il y a, notamment chez les femmes cadres plus nombreuses, celle-ci s’apparente toujours à une interminable course d’obstacles. Or, dès lors que le consensus social est acté et il l’est, il revient au pouvoir politique la responsabilité de le traduire dans la loi et de sévir contre les contrevenants. La parité dans les conseils départementaux, la suppression du financement public des partis qui ne respectent pas la parité aux élections législatives d’accord mais pourquoi toujours tergiverser, hésiter, voire reculer dans le monde du travail, tous secteurs confondus. D’autant et c’est le plus inquiétant que les politiques d’austérité et la flexibilité ou précarisation de l’emploi nuisent plus que tout autre facteur à la féminisation de l’emploi et à l’égalité.
La Bourse ou la vie
Paradoxe central, aveuglant même de ce premier trimestre 2013, les places boursières cavalent tandis que le monde « réel » plonge dans les affres de l’austérité avec son cortège d’indicateurs plus sinistres les uns que les autres. New York atteint son plus haut historique, Tokyo revient au niveau d’avant octobre 2008 et les Européennes ne sont pas en reste même dans le Sud sinistré. Les cotations boursières ne reflètent pas la situation économique, fût-ce de manière très déformée. Elles traduisent en indices le différentiel de répartition entre le capital et le travail des fruits de la richesse. Plus la part du travail recule, plus celle des dividendes augmente, plus les cours s’enflamment. Cela se mesure au jour le jour, au plan de l’entreprise, du secteur ou de la branche, toujours au nom de l’intérêt privé contre l’intérêt général. C’est la débauche indécente du jour pour quelques-uns contre des lendemains malheureux pour tous.
Les priorités d’un gouvernement de gauche dans ces conditions ne sont pas difficiles à établir. Non, il ne faut pas appliquer 5 milliards de coupes dans le budget 2014 sans rien changer mais réformer l’ensemble de l’organisation territoriale pour supprimer ses redondances et dégager des marges. Non, il ne faut pas accepter une désindexation des retraites qui gripperait davantage la consommation mais au contraire faire de l’indexation des salaires et pensions sur le coût de la vie une obligation légale, partout. Oui, il faut vite voter l’interdiction des plans sociaux de confort boursier qui n’ont pas d’autre objet que de réduire la masse salariale au profit des dividendes. Oui, il faut sécuriser l’emploi avec un contrat de travail unique de durée indéterminée. Oui, il faut défaire ce qu’a fait le Medef avec la collaboration de la direction de la CFDT dans l’Ani (Accord national interprofessionnel). Oui, il faut mettre résolument le cap sur une politique de relance et de justice sociale. Il n’y a pas d’autres choix possibles à gauche.

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