| Au carrefour des choix de société (image DR). |
L’initiative
qui a vu les Suisses se prononcer à une très large majorité – 67,9 % –
contre « les excès du marché » n’est pas un exemple à suivre. Jean-Marc
Ayrault et Harlem Désir commettent un grossier contresens. L’homme qui a
porté ce projet, Minder, est un sénateur de l’Udc (Union démocratique
du centre) la droite populiste, xénophobe et antidémocratique suisse. Sa
démarche vise avant tout à renforcer le pouvoir des actionnaires face à
celui des dirigeants exécutifs. La question des rémunérations
n’intervient que dans la mesure où les sommes astronomiques qui y sont
consacrées ne vont pas dans la poche des actionnaires.
Nous
lui préférons la démarche d’une partie de la gauche suisse dont les
Jeunes socialistes qui défendent une limitation par la loi de l’écart
maximum des rémunérations dans l’entreprise, en l’occurrence dans un
rapport de 1 à 12, proche de la proposition du Front de gauche – 1 à
20. François Hollande, durant la campagne, avait aussi envisagé
un rapport de 1 à 20. C’est en partie cette méthode qui a d’ailleurs
prévalu dans le secteur public avec la limitation à 450 000 euros de la
rémunération annuelle des premiers dirigeants. Dès lors, s’esbaudir sur
l’exemplarité suisse n’a aucun sens d’autant que par son secret bancaire
et ses normes fiscales ce pays demeure un paradis fiscal.
S’y
ajoutent les prétentions de la Commission européenne qui entend
proposer avant la fin de l’année une directive visant à garantir et
renforcer le pouvoir des actionnaires. Il faut s’y opposer au nom d’une
logique civique et démocratique qui considère les salariés et non les
actionnaires comme le rouage essentiel de l’entreprise. Ce sont les
représentants des salariés qui doivent siéger à parité dans les conseils
d’administration et les autres organes de direction. Le travail et la
rente n’ont rien de commun. La démocratie passe par le premier en aucune
manière par la seconde. Le glissement sémantique qu’opèrent certains
socialistes et non des moindres est empreint d’une grande confusion
politique et idéologique.
Il
n’en va pas différemment avec « l’appel des cent » parlementaires qui
veulent transcrire « fidèlement » l’Ani (Accord national
interprofessionnel) dans la loi, au nom de « la démocratie sociale ». La
démocratie ne peut pas être la loi d’une minorité disposant comme les
patrons des pleins pouvoirs ou presque dans la sphère économique.
L’intérêt général, celui de la majorité de la société, commande le rejet
de ce texte qui aggrave la précarité de l’emploi et ne sécurise que les
pratiques patronales au mépris du droit du travail. S’il devait être
transcrit dans la loi par le Parlement tel quel, l’Ani conduirait à une
profonde régression sociale. La bataille d’amendements du Front de
gauche et d’une partie des socialistes s’emploie au contraire à en
modifier l’équilibre général.
Au-delà
de l’affrontement social autour de l’Ani, c’est l’équilibre du
« compromis social » dans son ensemble qui se noue. La démocratie exige
une forte régulation de l’économie, du marché et de ses dérapages par la
loi, par la puissance publique. Y renoncer, en pratique comme en
théorie, comme s’engage à le faire une partie des socialistes revient à
tourner le dos tout à la fois aux ambitions sociales et aux ambitions
démocratiques de la gauche. Ce n’est en aucune manière une réponse à la
crise. C’est le plus sûr moyen au contraire d’en amplifier et d’en
prolonger les effets délétères dans l’ensemble du corps social. Au
risque de déclencher une réaction en chaîne conduisant à l’explosion
sans la moindre perspective politique.
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