mardi 5 mars 2013

La démocratie passe par le travail, pas par la rente !

La démocratie passe par le travail, pas par la rente !
Au carrefour des choix de société (image DR).



Alors que la crise paraît tout emporter sur son passage, la confusion s’installe sur les moyens démocratiques de s’y opposer.

L’initiative qui a vu les Suisses se prononcer à une très large majorité – 67,9 % – contre « les excès du marché » n’est pas un exemple à suivre. Jean-Marc Ayrault et Harlem Désir commettent un grossier contresens. L’homme qui a porté ce projet, Minder, est un sénateur de l’Udc (Union démocratique du centre) la droite populiste, xénophobe et antidémocratique suisse. Sa démarche vise avant tout à renforcer le pouvoir des actionnaires face à celui des dirigeants exécutifs. La question des rémunérations n’intervient que dans la mesure où les sommes astronomiques qui y sont consacrées ne vont pas dans la poche des actionnaires.

Nous lui préférons la démarche d’une partie de la gauche suisse dont les Jeunes socialistes qui défendent une limitation par la loi de l’écart maximum des rémunérations dans l’entreprise, en l’occurrence dans un rapport de 1 à 12, proche de la proposition du Front de gauche – 1 à 20. François Hollande, durant la campagne, avait aussi envisagé un rapport de 1 à 20. C’est en partie cette méthode qui a d’ailleurs prévalu dans le secteur public avec la limitation à 450 000 euros de la rémunération annuelle des premiers dirigeants. Dès lors, s’esbaudir sur l’exemplarité suisse n’a aucun sens d’autant que par son secret bancaire et ses normes fiscales ce pays demeure un paradis fiscal.

S’y ajoutent les prétentions de la Commission européenne qui entend proposer avant la fin de l’année une directive visant à garantir et renforcer le pouvoir des actionnaires. Il faut s’y opposer au nom d’une logique civique et démocratique qui considère les salariés et non les actionnaires comme le rouage essentiel de l’entreprise. Ce sont les représentants des salariés qui doivent siéger à parité dans les conseils d’administration et les autres organes de direction. Le travail et la rente n’ont rien de commun. La démocratie passe par le premier en aucune manière par la seconde. Le glissement sémantique qu’opèrent certains socialistes et non des moindres est empreint d’une grande confusion politique et idéologique.

Il n’en va pas différemment avec « l’appel des cent » parlementaires qui veulent transcrire « fidèlement » l’Ani (Accord national interprofessionnel) dans la loi, au nom de « la démocratie sociale ». La démocratie ne peut pas être la loi d’une minorité disposant comme les patrons des pleins pouvoirs ou presque dans la sphère économique. L’intérêt général, celui de la majorité de la société, commande le rejet de ce texte qui aggrave la précarité de l’emploi et ne sécurise que les pratiques patronales au mépris du droit du travail. S’il devait être transcrit dans la loi par le Parlement tel quel, l’Ani conduirait à une profonde régression sociale. La bataille d’amendements du Front de gauche et d’une partie des socialistes s’emploie au contraire à en modifier l’équilibre général.

Au-delà de l’affrontement social autour de l’Ani, c’est l’équilibre du « compromis social » dans son ensemble qui se noue. La démocratie exige une forte régulation de l’économie, du marché et de ses dérapages par la loi, par la puissance publique. Y renoncer, en pratique comme en théorie, comme s’engage à le faire une partie des socialistes revient à tourner le dos tout à la fois aux ambitions sociales et aux ambitions démocratiques de la gauche. Ce n’est en aucune manière une réponse à la crise. C’est le plus sûr moyen au contraire d’en amplifier et d’en prolonger les effets délétères dans l’ensemble du corps social. Au risque de déclencher une réaction en chaîne conduisant à l’explosion sans la moindre perspective politique.

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