vendredi 15 mars 2013

Parti pris du 15 mars 2013

Une semaine marquée par trois François : Hollande et Rebsamen dans le quartier des Grésilles à Dijon lundi (photo © E. Feferberg/AFP) ; le nouveau pape, l’argentin Jorge Mario Bergoglio, mercredi place Saint-Pierre (photo © A. Bianchi/Reuters).

Actualité d’une semaine presque ordinaire avec le retour évoqué des ordonnances, l’austérité imposée à près de 12 millions de retraités et une fumée blanche en forme de défi.

Les ordonnances ne sont pas la solution. En y faisant référence, François Rebsamen, non démenti par Najat Vallaud-Belkacem, ni même par Jean-Marc Ayrault, fait fausse route. Les ordonnances ne sont que le moyen légal de gouverner au mépris de la démocratie la plus élémentaire. Elles violent par définition les droits légitimes de la représentation parlementaire, majorité comme opposition comprises. Que la Constitution antidémocratique de la Ve République en prévoie l’usage et l’encadre n’y change rien. L’on garde en particulier en mémoire les ordonnances honnies de Charles de Gaulle en 1967 sur la sécurité sociale qui précipitèrent à leur manière la révolte de mai et juin 1968. La solution envisagée est de fait mauvaise parce que le diagnostic lui-même est incertain.

Par ailleurs, le « franc-parler », la liberté d’expression et l’indépendance d’esprit que nous défendons pour tous ne remplaceront jamais une communication « autorisée » au sommet de l’État. À plus forte raison quand cela s’accompagne au même moment d’un « dérapage » sur les moyens de rétablir la cohérence de l’action gouvernementale par un rappel à l’ordre teinté d’un « caporalisme » certain. Jadis, Rebsamen disait vouloir une gauche rassemblée dans un seul parti cohérent dans son expression et son organisation disciplinées. Il se trompait d’époque – a minima celle du congrès socialiste de 1906 – et nous l’avions dit. Il n’en va pas différemment aujourd’hui quand il conseille à Ayrault de « fusiller » pour l’exemple l’un de ses ministres, quel qu’il soit. Mieux vaut essayer de comprendre pourquoi ça coince.

Ça coince en effet parce que le gouvernement et la majorité, plus exactement les Socialistes et Europe écologie les Verts, s’apprêtent à renoncer à une réforme globale et cohérente de l’organisation et du fonctionnement de l’État et des territoires. Les lourdeurs bureaucratiques, les scrutins antidémocratiques, les freins administratifs, l’imbroglio des compétences, les financements paralysants parce qu’inextricablement croisés, le "déficit de compétitivité" des administrations ne sont que les symptômes d’un mal plus profond. La grosse machine multiplie les ratés parce qu’elle s’est construite au fil du temps sans que jamais personne ne l’allège des redondances et du gaspillage qui brouillent la lisibilité de l’action publique comme son efficacité.

Réformer dans le sens d’une simplification lisible est devenu un préalable pour l’action publique. C’est le moyen de réduire la dépense sans restreindre ni le périmètre ni les effectifs des services publics. C’est à ce titre la seule politique de gauche envisageable. Tout le reste en découle. À l’école où les petites réformes ne vont jamais assez loin par rapport à l’objectif affiché parce que l’on travaille à la marge, rien qu’à la marge. Dans la santé et la protection sociale où l’on replâtre à longueur d’années sans toucher à la sacro-sainte prédominance de la médecine libérale. Les compétences réparties en de multiples chasses gardées dans le domaine de l’Éducation, dans celui de l’action sociale ou même dans celui de la comptabilité publique sont impraticables et néfastes. Il faut donc y remédier vite faute de prétendre changer beaucoup tout en ne changeant rien réellement.

L’austérité, qui ruine le pays comme ses voisins, s’est enrichie cette semaine d’une « trouvaille » pour réduire les déficits, en l’occurrence cette fois ceux des caisses complémentaires de retraites ARCCO et AGIRC. Les quelque 12 millions de retraités du secteur privé devront en effet se serrer davantage la ceinture avec une revalorisation de leur pension moindre que prévue et en décrochage par rapport à l’inflation dès le premier avril. Ce sera pire dans les toutes prochaines années. Le Medef a réussi ce coup antisocial infâme. Il est dans son rôle. Plusieurs organisations syndicales lui prêtent la main sans la moindre considération pour ceux qu’elles prétendent représenter et elles ne sont pas, elles, dans leur rôle. Cela en dit long sur leur dépérissement. Aucune bienséance au nom de « l’indépendance » syndicale ne saurait le dissimuler et empêcher de le dire haut et fort.

Et puis, il y eut cette fumée blanche. Les princes de l’Église catholique romaine ont donné à leurs ouailles, un pape venu de Buenos Aires et issu de la Compagnie de Jésus. En quoi cela concernerait-il l’ensemble des citoyens ? À voir la place accordée à l’évènement par les médias, la question ne s’est même pas posée... Reste que la désignation pour la première fois d’un Jésuite au sommet de la hiérarchie semble indiquer une volonté de reconquête de l’espace public en Europe sous le drapeau d’une évangélisation à rebours. C’est, qu’on le déplore ou non, une donnée de la vie publique en Amérique latine. Un défi pour les tenants de la laïcité qui méritait mieux que l’empressement du gouvernement dont le chef ira à la messe... d’intronisation. L’occasion de remettre à l’ordre du jour l’exigence que les lois de la République ne souffrent aucune exception territoriale, en Alsace et Lorraine, au nom du concordat anti-laïque.


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