![]() |
| J.-Y. Le Drian et C. Bartolone (photo © B. Langlois/AFP), le Premier ministre finlandais et son ministre des Finances (photo © H. Saukkomaa/AFP), Daesh en Lybie, à Syrte (photo ©AFP). |
Du soulagement à l'analyse de la poussée du FN et de sa défaite sans appel. La recherche effrénée ensuite par les droites européennes de ce qui leur permettrait de conserver leurs positions, ce pourrait être le salaire universel comme elles l'envisagent en Finlande. La guerre enfin contre le terrorisme islamiste qui continue apportant son lot quotidien de nouvelles inquiétantes.
France où le FN, fort de quelque 6 800 000 suffrages, est néanmoins battu au second tour dans l'ensemble des régions. C'est la première leçon de ces élections régionales inédites. L'extrême-droite n'a jamais fait autant depuis la Seconde Guerre mondiale au pays des droits de l'homme mais jamais non plus la réponse majoritaire des Français n'avait été aussi forte davantage encore qu'en 2002 du moins dans les urnes. La défaite frappe également de plein fouet ceux qui à l'appel de Sarkozy ont cru pouvoir se réfugier dans un « ni le FN, ni la gauche » déshonorant. La crise dans le parti dit Les Républicains, le principal parti de droite, est ouverte. Sarkozy a limogé sa numéro 2, Kosciusko-Morizet, suscitant la levée d'une opposition qui va de Raffarin à Juppé en passant par Estrosi et Bertrand, élus eux avec les voix de la gauche. La primaire à droite prend déjà l'eau offrant une occasion inespérée pour le centre de se faire entendre. Sept régions métropolitaines contre cinq à la gauche quand ils rêvaient d'un grand chelem, cela constitue un nouveau revers. La gauche, elle, est surprise de l'écho qu'elle a rencontré, de l'élan qu'elle a suscité en se battant dos au mur mais unie pour redresser la situation à l'issue d'un premier tour qui annonçait la pire des catastrophes. L'unité, à de rares exceptions près, s'est imposée et le sursaut démocratique, profond, massif est devenu réalité. Un important mais fragile acquis parce que s'il venait à être déçu, oublié, trahi, alors le pire serait à nouveau envisageable. L'adage qui veut que dans l'arc démocratique on puisse avoir des adversaires, mais que le FN qui n'en fait pas partie soit l'ennemi de tous doit devenir l'incontournable de toute élection, le scrutin à deux tours le permettant.
Les 6 800 000 votes pour le FN ont poussé sur les fractures multiples, sociale, démocratique, identitaire et culturelle qui déchirent la société, ici comme dans toute l'Europe. Pour autant, le vote frontiste n'est pas un vote conjoncturel de colère. Il est l'expression d'un projet fasciste qui s'oppose aux aspirations de l'ensemble de la société. C'est ce qu'exprime la problématique du vote « patriote » interclassiste opposé à tous les autres relevant du mondialisme. L'extrême-droite reprend là ses fondamentaux des années trente contre l'anti-France. Elle préconise l'autarcie après rupture avec l'Europe et l'euro, l'identité exclusive d'une France chrétienne repliée sur des « valeurs » moyenâgeuses. À la clé, la suspicion, la haine envers tout ce qui ne leur ressemble pas et en l'occurrence la majorité métissée et multiculturelle de ce pays. Il reste que lorsque six millions d'extrémistes, de fascistes sont privés et heureusement de débouché politique, alors les risques d'un recours à la violence est inscrit dans l'équation de la situation précisément comme dans les années trente. C'est pourquoi le soulagement ne doit en aucun cas s'accompagner de la démobilisation démocratique. Cela implique une ferme réactivité de l'appareil d’État quand la légalité est mise en cause, ici ou là, par exemple dans les municipalités FN.
Cela implique surtout que la gauche, toute la gauche, prenne la mesure du vent du boulet qui n'est pas passé loin en ce mois de décembre 2015. Elle le peut si elle s'oriente vers un gouvernement enfin représentatif de la majorité de 2012, si elle évite les « cirques » comme la mise en scène du retour de Bartolone au perchoir ou le cumul durable de Le Drian. Mais même si tous ces engagements étaient tenus, il faudrait encore ouvrir et rapidement le débat sur le changement de cap économique et social. Un tournant qui ne peut qu'être européen ou à défaut franco-allemand. Le recours à une politique économique qui fasse de la consommation des ménages sa priorité parce qu'elle seule peut porter une croissance innovante et juste à Paris comme à Berlin, Madrid ou Rome, non bien sûr comme l'application des vieilles recettes d'antan. La dimension financière de cette réorientation passe par une politique offensive et massive de la BCE si l'on veut tout à la fois venir à bout du chômage de masse, accueillir dignement et de manière satisfaisante pour toute la société plusieurs millions de migrants réfugiés et tenir les engagements pris par la COP 21 auprès des populations et des États les plus fragiles. Huit ans de crise marqués par l'austérité, l'atonie de la croissance et le délitement démocratique, ça suffit vraiment. Et sur ce terrain, la gauche n'a rien à voir avec les droites. À la gauche d'en administrer la preuve au cours de l'année 2016 avant le couperet d'avril 2017 si elle devait renoncer à se réinventer pour se contenter d'un simple ripolinage.
Finlande ensuite où la droite au pouvoir, talonnée par l'extrême-droite, tente le tout pour le tout libéral. Une situation de laboratoire antisocial qui menace non tel ou tel modèle social particulier mais les fondements de la solidarité collective dans l'Union. De quoi s'agit-il ? De l'instauration d'un salaire universel – 800 euros par mois selon le projet gouvernemental – qui serait versé par l'État à chaque citoyen adulte indépendamment de ses autres revenus. En échange, les prestations sociales, toutes les prestations sociales, seraient supprimées. Plus de chômeurs à indemniser, de malades à soigner, de revenus de substitution à assurer aux retraités ou aux accidentés de la vie et du travail. Dans le cas précis de la Finlande où l'économie est chancelante depuis des années, on comprend bien le calcul cynique qui n'a rien de subtil. L’État serait gagnant et pourrait même baisser les impôts. Un appel d'air pour les assurances privées en tout genre se produirait à court terme pour ceux du moins qui pourraient se les offrir. Ceux qui ont un emploi, un salaire, verraient leurs revenus augmenter sensiblement avec un report sur la consommation d'une partie du surplus et la croissance repartirait, croient-ils. Sauf que ce serait démanteler dans le même mouvement toutes les solidarités sociales qui font de la société un collectif social responsable de tous et de chacun pour y substituer la loi de la jungle, du chacun pour soi contre tous. L'affaire est d'autant plus sérieuse qu'il ne s'agit pas d'un débat parmi d'autres mais de la focalisation d'un gouvernement sur une vieille idée de droite qu'il entend traduire en projet de loi soumis au Parlement au cours du premier semestre 2016. C'est dire s'il y a urgence à démonter cette mécanique infernale qui pourrait séduire des droites européennes en panne de projets crédibles et qui ne savent plus quoi inventer pour résister à une extrême-droite qui les conteste et à une gauche qui reprend malgré tout quelques couleurs dans l'Union, à partir de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne dans une moindre mesure au sud, mais aussi avec des recompositions hésitantes dans bien d'autres États membres. Il importe donc que gouvernements, Commission et Parlement condamnent sans ambiguïté cette folie ultralibérale avant qu'elle ne contamine les droites européennes et leurs Think Tanks.
La guerre contre l'État islamique (EI) et la mouvance terroriste se poursuit avec des résultats inégaux en premier lieu parce qu'en dépit des bombardements et des pertes qu'ils subissent, les Islamistes accentuent leurs pressions faites de menaces, d'attentats meurtriers et de conquêtes territoriales. Le Drian estime ainsi qu'ils contrôlent désormais 250 km linéaires de côtes libyennes les autorisant à une poussée vers l'intérieur, vers les puits de pétrole. Après l'Irak, après la Syrie, la Libye donc et sans compter le Yemen. S'y ajoutent des succès plus difficiles à décrypter comme la proclamation d'un État islamique en Gambie, source de déstabilisation virtuelle de toute l'Afrique de l'Ouest. Au point où les régimes théocratiques islamiques, au premier rang desquels l'Arabie saoudite – sans l'Iran et l'Irak – prennent peur et montent en urgence une coalition de lutte contre les terroristes, aux plans politique, religieux et culturels au-delà des aspects militaires pris en charge par ailleurs. À prendre avec circonspection car le problème numéro un sur ce plan est celui du financement des courants salafistes auxquels l'Arabie saoudite a consacré pas moins de 3 à 4 milliards de dollars par an pendant des années. D'autres comme la Turquie et le Soudan s'approvisionnent à bas coûts en pétrole auprès de l'EI et de ses intermédiaires. L'annonce de la mort de tel ou tel dirigeant islamique ne change probablement pas grand chose sur le terrain où la nécessité de l'intervention massive se fait chaque jour plus pressante. L'alerte générale à Los Angeles qui a entraîné la fermeture de toutes les écoles publiques de la ville souligne le « climat » que cette guerre globale réussit à installer dans les métropoles planétaires les plus sécurisées. La prolongation de l’État d'urgence en France, envisagée par le gouvernement, après la mise à jour de l'ampleur des réseaux logistiques et de soutien aux tueurs de l'EI en est une autre illustration. Ce sont ainsi la vie démocratique et les libertés, dans beaucoup d’États, qui se trouvent menacées, souvent à la marge sans doute mais sans que la perspective combien souhaitable d'un retour à la normale ne s'impose. Les assassins le savent et cela fait leur force. Terroriser brutalement ou de manière plus insidieuse des millions, des dizaines, des centaines de millions de gens pour faire valoir leur projet d'instaurer la barbarie comme une norme subie par la communauté internationale. Une raison suffisante pour exiger de tous les États engagés d'une manière ou d'une autre dans la guerre contre le terrorisme islamique qu'ils joignent aux actions militaires un projet crédible de reconstruction, démocratique et donc laïque, des territoires tombés sous la coupe des Barbares, avec un prolongement inévitable dans les monarchies théocratiques de la région. Perspective de long terme, voire de très long terme, mais sans laquelle la guerre perdrait sa dimension libératrice pour l'humanité.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire