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| Une terrasse parisienne en 1925, photo © Maurice-Louis Branger |
La reprise d’une vie normale ou presque à Paris, tandis que Bruxelles tourne toujours au ralenti et le début d’une séquence diplomatique périlleuse tracent le cadre de la semaine d’après.
Le retour à la vie était nécessaire et il s’opère autour des cercueils lors des obsèques de chacune des 130 victimes du massacre du 13 novembre avant la cérémonie des Invalides, vendredi. Les mesures adoptées dans le cadre de l’état d’urgence n’ont heureusement pas empêché la société française de reprendre son souffle. Tout confirme cependant la gravité du défi auquel ce pays et ses voisins européens sont confrontés. Chaque matin blême apporte son lot de perquisitions, de saisies d’armes, d’arrestations, d’assignations à résidence et parfois de mises en examen. L’état de guerre s’impose comme un passage obligé, non pas comme un lointain écho assourdi des frappes militaires au Proche-Orient, mais comme un bruit de proximité auquel on finirait par s’habituer. Il ne le faut pas, surtout pas ! Le retour à la normale le plus tôt possible est souhaitable, nécessaire, indispensable pour une gauche qui s’opposera toujours sur ce plan à la droite des partisans de l’ordre à n’importe quel prix. Ce retour ou plus exactement cette avancée suppose bien sûr la mise hors d’état de nuire des commandos de tueurs tapis dans l’ombre de divers territoires européens et c’est difficile, ne serait-ce que parce que l’Union européenne n’y était pas préparée et qu’elle n’est toujours pas un État au plein sens du terme, capable de protéger tous ses citoyens. Il faut donc dans l’urgence parfaire les collaborations, accélérer les harmonisations du droit et des procédures.
Il faut ensuite que l’esprit du 13 novembre, celui de la responsabilité partagée et solidaire ne s’évanouisse pas trop vite et c’est pour le coup encore plus difficile parce que de même que toute la France ne fut pas Charlie en janvier, elle n’est pas davantage Paris en novembre. Un fait divers mercantile et répugnant de vente et d’achat d’images en donne la mesure. Deux réalités cohabitent en effet, l’une visible, l’autre moins. L’une faite de cet esprit de solidarité fraternelle qui semble avoir prévalu dans la jeunesse et l’autre qui rêve d’en découdre ruminant ses rancœurs et la vengeance. La concorde est un moment fragile et fugace. Les sondages dissipent déjà les impressions apaisantes. Marine Le Pen se revendique « grégaire » et elle l’est. Son père rêve de décapitations. La benjamine du clan fait assaut de son intégrisme catholique. On pourrait multiplier les signes de la poussée de l’extrême-droite que souligne la mesure des intentions de vote à moins de quinze jours désormais du premier tour des élections régionales. C’est pourquoi, il faut que la politique reprenne vite ses droits, que les électeurs soient éclairés de la manière la plus nette sur les enjeux. Naturellement qu’il faut voter le plus massivement possible parce que c’est défendre les valeurs démocratiques, mais encore faut-il ne pas voter pour ceux qui rêvent de les défigurer ou s’abstenir en leur facilitant la tâche. Ce sera vrai le 6 décembre et à plus forte raison le 13 lors du second tour où le vote démocratique devra s’imposer partout contre celui qui ne l’est pas et ne le sera jamais. Pas une voix ne devra manquer contre l’extrême-droite.
Autre prolongement de ce 13 novembre de rupture, la fièvre diplomatique qui agite les capitales du monde. François Hollande est à la manœuvre pour que la riposte s’organise dans le cadre d’une seule et unique coalition. L’objectif est louable. L’équilibre entre compromis et concessions réciproques n’est en revanche pas simple à trouver. Qu’il s’agisse des opérations elles-mêmes pour éviter des dérapages lourds de menaces entre alliés comme cela vient de se produire entre la Turquie et la Russie. Qu’il s’agisse surtout du but final à assigner à cette coalition, celui de l’instauration de régimes démocratiques dans les territoires libérés. Moscou et Téhéran pensant détenir un atout maître avec le dictateur de Damas ne renonceront pas à en user et en abuser dans la négociation. Bachar El-Assad demeure pourtant un obstacle à la paix comme à la démocratie. Les États-Unis d’Obama, Kerry ou Clinton doivent compter avec les saillies de Républicains hystériques rappelant les heures les plus sombres du Maccarthysme. Quant à l’Europe, elle ne fait pas le job, le déléguant à l’un des siens même si c’est officiellement avec le soutien de tous les autres. Cette situation est dangereuse parce qu’elle alimente doutes et faux-semblants. Le Président français n’a même pas pris soin d’associer à ses allers-retours à Washington et Moscou, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Federica Mogherini. C’est un tort. On ne manquera pas de le mesurer demain ou après-demain. Ce n’est pas gagné et ce n’est pas l’apparente concorde planétaire du début de la COP21 la semaine prochaine qui résoudra la question ouverte.
N’oublions pas enfin les risques inhérents à une économie globalisée où la guerre fait immédiatement des dégâts collatéraux dont on mesure mal sur l’instant les effets ravageurs. Les baisses de fréquentation sont déjà avérées à un moment de l’année où celle-ci est habituellement au plus haut. Si pas grand monde ne regrettera le Pacte de stabilité européen, générateur d’austérité et mis à mal sur le moyen terme par les attentats du 13 novembre et leurs conséquences, ce qui le remplacera ne laisse d’inquiéter car la croissance n’est pas au rendez-vous et pâtira logiquement de la contraction de la consommation qui suit toujours pareil accident de société. La relève des taux aux États-Unis, envisagée par la Fed en décembre, serait ainsi un coup dur pour les économies européennes. Les déséquilibres internes relevant de la plus ou moins grande exposition aux risques et à l’engagement militaire ne sont pas moins dangereux. Il serait dans ces conditions tout à fait indiqué que Bruxelles et les capitales européennes se saisissent sans attendre du problème d’autant que ce qui peut et doit être fait n’est pas mystérieux. Un grand plan de relance est encore plus nécessaire aujourd’hui qu’il ne l’était avant le 13 novembre. Ne pas y souscrire reviendrait à ajouter les risques de la crise, de la stagnation à ceux de la longue période de dépression que nous avons connue. L’Europe détient à ce niveau les moyens de l’action publique. Encore, faut-il qu’elle le veuille au moins majoritairement.

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