samedi 31 octobre 2015

Vienne : le monde en quête de solution contre la barbarie

Photos © AFP

Depuis la confiscation des printemps arabes et leur étouffement par les Islamistes, c'est la première fois que l'espoir ténu d'une solution apparaît dans la perspective du retour à une certaine normalité et à un semblant de paix civile. La raison n'en est pas mystérieuse. Elle réside dans le fait que tous ceux qui ont un intérêt, direct ou indirect, dans la région sont désormais autour de la même table. Galop d'essai bien sûr non conclusif, mais qui amorce un processus contraint pour tous. On se reverra donc dans 15 jours. Certes, c'est de la Syrie dont il est officiellement question et d'aucun autre État ou de ce qu'il en reste, manière d'indiquer que cette fois à la différence de ce que firent Sarkozy et Cameron en Libye, Bush en Irak, on ne cassera pas tout sans se demander ce qu'il en sortira. Preuve que l'on a commencé à comprendre que le chaos ne mène qu'au chaos. Les Russes, partis la fleur au fusil il y a tout juste un mois,  doivent à leur tour en convenir.

Malgré des bombardements massifs des différentes coalitions, l’État islamique tient le choc, ne cédant rien ou presque et continuant à polariser une frange de la jeunesse musulmane de par le monde, le recrutement de nouveaux djihadistes se poursuivant sur un rythme soutenu. La menace de cette véritable bombe à retardement est perçu par tous comme une incitation à agir avant que la situation ne devienne par trop incontrôlable, des pourtours de la Méditerranée au Caucase. D'où le rôle actif de Moscou dans les préparatifs de la conférence, après l'annonce inhabituelle de la mort de 14 de ses soldats pour signifier qu'ils sont à pied-d’œuvre. D'où la décision de Washington de revendiquer la présence de ses forces spéciales sur le terrain. D'où la présence de Téhéran à la table de négociation, rendue certes possible par la conclusion de l'accord sur le nucléaire, mais qui sanctionne surtout l'intervention de ses troupes sur place. Les autres participants sont dans une posture plus délicate.

Les Turcs sont suspendus au verdict des urnes qui pourrait mettre fin à la domination des Islamistes conservateurs d'Erdogan qui s'est engagé fort tardivement à combattre l'EI après que ses services secrets lui ont livré des armes et avec une focalisation avant tout contre la guérilla du PKK. Les Saoudiens n'ont guère d'arguments et de résultats à faire valoir en dehors de leurs moyens financiers après leurs échecs au Yemen et le massacre de la Mecque où plus de 2 000 pèlerins ont été piétinés. Les Européens en proie à la crise des migrants réfugiés sont divisés et débarquent dans la négociation en ordre dispersé. Les Français interviennent tandis que Londres ne le peut pas en raison du véto du Parlement. L'Allemagne négocie comme toujours, se prévalant de ce que Merkel considère comme un succès en Ukraine, tandis que l'Italie se dit prête à y aller sans joindre pour l'instant le geste à la parole. Cette assemblée n'en représente pas moins la légitimité internationale avec le soutien de l'Onu.

Syrie donc pour commencer, parce qu'il faut bien prendre le problème par un bout. Non que Assad soit bien flamboyant. Ses troupes n'ont cessé de perdre du terrain avant qu'Iraniens et Russes ne mettent le paquet en sa faveur et d'ailleurs sans gains territoriaux significatifs. Il est le premier responsable d'une guerre civile qui a saigné les peuples de Syrie occasionnant la mort de 200 000 civils et le déplacement de quelque 7 millions de personnes. Il a utilisé les armes chimiques de destruction massive, prohibées par l'Onu, comme l'avait fait à l'époque Saddam Hussein en Irak. Seul avantage du boucher de Damas pour ceux, Russes et Iraniens, qui l'utilisent jusqu'au jour prochain où ils le lâcheront, il présente l'apparence d'un État qui n'a rien à leur refuser tellement il est dépendant de ses protecteurs. 

Mais ensuite, il faudra bien aborder la situation en Irak où l'EI prospère autant ou presque qu'en Syrie en martyrisant des villes autrement plus importantes, dont Mossoul et ses quelque deux millions d'habitants. Il faudra trouver une solution pour la Libye comme pour le Yemen. Sans compter le Liban et la Jordanie qui, sans être dans le même état chaotique, font face difficilement à des millions de réfugiés. Nous ne sommes donc qu'au début d'une tentative pour venir à bout de la « bête immonde » et de ses tentacules. Solution « politique », dit-on, c'est indispensable pour reconstruire une situation vivable pour les populations de la région, mais l'action militaire sur le terrain n'en est pas moins nécessaire car il faudra reconquérir les territoires occupés et les libérer du joug des fous de dieu. Ce qu'espèrent, sans trop y croire, les Occidentaux, c'est que les forces locales s'en chargeront. Plus qu'improbable en l'état actuel des forces.  

Quoiqu'il en soit, la coalition internationale a enfin vu le jour à Vienne et devra se maintenir jusqu'à l'anéantissement définitif de l’État de Baghdadi et de ses sbires. Cela prendra du temps et coûtera sans doute la perte de nombreuses vies humaines. Il n'y a cependant pas d'autre alternative pour la communauté internationale que de s'engager dans ce combat mondial pour la libération de l'humanité face à l'un des régimes les plus barbares qui n'ait jamais existé. Au vu de l'enjeu, les crocs-en-jambe et autres petits jeux politiciens comme ceux auxquels s'est livré Nicolas Sarkozy auprès de Poutine sont dérisoires. Ils témoignent seulement de l'inconséquence du personnage en quête de visibilité et de soutien pour la primaire à droite. L'Europe et le monde ont d'autres soucis et s'y attèlent, on voudrait le croire, enfin sérieusement. 
   

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