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| P. Passos Coelho (photo © Reuters) |
Les élections portugaises du 4 octobre se
concluent provisoirement sur une impasse. Formellement, la coalition de droite
– Parti social démocrate (PDS) et Centre démocrate social (CDS) –, responsable
d'une cure d'austérité brutale de 4 longues années, arrive en tête avec 38,55 %
des suffrages. Elle perd près de douze points et 22 sièges par rapport à 2011
et la majorité absolue au Parlement – 116 sur 230. Elle était donnée battue
dans tous les sondages avant la dernière ligne droite de la campagne. Il reste en outre 4 sièges à pourvoir au
titre des électeurs de l'étranger. Face à elle, la gauche – 52,18 % et 122
sièges – l'emporte mais tout aussi formellement. Une gauche divisée, composée de
trois coalitions de fait, celle d'un Parti socialiste portugais assez disparate
et qui revient de loin. Avec 32,4 % et 89 sièges, Il progresse d'environ 3
points sur l'étiage de 2011. Le Premier ministre socialiste d'alors, José
Socratès, fut l'initiateur de l'austérité et de la première demande d'aide à
l'UE et au FMI d'un montant de 78
milliards d'euros. Il a été surtout rattrapé par ses frasques et jeté en prison
pour « corruption et détournement de fonds publics ». Il est toujours en résidence surveillée… Son
successeur, l'estimé ex maire de Lisbonne, Antonio Costa, a fait ce qu'il
pouvait pour rompre avec le passé en renouvelant les instances et le discours
du parti. Costa est en outre moins sectaire et arrogant avec les forces qui se
situent à la gauche des socialistes.
Celles du Bloc de gauche d'abord, qui s'octroie
10,2 % des suffrages et 18 sièges avec la plus nette progression – 5 points.
Une myriade de petites formations aux origines diverses avec un dénominateur
commun contre l'austérité qui se conjugue avec un travail d'élus
« sérieux » et une capacité à formuler des propositions concrètes.
Ici, le parallèle avec Syriza fait sens. Troisième coalition, celle du Parti
communiste portugais (PCP) et des Verts qui se maintient – 8,3 % et 15 sièges.
L'ambiguité sur la sortie de l'euro l'a desservie. Ces trois gauches, si elles
étaient rassemblées, seraient en mesure de diriger le pays. L'équation d'une
gouvernance commune se joue en effet à trois tant une solution à deux termes
est jugée risquée par ceux qui s'y engageraient en laissant la troisième
composante en embuscade. Cela paraissait encore improbable dans les derniers
jours de campagne. Mais les résultats du scrutin et le risque de voir
l'austérité encore aggravée bousculent un peu la donne. Raison d'espérer un
sursaut pour ne pas laisser le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho,
en remettre une couche avec d'autant plus d'ardeur que les gauches se
déroberaient au profit d'une perspective toujours possible de grande coalition
droite gauche… « sans Costa » dit la droite.
Plus fondamentalement, le Portugal de Coelho
passe pour un bon élève de la Troïka (UE, FMI, BCE) des créanciers, pour être
sorti de ses griffes en mai 2014 après avoir satisfait à toutes ses exigences.
Il a même reçu un sérieux coup de pouce à la veille des élections de l'agence
Standard & Poor's qui a réévalué la note de sa dette souveraine, en partie
en raison du bond des exportations – de 27 à 40 % du Pib – sur la base d'une
« compétitivité » forcément améliorée. La même agence en fait de même
en faveur de Rajoy en Espagne. La réalité est cependant plus contrastée. Côté
croissance, Lisbonne espère finir l'année sur 1,6 % de progression après 0,9 %
l'an passé. Mais le FMI estime qu'elle ne fera pas mieux ni l'an prochain, ni
en 2017, concluant qu'à ce rythme, il lui faudrait attendre 2020 pour que le
pays retrouve son niveau de richesses de 2009. La preuve par le Portugal que
l'austérité, à condition qu'elle soit sévère, serait la solution est une fable
au goût amer. Pas de quoi obtenir les félicitations du jury. D'autant que si le
chômage a diminué – 17,5 % au plus haut –, il frappe toujours 12,4 % de la
population et a même légèrement remonté le mois dernier. Au domaine des
privatisations, la droite a tout bradé ou presque des biens publics. Salaires,
pensions et indemnités de chômage ont pendant ce temps reculé, partout
alimentant une misère de masse qui n'est pas sans rappeler pour les plus âgés
celle qui sévissait sous la dictature. Voilà ce que cachent les notes formelles
du bon élève. La majorité des Portugais lui a refusé leur confiance non sans
raison.
Une défaite de l'austérité qui aurait été plus lourde sans une
campagne en trompe-l'œil de la droite où la comparaison avec Athènes fut de
tous les discours sans que la gauche ne soit toujours à la hauteur sur ce
point. Les Grecs, en dépit de leurs difficultés, n'ont pas subi ce qu'ont
enduré pendant quatre ans les Portugais et en tous cas rien de comparable
depuis que Syriza domine la Vouli. Le Portugal n'a pas connu une aussi forte
croissance que la Grèce ou l’Espagne de l'entrée dans l'UE à 2008. Le
programme de privatisations – un véritable « bradage » – de Coelho
n'a rien à voir avec celui de Tsipras, ni en volume, ni même dans les
conditions où il s'est opéré. Reste la question de l'accès au marché des capitaux où la
droite portugaise se vante de s'être émancipée de la tutelle de la Troïka mais
à un prix social insupportable, sans d'ailleurs que cela ait été une obligation
de court terme. Il en va de même de la Grèce qui en fait sa priorité après le
voyage outre-Atlantique de Tsipras. À aller trop vite dans cette perspective,
certes, souhaitable mais qui doit être assurée, on prendrait en effet le risque
d'une rechute. Si ce ne fut pas le cas jusqu'à ce jour pour le Portugal, il est
bien difficile d'y discerner un avantage décisif. Alors prudence, à plus forte
raison si une grande coalition de toute la gauche portugaise prenait la
responsabilité commune de redresser la situation.

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