lundi 5 octobre 2015

Portugal : la droite par défaut… si les gauches se dérobent


P. Passos Coelho (photo © Reuters)

Les élections portugaises du 4 octobre se concluent provisoirement sur une impasse. Formellement, la coalition de droite – Parti social démocrate (PDS) et Centre démocrate social (CDS) –, responsable d'une cure d'austérité brutale de 4 longues années, arrive en tête avec 38,55 % des suffrages. Elle perd près de douze points et 22 sièges par rapport à 2011 et la majorité absolue au Parlement – 116 sur 230. Elle était donnée battue dans tous les sondages avant la dernière ligne droite de la campagne. Il reste en outre 4 sièges à pourvoir au titre des électeurs de l'étranger. Face à elle, la gauche – 52,18 % et 122 sièges – l'emporte mais tout aussi formellement. Une gauche divisée, composée de trois coalitions de fait, celle d'un Parti socialiste portugais assez disparate et qui revient de loin. Avec 32,4 % et 89 sièges, Il progresse d'environ 3 points sur l'étiage de 2011. Le Premier ministre socialiste d'alors, José Socratès, fut l'initiateur de l'austérité et de la première demande d'aide à l'UE et au FMI  d'un montant de 78 milliards d'euros. Il a été surtout rattrapé par ses frasques et jeté en prison pour « corruption et détournement de fonds publics ». Il est  toujours en résidence surveillée… Son successeur, l'estimé ex maire de Lisbonne, Antonio Costa, a fait ce qu'il pouvait pour rompre avec le passé en renouvelant les instances et le discours du parti. Costa est en outre moins sectaire et arrogant avec les forces qui se situent à la gauche des socialistes.

Celles du Bloc de gauche d'abord, qui s'octroie 10,2 % des suffrages et 18 sièges avec la plus nette progression – 5 points. Une myriade de petites formations aux origines diverses avec un dénominateur commun contre l'austérité qui se conjugue avec un travail d'élus « sérieux » et une capacité à formuler des propositions concrètes. Ici, le parallèle avec Syriza fait sens. Troisième coalition, celle du Parti communiste portugais (PCP) et des Verts qui se maintient – 8,3 % et 15 sièges. L'ambiguité sur la sortie de l'euro l'a desservie. Ces trois gauches, si elles étaient rassemblées, seraient en mesure de diriger le pays. L'équation d'une gouvernance commune se joue en effet à trois tant une solution à deux termes est jugée risquée par ceux qui s'y engageraient en laissant la troisième composante en embuscade. Cela paraissait encore improbable dans les derniers jours de campagne. Mais les résultats du scrutin et le risque de voir l'austérité encore aggravée bousculent un peu la donne. Raison d'espérer un sursaut pour ne pas laisser le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho, en remettre une couche avec d'autant plus d'ardeur que les gauches se déroberaient au profit d'une perspective toujours possible de grande coalition droite gauche… « sans Costa » dit la droite.

Plus fondamentalement, le Portugal de Coelho passe pour un bon élève de la Troïka (UE, FMI, BCE) des créanciers, pour être sorti de ses griffes en mai 2014 après avoir satisfait à toutes ses exigences. Il a même reçu un sérieux coup de pouce à la veille des élections de l'agence Standard & Poor's qui a réévalué la note de sa dette souveraine, en partie en raison du bond des exportations – de 27 à 40 % du Pib – sur la base d'une « compétitivité » forcément améliorée. La même agence en fait de même en faveur de Rajoy en Espagne. La réalité est cependant plus contrastée. Côté croissance, Lisbonne espère finir l'année sur 1,6 % de progression après 0,9 % l'an passé. Mais le FMI estime qu'elle ne fera pas mieux ni l'an prochain, ni en 2017, concluant qu'à ce rythme, il lui faudrait attendre 2020 pour que le pays retrouve son niveau de richesses de 2009. La preuve par le Portugal que l'austérité, à condition qu'elle soit sévère, serait la solution est une fable au goût amer. Pas de quoi obtenir les félicitations du jury. D'autant que si le chômage a diminué – 17,5 % au plus haut –, il frappe toujours 12,4 % de la population et a même légèrement remonté le mois dernier. Au domaine des privatisations, la droite a tout bradé ou presque des biens publics. Salaires, pensions et indemnités de chômage ont pendant ce temps reculé, partout alimentant une misère de masse qui n'est pas sans rappeler pour les plus âgés celle qui sévissait sous la dictature. Voilà ce que cachent les notes formelles du bon élève. La majorité des Portugais lui a refusé leur confiance non sans raison.

Une défaite de l'austérité qui aurait été plus lourde sans une campagne en trompe-l'œil de la droite où la comparaison avec Athènes fut de tous les discours sans que la gauche ne soit toujours à la hauteur sur ce point. Les Grecs, en dépit de leurs difficultés, n'ont pas subi ce qu'ont enduré pendant quatre ans les Portugais et en tous cas rien de comparable depuis que Syriza domine la Vouli. Le Portugal n'a pas connu une aussi forte croissance que la Grèce ou l’Espagne de l'entrée dans l'UE à 2008. Le programme de privatisations – un véritable « bradage » – de Coelho n'a rien à voir avec celui de Tsipras, ni en volume, ni même dans les conditions où il s'est opéré. Reste la question de l'accès au marché des capitaux où la droite portugaise se vante de s'être émancipée de la tutelle de la Troïka mais à un prix social insupportable, sans d'ailleurs que cela ait été une obligation de court terme. Il en va de même de la Grèce qui en fait sa priorité après le voyage outre-Atlantique de Tsipras. À aller trop vite dans cette perspective, certes, souhaitable mais qui doit être assurée, on prendrait en effet le risque d'une rechute. Si ce ne fut pas le cas jusqu'à ce jour pour le Portugal, il est bien difficile d'y discerner un avantage décisif. Alors prudence, à plus forte raison si une grande coalition de toute la gauche portugaise prenait la responsabilité commune de redresser la situation.

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