vendredi 2 octobre 2015

Parti pris du 2 octobe 2015

N. Morano, M. Sapin, V. Poutine (photos © AFP)

L'affaire Morano n'en finit pas de polluer notre quotidien par médias interposés. Au même moment, l'éditeur Robert Laffont publie les ignominies de Lucien Rebatet, l'un des journalistes et écrivains les plus infâmes de la collaboration, la publication serait-elle éclairée par un solide travail de présentation. L'ancienne secrétaire d’État de Sarkozy, tout entière acquise à ses certitudes ineptes, se répand de Toul à Moscou pour soutenir que les races existent et que la France est bien « un pays de race blanche », évoquant un De Gaulle particulièrement controversé sur ce sujet. Il aura même fallu près d'une semaine d'agitation nauséabonde avant que Sarkozy ne consente à sanctionner sa tête de liste départementale aux prochaines élections régionales. Mieux vaut tard que jamais en effet mais tout de même… Non ! Jamais aucun adepte de la théorie fumeuse des catégories raciales n'a pu apporter un début de preuve scientifique de leur pertinence. L'humanité n'est pas divisée en races. Et chaque fois que des politiques raciales et racistes ont été fondées sur ces préjugés, ce fut pour le pire. Sauf que « ce cher vieux pays » comme dirait Villepin charrie ces insanités dans ses textes fondamentaux dont la Constitution actuelle, comme c'était déjà le cas dans celle de 1946, au prétexte d'affirmer l'égalité entre ces prétendues races. Les textes fondateurs des Nations unies, comme ceux de l'Union européenne échappent à ce legs de la honte. Le « toilettage » – plus sûrement le nettoyage, l'assainissement… – avait été promis par François Hollande. L'Assemblée s'est prononcée dans ce sens. Le Sénat ne l'a pas suivie. Voilà qui fait que ce qui devrait être un délit ne l'est toujours pas, en 2015, au pays des Droits de l'Homme. Que certaines rédactions ou les directions de celles-ci diffusent, sans souci de leurs responsabilités, les propos de N. Morano est particulièrement dangereux car il se trouvera toujours quelques dizaines de milliers, quelques centaines de milliers, voire quelques millions de gens pour « penser » qu'elle a raison car elle parle et réagit comme eux. L'un des plus sûrs moyens de porter le vote d'extrême-droite au zénith. Nous devons lui opposer une attitude responsable et citoyenne fondée sur les acquis de l'humanité qui exigent que les pouvoirs publics retirent enfin le mot honni de tous les textes de la République française. Que vaudrait sans cela l'accès des enfants à une éducation civique à l'école sur ces bases ? Il n'est que temps !

Le budget 2016 présenté par le gouvernement cette semaine n'est que le prélude du marathon parlementaire. Sans surprise, ce projet de loi de finances (PLF) maintient le cap d'une politique économique et sociale qui ne marche décidément pas. Tout l'indique tant au plan des indicateurs qu'à celui du ressenti des Français. La croissance se traîne toujours loin de ce qu'elle est dans la plupart des autres États membres de l'UE. Les diplômés – bac plus 5 –, jusqu'alors relativement protégés, éprouvent de plus en plus de difficultés à se faire embaucher. Plus de la moitié des jeunes résident désormais chez leurs parents au-delà de 25 ans avec des conséquences sociales de long terme pernicieuses.  Comment se satisfaire en effet d'une hypothétique « stabilisation » du chômage, comme la prévoit l'Insee, à 10 % de la population active? Emblématique d'une volonté de persévérer dans ses choix, le gouvernement annonce ainsi des réductions d'impôts à hauteur de 2 milliards pour les ménages et… de 7 milliards pour les entreprises. Ce déséquilibre qui prolonge les précédents est facteur d'échec parce que la croissance ne repartira pas sans une demande plus solide des ménages. C'est une certitude si l'on se réfère à tous les modèles et exemples disponibles. Il en va ainsi de l'accord salarial dans les trois fonctions publiques, indépendamment de l'appréciation sur sa validité contractuelle. C'est dès maintenant qu'il faut agir sur le pouvoir d'achat des quelque 5,3 millions de fonctionnaires soumis à l'austérité depuis 5 ans, pas après-demain. D'autant que le soutien indifférencié aux entreprises sans la moindre contrepartie en matière d'emploi et d'investissement produit des effets pervers, parce qu'au lieu de soutenir les plus compétitives, il disperse, il dilue l'effort public au profit d'une augmentation générale des marges financières avec l'espoir, quelque peu « naïf », que cela se traduira enfin, un jour, par des investissements et des embauches. La théorie de l'offre chère à Macron est fondée sur ce postulat jamais vérifié. Dans un climat sans doute conjoncturel de ralentissement des perspectives de croissance et de contraction des échanges mondiaux, comme le soulignent avec un bel ensemble toutes les institutions économiques – OCDE, FMI, OFCE, OMC… –, cela revient à prendre ses désirs pour la réalité. Il n'en est rien et c'est bien la raison pour laquelle il importe d'infléchir sérieusement ce dernier budget « utile » du quinquennat.

Le retour de Poutine s'opère sur fond de crises « ouvertes ». En Ukraine où la session de négociation à Paris pour appliquer l'accord de Minsk a peu de chances de déboucher sur une stabilisation car Poutine n'entend pas renoncer à casser le nouvel arrimage de la majorité du pays à l'Europe après l'avoir séparé de la Crimée et  amputé de fait d'une partie de son territoire passée sous contrôle de Moscou. L'urgence au Moyen-Orient peut pousser à l'accalmie provisoire mais l'équation diplomatique, économique et militaire demeure. Le contrôle de l'Ukraine reste un enjeu décisif pour Poutine dont l'économie est chancelante. Il ne l'est pas moins, au nom du partenariat oriental, pour l'UE. La différence réside dans le type de régime que souhaitent établir à Kiev les uns et les autres. Et à ce titre, il n'y a pas de neutralité possible. L'extrême droite et une partie de la droite ne se trompent pas de camp. Opposons-leur les exigences de démocratie et de développement solidaire en faveur des Ukrainiens et, par ricochet et à plus long terme, des Russes. Poutine revient surtout en force en Syrie. Il ne sert à rien de disserter sur le sort théorique promis à Bachar el-Assad. Sa place est d'évidence à La Haye dans le box des accusés du Tribunal pénal international, mais ce n'est pas le préalable à la constitution d'une coalition internationale contre l’État islamique et les succursales d'Al-Qaïda. La difficulté réside bien davantage dans le fait que les Iraniens avec quelques dizaines de milliers de combattants sont à pied d’œuvre sur le terrain, les Russes avec quelques milliers de soldats y arrivent tandis que les forces spéciales américaines, britanniques, françaises sont, pour autant que l'on sache, éparpillées, mal coordonnées et surtout dans un statut incertain. L’armada aérienne qui frappe depuis des mois les positions des Islamistes n'obtient pas de résultats probants. Poutine, lui, bombarde sans se soucier des « effets collatéraux » et cela fait toute la différence. La coalition régionale financée par Ryad mène, elle, une guerre aérienne, « privée » et confessionnelle, au Yemen. La solution passe par l'Onu où Poutine a encore pris l'initiative face à des partenaires adversaires en mode stand by. Une résolution d'engagement militaire de tous dans la perspective de détruire l'EI s'impose. Mais la reconstruction, la prise en charge de presque 10 millions de déplacés et l'affirmation – sans précédent localement – d'une société démocratique et laïque conforme aux aspirations des Printemps arabes prendra beaucoup de temps et exigera de gros moyens de la part de la Communauté internationale. À ce stade, il est sans doute juste de l'évoquer sans prétendre la régler, affaire de rapport des forces et de volonté politique. Si Paris ou du moins Hollande et Fabius gardent le cap sur ce terrain et ils font bien, les convictions de Washington, Berlin et même Londres sont plus mouvantes.


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