vendredi 9 octobre 2015

Oui, l'Europe contre les souverainistes, les populistes, les fascistes…

Merkel et Hollande le 7 octobre à Strasbourg. Photo © AFP

Le duo de la Chancelière allemande et du Président français devant le Parlement de Strasbourg aurait pu tourner à l'exercice convenu. Il n'en fut rien. L'Europe fait en effet face à de lourds défis historiques, de l'Ukraine au Moyen-Orient. Elle doit accueillir près d'un million de migrants et sans doute bien davantage dans l'urgence. Elle n'a pas tenu ses engagements dans bien des domaines à commencer par celui de la prospérité économique qu'elle avait promise à ses quelque 508 millions de ressortissants. Elle n'a guère progressé sur la voie de sa construction fédérale, de son élargissement et de la consolidation politique de la zone euro.  Elle n'a que peu avancé dans l'harmonisation sociale et fiscale, dans la lutte contre les inégalités, dans ses engagements internes comme dans ceux qui devraient en faire une référence à l'échelle planétaire, se contentant souvent de cotes mal taillées, de demi mesures, de paroles souvent médiocres. Il ne faut donc pas s'étonner si beaucoup d'Européens, auraient-ils tort, sont tentés de s'en détourner. Le diagnostic est partagé à chaque élection dans la quasi totalité des États membres. Sur cette toile de fond, tout poussait à ce que cette séance solennelle soit sans surprise à la différence de celle qui avait vu Kohl et Mitterrand répondre ensemble dans la même enceinte en novembre 1989 aux défis européens de l'unification allemande. 

Hé bien, non ! La surprise est venue de la harangue de la figure de proue des extrêmes droites du continent. Jamais sans doute, la haine à l'état brut ne s'était manifestée avec autant de brutalité dans l'hémicycle. Cible de la Présidente du FN, l'Europe elle-même qu'elle méprise depuis toujours… Hollande qu'elle a insulté le rabaissant au rôle d'un Vice-chancelier servile… Merkel qu'elle accuse de vouloir « une absurde domination allemande ». Le tout dans un assaut de franchise menaçante. On a pu craindre un temps que l'estocade reste sans riposte.  Et quand Hollande s'est levé pour répondre aux différents chefs des groupes parlementaires, rien n'indiquait que l'heure de la contre-offensive avait sonné dans son esprit. Il tapa donc, fort, avec précision, avec conviction et même brio, portant au camp d'en face un coup terrible. Oui, ils veulent sortir de l'euro, de l'Europe, de Schengen, de la solidarité… pour finalement sortir de la « démocratie ». Tout était dit. À ce moment, le rictus provocateur de Le Pen s'est figé, tout son être se révulsant contre cette vérité qu'elle ne veut pas entendre révélée parce qu'elle la disqualifie totalement, pour tout et pour toujours. Oui, c'est le bon angle d'attaque. Oui, il faut appeler un fasciste un fasciste. Oui, contre le FN, la bataille idéologique n'est pas accessoire, elle est indispensable, centrale, décisive. 

Alors, bien sûr, l'on nous dira qu'il en faudra bien davantage pour faire reculer la vague noire et c'est vrai. Il faudra en particulier que sur le plan social des millions de gens n'aient plus le sentiment d'être des laissés-pour-compte, des « invisibles » souvent tentés par la vulgate  frontiste parce qu'elle ne dit rien de plus pour en attribuer la responsabilité aux « autres » et fourbir ses armes.  Il n'empêche. La situation sociale s'améliorerait-elle que le problème ne serait pas résolu pour autant. Le lien entre le terreau de la crise et le FN a été mille fois démontré. L'extrême-droite s'est toujours nourrie de la misère qui désespère les gens, détruit les individus, les transforme en salauds.  Ce qui n'enlève rien à la responsabilité de chacun, y compris dans l'isoloir mais la « contextualise », non pour l'excuser mais pour en rendre compte. Le propos de Hollande, quelles que soient les réserves que l'on peut émettre sur le bilan de son quinquennat, ses promesses pas ou peu tenues, doit sonner comme un signal de rassemblement de la gauche et des partisans de la démocratie pour combattre l'extrême-droite, faire en sorte qu'elle ne s'empare d'aucune des nouvelles régions en décembre prochain. Quitte à ce que les forces de « l’arc démocratique » sachent innover, constituer des coalitions techniques pour réduire le pouvoir de nuisance de ceux pour qui les libertés démocratiques ne sont rien alors que nous les défendons et le ferons jusqu'au bout.  Ce combat a désormais pris une autre dimension. Il est urgent. Nul à gauche n'a le droit de s'y soustraire. 

LIRE ÉGALEMENT


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire