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| À Ankara (photo © AP/Sipa), à Jérusalem (photo © AFP), à Paris (photo © Reuters). |
L'attentat du 10 octobre à Ankara – 97 morts, des centaines de blessés – plonge à nouveau l'Europe et le monde dans l'horreur et questionne les stratégies politiques mises en œuvre à Moscou, Washington, Paris, Berlin ou Londres au moment où la situation n'a jamais été aussi dangereuse dans un Moyen-Orient soumis à la surenchère sanglante des groupes islamistes. La multiplication d'attaques à l'arme blanche contre des citoyens israéliens ordinaires, glorifiées par le Hamas, ne sert en rien la cause palestinienne qu'elle enfonce dans le néant. En France, on s'enflamme pour un débat caricatural sur des violences imputées à de présumés débordements sociaux. Piètre manière de faire de la politique, au risque de servir les desseins des Le Pen, tante et nièce, sans la moindre considération ni pour les faits, ni pour de solides principes démocratiques, ni même pour une crise sociale qui appelle d'autres perspectives qu'un populisme de mauvais augure, porté par certains à gauche. Le débat budgétaire et même les initiatives qui font sens comme la campagne « zéro chômeur » sont relégués au second plan. Et puis, à Vienne c'est une défaite que subissent les néo-fascistes du FPÖ – plus proches alliés du FN – que les sondages donnaient à égalité avec les sociaux-démocrates du SPÖ qui gardent, fort heureusement, la municipalité dans la capitale autrichienne avec près de 10 points d'avance. Preuve que l'extrême-droite peut et doit être battue quand l'on s'en donne les moyens.
La Turquie avec le massacre perpétré au milieu d'une manifestation pacifique de la gauche turque, partis et syndicats confondus, dont les Kurdes du Parti démocratique du peuple – HDP. À trois semaines d'élections anticipées où Erdogan, en perte de vitesse depuis le précédent scrutin en juin où il a perdu la majorité absolue, joue son va-tout. Toutes les conjectures sur les commanditaires et sur les conséquences du crime ont cours à Ankara. Erdogan et l'AKP – le parti islamiste dominant – sont censés tirer profit de cet acte barbare. Le coup d’État « comme jadis » est présent dans les têtes, « les élections n'auront pas lieu »… Rien n'est moins sûr tant la société turque a changé en profondeur. La responsabilité du PKK, le courant traditionnel de la guérilla kurde dans le sud, victime des bombardements de l'armée et auteur de multiples attentats contre la police et l'armée, a été évoquée par le pouvoir. Cela paraît tout aussi improbable dans la mesure où le PKK et sa direction savent que la stratégie démocratique mise en œuvre par le HDP a donné des résultats bien plus appréciables pour les droits de la minorité kurde que ceux de la guérilla. Reste les courants islamistes fascisants en marge de l'AKP et bien sûr l'EI. Mais là encore, toutes les « ambiguïtés » du gouvernement turc dans sa lutte contre le califat de Al-Baghdadi sont de celles que celui-ci n'a pas intérêt à voir levées. Mieux vaut donc, sur place comme dans toute l'Europe, refuser l'éclatement chaotique et la partition de l'État turc et viser une intégration à l'UE parce que c'est la seule garantie des droits des peuples de Turquie, y compris des Kurdes. C'est pourtant le moment qu'a choisi Angela Merkel pour dire son opposition de toujours à cette perspective…
Les errements diplomatiques et militaires dans la lutte contre l’État islamique. Moscou revient et bombarde tout ce qui bouge contre el-Assad sans autres perspectives que de le voir rétabli pour garantir ses bases. Les exigences démocratiques portées par les printemps arabes n'ont aucune raison de rencontrer un écho quelconque chez Poutine. À Washington, c'est la complainte de l'échec qui domine et une logique de fuite en avant consistant à livrer des armes à des courants guère plus recommandables pour peu qu'ils soient engagés contre Assad et ses protecteurs russes. Londres, Paris et Berlin se prennent les pieds dans un tapis diplomatique où ils ne peuvent prétendre aux premiers rôles. À Londres, Cameron disserte sur les conditions du départ d'Assad qu'il juge discutables. Berlin croit pouvoir miser de manière inconséquente sur la négociation comme pour l'Ukraine, avec Moscou et son protégé. Paris enfin cherche à rattraper le temps perdu en communicant beaucoup sur ses propres bombardements. Les Iraniens et le Hezbollah avancent leurs pions mais pour l'heure avec une prudence certaine. La coalition régionale dirigée par Ryad s'enfonce dans une guerre parallèle et d'influence au Yemen. Tout cela ne hâte guère la destruction du Califat au-delà de quelques actions d'éclat, par drone interposé, contre tel ou tel de ses dirigeants. Ce sont même de nouveaux embrasements qui sont probables de la Turquie à l'Afghanistan en passant par le Caucase. Folie dans ces conditions que de ne pas conduire une lutte coalisée, sans merci, contre les fous de Dieu menaçant partout. Ils ne seront pas vaincus sans intervention directe sous mandat de l'Onu avec l'instauration de sociétés laïques comme horizon, serait-ce une perspective encore lointaine. Il n'y en a pas d'autre.
En Israël, « on risque sa peau à tout instant et à chaque coin de rue », dit-on, en croisant « un héros du couteau », comme les nomme Khaled Mechaal, le principal dirigeant du Hamas, en exil. Que l'impasse dans laquelle se trouvent Palestiniens et Israéliens soit d'abord le résultat de la politique cynique, brutale et historiquement condamnée à l'échec, de la droite et de l'extrême-droite à Tel-Aviv n'est pas douteux. Mais en quoi ces meurtres et tentatives de meurtres seraient-elles une réponse politique à l'enjeu. C'est le contraire qui est vrai. Après avoir tout fait pour affaiblir la portée de la reconnaissance de fait par l'ONU d'un État palestinien en devenir, représenté à l'Assemblée générale de l'ONU par l'Autorité palestinienne, très affaiblie sur le terrain, le Hamas et le Djihad cherchent bien plutôt à créer « l’irréversible » quitte à ce que les populations civiles de part et d'autre en paient le prix fort. On n'a jamais dégainé aussi facilement dans la vieille ville de Jérusalem du côté des Israéliens saisis par la peur. Une perspective libératrice ne verra le jour que si des hommes et des femmes responsables tiennent pour fondé le refus de crimes aussi gratuits qu'aveugles qui ne sont pas moins condamnables que la colonisation et ses drames innombrables. Non dans une logique de symétrie bien sûr, mais pour que ceux qui luttent pour la paix et une cohabitation entre tous les ressortissants de cette terre, dans deux États distincts ou mieux dans un État binational démocratique et laïque, puissent faire entendre leur voix, celle du courage et de la lucidité.
En France, on se perd en des joutes formelles, indécentes et contre-productives. Évidemment, ce n'est pas une découverte, les plans sociaux sont toujours d'une grande violence à plus forte raison quand ils résultent de l'incurie d'une direction, bien secondée à AF par des syndicats corporatistes, avant tout chez les pilotes. En quoi cependant, la « colère » qui n'avait rien de spontanée, ni même d'assumée par la majorité des manifestants, d'une poignée de salariés hurlant « à poil ! » et s'en prenant à deux dirigeants du groupe pourrait-elle faire avancer le rapport des forces en vue d'une solution à la crise de la compagnie ? Si en outre ces salariés prétendent avoir agi en syndicalistes, ce sera pire. De qui se moque Mélenchon quand il réclame qu'on le jette en prison à leur place sans un mot de politique ni une quelconque piste pour sortir AF du rouge, incitant les salariés à recommencer ? Non, il faut en venir à une négociation où seront passées au peigne fin les berlues et autres idées géniales de la direction, les redevances somptuaires à Aéroport de Paris et aux communes voisines… mais aussi certaines conditions de salaire et de travail injustifiées ne concernant qu'une minorité. Dans la foulée, l'apaisement devrait prévaloir dans les prétoires. Tout le reste est jeu de rôles, postures et contre postures qui rabaissent le débat public et ne préparent rien de bon pour la suite, ni dans le champ syndical, ni dans celui de la politique, serait-elle de gauche et de classe. Emmanuelle Cosse, par ailleurs, se trompe lourdement quand elle feint de confondre un accord de gouvernement comme celui que Cécile Duflot avait alors conclu au nom d'EELV avec le PS et avec les résultats que l'on sait et une coalition contre l'extrême-droite qui ne nécessite rien d'autre que l'engagement commun « à frapper ensemble » même si l'on marche séparément sans mélanger les drapeaux. Oui, une autre configuration que celle de la concurrence qui élimine aurait été souhaitable dans les prochaines échéances sans rien renier sur le fond. Mais sur ce plan, le « mal » français du comportement « cinquième République » continue à faire des dégâts partout au PS comme chez beaucoup de ses partenaires.
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