mercredi 16 septembre 2015

Solidaires et responsables

Le Grand Van Gogh, bronze de Bruno Catalano, série « Les Voyageurs » - photo DR 

L'espoir d'une vie meilleure, digne d'être vécue, voilà ce qui motive les êtres humains quand ils abandonnent tout au nom d'un pari un peu fou et souvent terriblement risqué. Heureusement, il se réalisera pour la très grande majorité d'entre eux parce que rien ni personne ne pourra les en empêcher. Il en va toujours ainsi. La crise des migrants – la plupart sont en fait des réfugiés contraints à l'exil par la guerre – est en premier lieu un test pour les sociétés dans lesquelles ils arrivent. L'Europe, avec ses différences sociales et culturelles, fait face à leur drame qui est aussi le nôtre. Elle le fait en s'adaptant à la situation, non sans difficultés, dans un flux et un reflux de décisions contradictoires, acquises souvent à l'arraché. Mais et c'est décisif elle le fait. Alors, on regrettera les propos définitifs sans nuances dont ceux de Sigmar Gabriel qui accablent l'Union sans proposer de solution.

Oui, le cas du Hongrois  Orban, à distinguer des autres pays du groupe de Visegrad – la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie – doit être réglé.  Le despote de Budapest n'en est pas à son coup d'essai. Cent fois, il s'en est pris aux libertés démocratiques, celles de la presse, celles de l'opposition, celles de tous les Hongrois. Il est coutumier des provocations même s'il se fait élire à chaque fois sur la base d'une économie qui ne tourne pas trop mal. L'opposition, unifiée pour la circonstance, a d'ailleurs réuni plus de 10 000 personnes à Budapest contre les barbelés de la honte. Cela ne lui était pas arrivé depuis plusieurs années. Mais, en quoi, l'offensive contre ce personnage sinistre qui déshonore depuis trop longtemps la Hongrie et par ricochet l'Union, devrait-elle conduire à revoir l'allocation des fonds structurels qui représentent la majeure partie des aides au développement ? Ce serait une folie contre-productive.

Orban ferait-il école ? À écouter les discours des responsables bavarois de la CSU – Munich a heureusement un maire SPD –, ceux de Sarkozy et à plus forte raison ceux des Le Pen et autres Dupont-Aignan, pour s'en tenir aux deux États clés, on pourrait le croire. Mais là encore, ce serait une erreur. La crise des migrants bouscule le paysage politique, mobilise à gauche et met sur la défensive les démagogues de droite et parfois de « gauche » qui ne savent plus à quelle branche se raccrocher. Sarkozy, par exemple, espère simplement éloigner la menace de ses concurrents à la primaire à la faveur d'un vote de la base réactionnaire de son parti. Les dirigeants de la CSU sont impuissants à peser sur leurs alliés de la CDU à Berlin et le manifestent avec rage. Quant aux formations de l'extrême-droite, repliées sur un nationalisme autarcique rappelant celui des années trente, elles tentent de faire fructifier leur fonds de commerce électoral sur cette base, ce qui compromet l'entreprise de dédiabolisation et les éloigne d'autant du pouvoir.

L'Europe va devoir accueillir dès cette année entre un et deux millions de migrants-réfugiés. C'est un fait ! De tout petits pays comme le Liban en accueillent déjà  bien davantage en proportion. C'est un problème de court terme et une chance de long terme. Encore faut-il qu'il soit pris par le bon bout. Celui des quotas est utile pour organiser les choses et démontrer que les « grands » pays et aussi les plus riches prennent leurs responsabilités. Le Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la semaine prochaine ne doit pas hésiter à aller au vote car pour les gouvernements qui feraient le mauvais calcul de se dérober, il faudra ensuite assumer… L'Allemagne s'est jusqu'alors montrée responsable à défaut d'être exemplaire. Paris a suivi mais en fonction d'un « à chacun selon ses possibilités » qui ne convainc guère. Un peu plus de 30 000 réfugiés en deux ans, cela ressemble par trop à la posture de Cameron à la virgule près et c'est par trop insuffisant. La France peut mieux faire. Elle le doit.

Des voix en provenance d'horizons divers en donnent les raisons et avancent des propositions. Celles de nombreuses collectivités locales et territoriales dont les Régions qui mettent la main à la poche. Celle de l'ex-ministre Marie-Arlette Carlotti, Présidente du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (HCLPD), qui propose d'utiliser au bénéfice des réfugiés, les 77 310 logements sociaux vacants depuis plus de 3 mois. Celle du Pape qui demande aux paroisses – un peu plus de 19 000 en France – d'accueillir au moins une famille chacune. Celle du Figaro qui démontre, études et chiffres à l'appui, que non l'immigration n'est décidément pas un problème, que non elle ne pèse pas sur les conditions d'emploi des chômeurs, que non elle ne pèse pas sur les déficits publics et qui va jusqu'à indiquer, comme à regret, qu'elle n'est pas assez nombreuse pour booster la croissance, l'emploi et la résorption des déficits de l’État et des organismes sociaux. De grands groupes dont plusieurs banques se disent prêts à un effort, prenons-les au mot. Le rôle de la gauche dans ces circonstances est de montrer la voie.

Cela passe par des plans d'accueil qui doivent être mis en œuvre sans délai d'autant qu'il faut désengorger le plus vite possible le voisin allemand. La mobilisation des organismes d’État en France est encore insuffisante et surtout trop lente. Que les transports s'organisent pour abréger ces voyages interminables. Que l'Education utilise la réserve citoyenne pour les primo arrivants. Que les hôpitaux se tiennent prêts à offrir un bilan de santé à chaque réfugié. Et ainsi de suite. Ce n'est qu'à la faveur d'un tel effort citoyen partagé que Paris pourra tenir son rang en Europe. Qui peut en effet penser que le rapport raisonnable entre Paris et Berlin se situe autour de 1 à 25 ? Et c'est en agissant de la sorte que l'on endiguera et que l'on fera refluer la marée noire de ceux qui, selon un sondage – 51 % –, approuveraient « la fermeté du FN », l'astuce résidant  dans la question. Le FN, relayé par les Estrosi, Morano et consorts, ment de manière éhonté. Ils n'ont rien à proposer si ce n'est des barbelés – nostalgie oblige – comme Orban. 

Il faut cependant s'étonner d'un certain manque de réactivité des pouvoirs publics. Comment expliquer que les maires LR, même s'ils sont peu nombreux, qui se sont illustrés dans des déclarations fracassantes incitant à des discriminations selon l'origine ou la religion ne soient pas encore poursuivis ? Comment expliquer que la propagande nauséabonde de Ménard à Béziers n'ait pas fait l'objet d'une interdiction et d'une saisie avant distribution de la part du Préfet ? On ne peut pas comparer ce qui ne l'est pas. Que la justice instruise longuement les affaires opaques et  bassement financières du FN directement mis en examen ou celles de l’Ump devenue « Les Républicains » à propos de la campagne de Sarkozy, on doit l'entendre. Mais là, quand de la propagande haineuse est déversée sur les ondes ou par voie de papier, il faut agir plus rapidement. C'est possible et nécessaire comme facteur de ressourcement démocratique de la puissance publique en laquelle précisément le petit peuple des racistes, des salauds, a cru discerner un maillon faible. Ils se trompent et il faut le leur démontrer en pratique, fermement.


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