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| Alexis Tsipras hier soir à Athènes. Photo © Reuters |
Consultés pour la troisième fois en huit mois au travers de deux élections générales et d'un référendum, les Grecs ont maintenu leur confiance à Syriza et à Alexis Tsipras, leur donnant un mandat de stabilité pour quatre ans. C'est assez rare pour être souligné et surtout expliqué. Le recours systématique et serein à la démocratie qui est la marque de cette gauche a payé et permet de soulever des montagnes ouvrant la voie à un avenir de « travail et de luttes », à défaut d'être radieux, comme l'a aussitôt tweeté Tsipras. Beaucoup ne donnaient pas cher de leur peau en raison de la fatigue et des déceptions après six années harassantes de difficultés en tout genre, une division et une scission très médiatisées, un soutien extérieur marqué à leurs adversaires de droite et une crise des réfugiés qui aurait pu propulser les néonazis d'Aube Dorée vers les sommets. Il n'en fut rien.
D'abord les difficultés, l'austérité, les frustrations, voire les humiliations, les Grecs ont compris qu'elles n'étaient nullement imputables – et ils ont raison – au gouvernement Tsipras. Dans un contexte difficile, celui-ci s'est battu pied à pied sur tous les fronts, réussissant à faire bouger les lignes en Europe, sur la question de l'austérité en général et sur celle de la dette en particulier. Ensuite, la division et la scission de plusieurs dizaines de députés soutenus par trois personnalités emblématiques de la gauche grecque, Yanis Varoufakis, ancien ministre de l'économie, Zoé Konstantopoulou, ancienne Présidente du Parlement et enfin la figure tutélaire du vieux Manolis Glezos, héros de la Résistance… Cela n'aura pas suffi à faire tomber Syriza, comme si les Grecs avaient voulu signifier leur attachement indéfectible à l'Europe et leur refus de l'éparpillement à gauche.
À peu de choses près, Syriza retrouve son score de janvier dernier quand la lame de fond de l'espoir d'une vie meilleure avait porté la gauche au pouvoir. Il est vrai que l'abstention a progressé entre les deux échéances d'environ 10 points, preuve que tout n'est pas simple. A contrario, que la jeunesse ait voté plus massivement encore – 40 % – que les autres couches de la population pour Syriza en dit long sur les réserves. C'est sans doute le signe le plus prometteur, comme celui d'un second souffle, pour l'avenir. Enfin, malgré la crise des réfugiés qui revêt dans les îles un caractère de chaos, Aube Dorée est contenue à 7 %. C'est la gauche dans son ensemble qui progresse par delà ses divisions, l'Anel le petit allié de droite entrant dans son sillage au Parlement. Les chouchous de droite de Bruxelles – Nouvelle Démocratie, To Potami – en sont pour leurs frais.
Sans pouvoir souffler, il faut repartir de l'avant. Le nouveau gouvernement sera au travail dans les 48 heures dans l'équation d'origine – Syriza et Anel, avec une majorité absolue, même si étroite, à la Vouli. Il pourra sans doute compter sur la collaboration ponctuelle du Pasok où une nouvelle génération a timidement fait son apparition en rupture avec les caciques englués dans le clientélisme d'antan. Un soutien sans participation en attendant que les choses se clarifient parmi les socialistes. Le message devrait porter loin dans toute l'Europe, un message d'unité, de démocratie et de justice sociale, sans lequel la gauche n'est pas elle-même et dont les électeurs se détournent quand elle l'oublie. Les grands perdants de ce scrutin, partout en Europe, sont les tenants de la sortie de l'euro et de l'Union. Il n'y a tout simplement pas de « souverainisme » national qui soit de « gauche ».
Au chapitre des défis que doivent désormais affronter les Grecs et leur gouvernement, plusieurs dizaines de lois seront soumises au Parlement dès cet automne pour se conformer aux réformes exigées par Bruxelles et le FMI. Un défi parce qu'il faut tout à la fois conjuguer une rigueur contrainte et des objectifs ambitieux de justice sociale. Exemple, le budget où l'augmentation nécessaire de l'impôt sur les revenus doit le rendre le plus progressif possible et sans le plafond de verre érigé dans d'autres États comme en France afin qu'il ne soit pas – prétendument – « confiscatoire ». Les taux d'imposition devraient augmenter de 11 à 15 % en dessous de 12 000 euros de revenus annuels et de 33 à 35 % au-delà. Et puis, il y a tout le reste avec en toile de fond l'épineuse question de la dette.
Le fardeau, jugé insoutenable par le FMI lui-même, sera allégé, c'est une certitude, n'en déplaise au Docteur Schäuble. Seulement, la technique utilisée n'est jamais neutre. Il en va ainsi de la proposition d'un plafonnement à 15 % du budget du service de la dette, les intérêts versés chaque année. Si elle devait être retenue, ce serait certes un ballon d'oxygène variant seulement en fonction de la situation économique générale mais ce serait aussi une impossibilité durable d'accès aux marchés pour y lever les capitaux souhaités. En outre, elle ne serait pas applicable aux autres régions et pays en difficulté, voire à tous. Nous lui préférons la mutualisation au moins partielle – au-delà du ratio de 60 % par rapport au Pib – qui a l'avantage d'être généralisable aux 28 et synonyme d'un soutien massif et immédiat à la croissance.
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