vendredi 25 septembre 2015

Parti pris du 25 septembre 2015

Le ministre de l'Économie E. Macron (DR), le roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud
(photo © AFP), l'ancien patron de VW, Martin Winterkorn (DR).

Une énième et pénible affaire Macron pour commencer. Le virevoltant ministre de l'économie, espérant sans doute par un simple battement d'aile déclencher une tempête médiatique, s'en est pris au détour d'une phrase devant un cénacle patronal aux fonctionnaires après avoir fait la même chose avec les 35 heures. Si pour la gauche rien n'est tabou, la méthode est "insupportable" comme le dit Martine Aubry – serait-elle plus écoutée si elle était dans sa région à la tête de la Gauche rassemblée contre la présidente du FN. Quand on veut aborder un sujet, on s'y colle sérieusement, études et rapports à la clé. On ne le fait pas à la faveur de petites phrases vénéneuses, pleines de sous-entendus, jetées en pâture à l'opinion et qui sont une manière bien ringarde de faire de la politique. Sur les 35 heures, on attend de pied ferme car personne n'a démontré à ce jour l'existence d'une alternative à la réduction du temps de travail pour faire reculer le chômage. Il continue dans ce pays sa crue indécente quand il recule partout ailleurs. L'erreur crève les yeux. Une politique de l'offre déséquilibrée, sans discernement, réduisant d'autant la demande et qui fait que les dizaines de milliards offerts aux entreprises ne produisent aucun effet de relance. Cette politique a été conçue par Macron conseiller de la Présidence aux premiers jours du quinquennat. Elle se poursuit comme si rien n'était avec le même Macron à Bercy. Cela n'exonère en rien les responsabilités respectives du Premier ministre et du Président, le premier préférant la plaisanterie gênée et le second la formule ambiguë – « le silence est d'or » – plutôt qu'un changement de cap ou à défaut une inflexion sérieuse de la politique économique. Quant aux fonctionnaires, Macron caresse dans le sens du poil les fantasmes d'une droite qui feint d'ignorer que près de la moitié des fonctionnaires sont déjà sous contrat de droit privé, qui méconnait le recul nominal des salaires dans la fonction publique et qui ne prétend nullement dessiner des conditions d'emploi plus favorables aux salariés, du public comme du privé. C'est en revanche le rôle de la gauche. S'y ajoute cette pétition en ligne, issue du PS, « Macron démission »… comme si à quelques encablures des élections régionales des 6 et 13 décembre, il n'y avait pas plus urgent que d'enclencher avec un bel ensemble « la machine à perdre ». Nous partageons donc le « ras-le-bol » de la maire de Lille ou encore celui de la maire de Paris en butte à l'autoritarisme arrogant d'un personnage, digne des petits marquis d'antan, que l'on n'a jamais vu les armes à la main sur le terrain électoral et qui se rend d'autant plus « insupportable » qu'il ignore tout des souffrances de ceux de nos concitoyens qui n'en peuvent plus. Tout a été dit et écrit sur cette nouvelle séquence calamiteuse, pourrait-t-on passer à autre chose ?

Un saut à La Mecque ensuite, où plus de 700 pèlerins ont péri et 800 autres ont été blessés lors d'un rassemblement « pour lapider Satan ». Au XXIe siècle ! Quelles libertés avaient ces hommes et ces femmes d'échapper à la mort la plus stupide qui soit lors d'une bousculade dans une foule au comble de l'excitation et non canalisée par une organisation défaillante ? Le « c’est de leur faute » cynique des ministres saoudiens de l'Intérieur et du hajj – pèlerinage – est tout simplement odieux. Ce régime théocratique, son roi, ses princes et ses dignitaires religieux ne sauraient s'en tirer à si bon compte à chaque fois car ce n'est pas le premier drame du genre. En 1990, il y avait eu 1 500 victimes, plus de 300 en 2006… Ce régime parmi les plus réactionnaires a en outre décidé d'exécuter un jeune manifestant par décapitation suivie de crucifixion. Abjection barbare, cette escalade « dans la surenchère aux supplices islamistes » comme l'écrit à juste titre le journal français LIbération. On ne combattra pas efficacement l’État islamique et ses hordes sanguinaires avec de pareils alliés sauf à déconsidérer durablement parmi les populations de la région une perspective démocratique portée par les printemps arabes et partout confisquée par les courants islamistes. Si la rente pétrolière autorise Ryad à s'offrir une débauche de matériels militaires, voire à en doter gracieusement ses voisins et alliés, elle ne dispose pas de beaucoup de combattants. À ce titre et bien qu'elle prétende le contraire, l'Arable saoudite n'est pas à proprement parler une puissance régionale. Elle ne tient que formellement le rôle en raison de la fonction de gardien du temple qu'elle s'est octroyée parmi les Musulmans depuis 1932. De quoi souligner la nécessité mais aussi les difficultés d'une intervention libératrice internationale dans la région et au sol, intervention dont on se rapproche avec la rencontre Poutine Obama en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. L'Europe qui fait face à la crise des migrants-réfugiés, de manière moins intense que le Liban, la Jordanie ou la Turquie, ne peut pas rester les bras croisés, à l'image d'un partenaire de seconde zone. Elle a l'obligation politique et morale de prendre toute sa place dans la coalition internationale qui se dessine. Reste que les contraintes d'une realpolitik bien comprise n'iront jamais, à nos yeux, jusqu'à échanger la conscience humaine, le bien commun immatériel le plus précieux de l'humanité, contre les milliards de la rente pétrolière.


Volkswagen, enfin, convaincue de tricherie pour dissimuler à la puissance publique comme aux consommateurs les émissions toxiques de ses moteurs Diesel et ce à l'échelle du marché, autrement dit de la planète. Plusieurs pays dont la France ont des raisons d'être inquiets des conséquences sanitaires de l'escroquerie dans la mesure où le diesel y tient une place prépondérante. EELV propose la disparition de celui-ci en 2025 tandis que Macron le défend au nom de l'intérêt national. Royal, entre les deux, promet une campagne transparente de contrôles aléatoires sur des dizaines de modèles de différents constructeurs. Peut-on croire que la solution réside dans ces postures convenues ? Non, « l’optimisation » des performances environnementales comme la pratiquent tous les constructeurs automobiles appelle non seulement la mise en place de normes contraignantes mais surtout de garanties quant à la fiabilité des contrôles et de la communication grand public qui les accompagne. En la matière, l'on est en effet très loin du compte pour l'automobile comme pour d'autres produits comme le médicament. Sans compter « l’optimisation » fiscale qui obéit au même ressort de détournement de l'intérêt général au profit de l'intérêt privé. Des formes de vols en bande organisée qui menacent toute la société pour leurs conséquences sanitaires, sociales et environnementales. Et un mélange hautement toxique de conflits d'intérêt, de tolérance publique pour ne pas nuire à l'emploi et de comportements politiques irresponsables au nom de la défense des constructeurs nationaux. Le très droitier secrétaire général du parti de Sarkozy n'est-il pas allé jusqu'à se réjouir de la situation au nom du made-in France. Nous lui préférons une indépendance codifiée du contrôle des normes, une information sérieuse et transparente imposée aux grands groupes par la puissance publique, l'interdiction du lobbying et de la corruption qui lui est inextricablement liée pour un made-in-Europa gage de confiance et donc de meilleure compétitivité. Il reste que cette crise chez le premier constructeur mondial et sans doute plusieurs autres demain ébranle la sphère économique et financière dans son ensemble. Mauvaise nouvelle donc au moment où la croissance mondiale marque le pas et où la Cop 21 soulève quelques inquiétudes quant à l'adoption par la Communauté internationale d'un comportement environnemental enfin responsable.  

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