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| En Syrie (photo © AFP), à Tianjin (Photo © Stringer/Reuters), à Calais (photo © AFP), à Athènes (photo © AFP). |
La rentrée 2015 s'annonce sous haute tension à plus d'un titre en Europe, dans le monde et bien sûr en France. Les raisons de s'inquiéter mais aussi celles d'espérer sont nombreuses. Encore, faut-il que les gouvernements et les opinions concernés sachent faire le bon choix au bon moment. Petit tour d'horizon de quelques sujets chauds.
1. L’État islamique (EI) se renforce toujours. Plus d'un an après la constitution du Califat – juin 2014 –, le groupe criminel qui règne avant tout dans les territoires conquis en Syrie et en Irak, mais aussi dans d'autres pays à la faveur d'une propagande sanglante, continue à martyriser les populations sous son joug et à menacer toutes les autres d'attentats meurtriers. Ses décapitations odieuses, son recours systématique au viol « religieux » et la mise en place d'une chaîne de l'esclavage avec ses marchés improbables le distingue au rang des plus grands crimes contre l'humanité qui aient été commis dans l'histoire. Ceux de Abou Bakr Al- Baghdadi et de ses séides se produisent à l'heure où la mondialisation fait que ce qui se produit ici a immédiatement des conséquences ailleurs. Ainsi en va-t-il de la crise des migrants. Il est insupportable de penser qu'en quatorze mois d'existence le Califat en question et ses tueurs n'ont pas encore été mis hors d'état de nuire par la communauté internationale. En cause, la responsabilité des gouvernements nationaux, américain et européens notamment, toujours prêts à de grandes envolées pour autant qu'ils n'aient pas à acquitter un prix trop élevé pour les décisions politiques à prendre. En cause, les « aventures » d'hommes politiques de droite inconséquents et irresponsables avant tout soucieux de réaliser des « coups » sans la moindre considération pour ce que deviendraient les territoires dans lesquels ils sont intervenus. Busch pour l'Irak, Sarkozy et Cameron pour la Libye sont, parmi d'autres, au nombre de ceux-là. Mais en cause aussi la grande « indifférence » pour ne pas dire « lâcheté » des opinions pas encore prêtes aux sacrifices courageux qu'impose la situation pour venir à bout des barbares. Or, plus le temps passe, plus l'EI s'incruste dans le paysage au Moyen-Orient et en Afrique, tentant de s'installer en Asie. Plus le temps passe, plus s'allonge la liste des crimes indicibles commis au nom de la religion. Plus le temps passe, plus le coût de l'intervention et à plus forte raison celui de la reconstruction de sociétés anéanties sera élevé. S'y ajoute le dilemme classique quand ceux qui sont en première ligne contre l'EI ne sont pas des parangons de vertu en ce qui concerne le respect des droits de l'homme. C'est vrai des régimes égyptien, turc et iranien. Raison de plus pour tenir une orientation sans ambiguïtés qui défende tout à la fois l'anéantissement militaire de l'EI par une intervention militaire internationale et la défense permanente des droits humains qui ne sauraient être conditionnés à l'exception de l'état de guerre où que ce soit. C'est précisément le contraire qui est nécessaire si l'on veut reconstruire des sociétés démocratiques et donc laïques là où la barbarie a sévi.
2. La crise dramatique des migrants perdure. Conséquence de la déstabilisation de nombreux États sous les coups de boutoir islamiques, la crise des migrants revêt un caractère de première urgence pour l'Union européenne et ses États membres. Là encore, la réactivité est pour le moins peu partagée. Si la Commission européenne a proposé un accueil réparti sur l'ensemble des territoires avec un système de quotas nationaux, elle n'a pas convaincu les États jaloux de leurs prérogatives et de leur vision à courte vue. D'où le désordre ambiant avec la mise en place de politiques nationales absolument contradictoires. Berlin sait en quoi une immigration massive mais organisée peut être bénéfique pour ses intérêts et s'apprête à accueillir quelque 800 000 demandeurs d'asile – avant tout syriens – dès cette année. Merkel et la grande coalition ont mis le paquet à dessein, 2 000 fonctionnaires dédiés à la mission sont en cours d'embauche. Le souvenir des harangues de Pegida – le mouvement anti-immigration né à Dresde – n'y résistera pas. À l'opposé, en Hongrie, le régime de Victor Orban construit à grand frais un nouveau mur de la honte sur sa frontière avec la Serbie escomptant échapper aux conséquences de l'emballement des flux migratoires à la faveur d'un enfermement du pays sur lui-même. Le régime y gagnera peut-être un répit, voire un soutien populaire, mais le pays, lui, y perdra à coup sûr au regard des échanges économiques et touristiques indispensables à son développement. Entre les deux « modèles », toute une palette de profils et de décisions prises sous le coup de l'urgence du moment. La France et la Grande-Bretagne paieront ainsi des fonctionnaires de police non pour accueillir et intégrer mais pour refouler. De quoi alimenter les rancœurs racistes dans des opinions où l'extrême-droite a creusé son trou. En France, Philippot va jusqu'à revendiquer l'abolition du statut de réfugié et la suppression des droits qui lui sont attachés. Chez les amis de Sarkozy, les plus fanatisés vont jusqu'à s'en prendre aux enfants en décidant ou en vantant la suppression des menus de substitution au porc dans les cantines scolaires. Le seul moyen de se sortir par le haut de cette situation difficile consiste à agir sur le terrain pour assurer à ceux qui y résident des conditions d'existence vivables – contre l'EI et pour le développement démocratique et laïque partout – et à accueillir dignement ceux qui ont tout risqué pour arriver de ce côté de la Méditerranée. Ce peut être pour l'Europe une chance et non un handicap pour peu que l'on se donne les moyens de réussir pleinement cette intégration de populations jeunes et courageuses – elles l'ont montré.
3. L'ombre de la crise encore présente. Le yoyo des prévisions de croissance y compris à court terme l'atteste. Les mauvaises nouvelles en provenance de Chine – ralentissement de la croissance et baisse des exportations, dévaluation du Yuan, catastrophe environnementale de Tianjin – affolent le petit monde de ceux qui sont censés anticiper l'évolution économique. Il y a de quoi en effet d'autant que la situation d'un autre grand émergent, le Brésil, bat dangereusement de l'aile. La baisse des cours mondiaux du pétrole et des matières premières n'y est pas étrangère bien sûr ne serait-ce que parce qu'elle introduit incertitude et manque de visibilité. Dans le même temps, d'autres acteurs potentiels du marché frappent à la porte s'emballant bien vite sur la base de la découverte de nouveaux gisements pour se prévaloir d'une qualité d'exportateur nette qu'ils n'ont pas encore acquise. Car, si c'est désormais vrai des États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël par exemple n'en sont pas encore là. Et puis, il y a tous les autres dont la majorité des États européens qui doivent faire avec une reprise mondiale, réelle mais encore hésitante et surtout incertaine à moyen terme. Certains, en Europe du nord mais aussi l'Espagne, s'en sortent plutôt honorablement, d'autres pourraient mieux faire tandis que l'exception française saute aux yeux. Paris n'a toujours pas inversé la courbe du chômage, son engagement de réduction des déficits publics en fin d'année paraît désormais difficile à tenir et la croissance au second trimestre a subi un coup d'arrêt. Cela fait beaucoup. Du coup la promesse de nouvelles réductions d'impôts en 2016 ressemble à s'y méprendre à celle de l'inversion de la courbe du chômage. La raison n'en est pas mystérieuse. Dans le « mix hollandais » mis en musique par Macron la demande est comprimée au profit d'une politique de l'offre indifférenciée. Il n'est pas étonnant que la croissance en pâtisse car, pour n'en prendre qu'un exemple piquant, l'ouverture des magasins le dimanche ne servira à rien si elle repose sur la seule demande des touristes. Sans compter, cette propension à miser sur une organisation de la production, industrielle, de services, agricole, au travers de petites unités qui constitue au regard de la situation des autres pays un lourd handicap pour la compétitivité sur le marché européen et à plus forte raison sur les marchés mondiaux. La crise porcine après combien d'autres le confirme encore. Le changement de cap est donc nécessaire et urgent. Le PS lui-même en adoptant le rapport Germain l'indique. Sans le moindre effet pour l'heure du côté du gouvernement et de la présidence où l'on s'entête. Jusqu'à quand et avant qu'il ne soit trop tard ?
4. Reconstruire des majorités de gauche. C'est la question qui taraudent celles et ceux qui ne se satisfont pas de la domination des droites en Europe et qui ne souhaitent pas leur retour aux affaires ni en France ni en Grèce. Les coalitions sont dans l'air du temps sous réserve qu'elles permettent à tous les acteurs de la gauche politique, sociale, citoyenne de tirer dans le même sens par-delà ce qui les opposent. Tsipras, « fier de sa bataille et de son gouvernement », en donne la mesure à Athènes avec le recours à des élections générales pour trancher les divergences au sein de Syriza et dans le pays. Il faut souhaiter qu'il l'emporte largement après que la menace d'un « Grexit » a été conjurée. C'est la seule voie praticable pour améliorer sensiblement la situation des populations. La division sans réelle politique de rechange – l’interview de Varoufakis à l'Obs le démontre – serait nocive pour la Grèce comme pour les autres Européens au moment où il va falloir remettre l'ouvrage de la dette, des dettes nationales, sur le métier communautaire. Il n'en va pas différemment en France avec des coordonnées politiques bien entendu différentes. La droite est divisée, en panne de leader incontesté et surtout de projets crédibles pour l'Union, le pays, les régions. L'extrême-droite n'en finit pas avec la saga des Le Pen sur fond de crise provoquée par le ressourcement démocratique du 11 janvier qui la disqualifie. Il y a donc une possibilité réelle que la gauche fasse mieux que de sauver les meubles. À condition qu'elle sache enfin se rassembler – une responsabilité partagée – sur les valeurs communes au premier rang desquelles la solidarité et la justice sociales ainsi que la démocratie sur les lieux de vie et de travail dans la cité. À condition qu'elle sache faire vivre un vrai projet commun de société et de transformation sociale où le changement lointain ne serait plus invoqué simplement pour donner le change aux lourdes contingences du présent mais pour indiquer la voie d'un futur immédiat prometteur. Voilà les questions auxquelles doivent s'efforcer de répondre toutes les composantes de la gauche sans exception. Au PS d'abord, où son premier secrétaire semble en prendre conscience dans les bonnes feuilles de son livre à paraître. Chez les Verts ensuite, où la bataille des ambitions doit laisser la place, il faut l'espérer, à une plus juste perception du champ politique et des attentes unitaires du « peuple de gauche », fut-il écologiste. À la gauche de la gauche, enfin, où la leçon grecque doit porter ses fruits pour emporter la conviction d'une nécessaire réorientation vers l'unité de combat et un programme réaliste qui conjugue efficacement ambition transformatrice et boussole contre la droite et l'extrême-droite pour les élections régionales et au-delà.
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