vendredi 28 août 2015

Des raisons d'agir, des raisons d'espérer…

Le premier ministre ukrainien et sa ministre des Finances (photo © Reuters).

Entre postures et impostures, entre approximations et emballements, la rentrée 2015, en France tout du moins, pourrait laisser croire que la catastrophe n'est plus seulement « possible » – elle l'est assurément – mais qu'elle est désormais là, palpable, collante parce que inévitable. Trait d'esprit spécifiquement français qui répond à sa manière dans l'opinion à l'optimisme forcé du pouvoir politique pour accréditer l'idée que tout va bien, que « la croissance, elle est là »…  Qui ne se souvient de Raymond Barre et de son « embellie » alors que les Français broyaient du noir faute d'entrevoir le bout du tunnel. Un grand classique qui embrouille les cartes plus qu'il n'aide à y voir clair sur les enjeux réels d'une situation compliquée, mais dont les lignes de force sont pourtant suffisamment claires pour fonder une action politique responsable pour peu que l'on fasse preuve d'un peu de discernement.
Les vents mauvais venus d'Asie qui ont secoué les bourses témoignent ainsi des difficultés de la Chine à construire un marché intérieur sans pour autant menacer l'ensemble de la planète, non pas de quelques alertes sérieuses, mais d'une crise qui serait la réplique amplifiée de celle de 2008 - 2013.  L'accident est par définition toujours possible, bien évidemment, mais il reste improbable. Les émergents sont désormais partout à la peine. Les marchés des matières premières et les ressources qu'ils en tiraient sont durablement revus à la baisse. Les exportations fondées sur une main-d’œuvre abondante et à faibles coûts  laissent la place à une demande sociale – salaires, temps et conditions  de travail – et parfois démocratique plus exigeante. Les marges d'une politique monétaire agressive faite de dévaluations en rafale sont par ailleurs restreintes. C'est la preuve que le marché intérieur se construit malgré tout ébranlant en retour un pouvoir dictatorial et corrompu. Qui peut raisonnablement s'en plaindre ?
Pendant ce temps, les « centres » de l'économie mondiale que constituent toujours l'Amérique du nord et l'Europe retrouvent quelques couleurs. L'économie américaine vogue sur un rythme annualisé de 3,7 % au dernier trimestre, résultante, on ne le dira jamais assez, d'une politique active de la Réserve fédérale en faveur de la demande. Le retour à une situation meilleure dans l'Union européenne est plus heurté et différencié en raison précisément des politiques budgétaires de compression de la demande qui lui ont été infligée mais le risque de la dépression et de la déflation commencent à s'éloigner, réellement. L'économie française, à la traine, est l'exception et non la règle. Hollande mise de fait sur un redressement par effet d'entrainement, de contagion, venu de chez les voisins bien plus que sur les effets de la politique de l'offre de Valls et Macron qui obéit davantage à des considérations politiques qu'économiques et sociales.
Et puis, même si les médias sont en règle générale passés à côté, l'Ukraine voit sa situation s'améliorer quelque peu à l'issue des négociations sur la restructuration de sa dette. Le pays est exsangue, frappé par la guerre civile fomentée par Poutine. Son Pib a reculé de près de 15 % – 14,7 % exactement – en rythme annualisé, l'espace d'un trimestre. La monnaie a perdu environ 70 % de sa valeur. Et la dette – 21 milliards de dollars – représentait un danger d'autant plus grand que le pays doit rembourser en décembre 3 milliards à la Russie, évidemment intraitable dans le contexte de la guerre. Cette dette sera donc allégée de 20 % – Kiev demandait sans trop y croire 40 % – et la maturité en sera allongée. Résultat, la pays est éligible au plan de 40 milliards conçu par les Européens et le FMI pour lui venir en aide. De quoi dégager, un peu, l'horizon, Poutine ayant perdu cette bataille « économique » qui comptait au nombre de ses priorités à l'heure où la Russie fait face à une situation monétaire et budgétaire très dégradée.  
Ce climat contrasté mais globalement en amélioration en Europe a une conséquence positive. La crise des migrants qui en d'autres temps aurait enflammé les opinions publiques peut sans doute trouver une solution communautaire moins contestée, plus équilibrée, chaque région, chaque État national prenant sa part de l'accueil des réfugiés sans que ce soit aussitôt vécu comme une « spoliation » par les populations locales. L'exemple de l'Allemagne le prouve. Loin des manifestations de masse de l'an dernier restées d'ailleurs localisées, ce n'est plus que le quarteron des fascistes estampillés qui « braillent » selon le mot de Merkel. Quelques centaines au lieu des dizaines de milliers de manifestants à Dresde certains lundis. Cela fait toute la différence. Les extrêmes-droites européennes ont perdu sur le « Grexit » et perdront tout autant sur l'immigration. Cela se fera de manière certes différenciée dans les États membres mais avec d'autant moins de récriminations et de radicalisation extrémistes que l'Union aidera ceux qui en ont le plus besoin, la Grèce et l'Italie comme les Balkans où il faut accélérer ou ouvrir, selon le cas, la voie à une intégration rapide des Etats concernés.
L'on aurait tort cependant de sous-estimer les conditions d'une intégration réussie de plusieurs millions de personnes – la jauge probable au final – qui passent par des politiques de l'emploi, de la santé, de l'éducation, du logement… mieux assurées. C'est nécessaire et tout à fait possible si l'on ne tarde pas à prendre la mesure du défi. S'y ajoute la maîtrise indispensable des pressions religieuses contre la laïcité de fait et parfois de droit qui a heureusement cours en Europe. Cela concerne l'islamisme bien sûr – cf. le message délivré par la Reine de Jordanie à l'université d'été du Medef – mais pas seulement. On relève ainsi la mise en place, à l'initiative des évêques américains, d'un indice des valeurs catholiques géré par Standard & Poor's en direction des investisseurs. Après la finance islamique, la finance catholique entend peser sur les politiques publiques. En pratique, les investisseurs sont invités à se détourner des entreprises qui consacrent plus de 1% de leurs activités à des productions contraires aux dogmes et autres superstitions – avortement et contraception, recherche sur les cellules souches etc…  Une menace directe contre les libertés publiques dont celles des femmes au moment ou l’Église de France s'essaie au « dialogue » avec le Front national à Toulon.
Que signifie au regard de ces enjeux essentiels de la situation la nouvelle « danse du ventre » de Macron devant « les patrons de terrain », comme dit Gattaz ? Une piètre performance en vérité, marquée du sceau d'une certaine servilité. Il ne leur a même pas demandé où étaient passés les dizaines de milliards distribués sans discernement ni contreparties afin que l'investissement reparte. La prétendue justification de cette politique grossière de l'offre n'est même plus revendiquée par celui qui en fut l'initiateur, Valls, lui-même le recadrant sèchement à propos des 35 heures. Reste, la vieille revendication du secteur le plus arriéré du patronat, le contrat contre la loi, censé « libérer » l'exploitation sans fard de ses limites dans un État de droit. Le gouvernement n'y souscrira pas mais Gattaz aura rassuré une partie de sa base convoitée par la CGPME et il n'y aura pas davantage de super ministre de l'économie et du travail réunis. Rien de plus, rien de moins.
Pas davantage de promesse de clarification et surtout de perspectives nouvelles dans les défections de quelques élus d'EELV. Ils ne veulent pas acter la victoire de Cécile Duflot dans la base du parti, largement acquise à « l’autonomie » de candidatures vertes ouvertes au premier tour des élections, régionales et présidentielle. Il faut en débattre car le rassemblement de l'autre gauche – tout sauf le PS en pratique – n'offre aucune solution pour battre la droite et l'extrême droite, ni même d'ailleurs les contours d'un programme plus crédible que celui du PS pour le changement. Or, cela reste l'enjeu premier quelles que soient les réserves et les critiques que l'on puisse émettre sur le bilan de Hollande. Mieux vaudrait s'orienter vers un pacte d'Union de toute la gauche avec la certitude que « l’irresponsabilité » au sens juridique et politique du Président que consacre la Constitution de la Ve République – le PS lui-même en fait les frais – sera enfin réformée pour répondre aux exigences démocratiques et aux normes européennes. La VIe République est à l'ordre du jour. 





  

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