mercredi 12 août 2015

Un été dans les vagues

Paris Plages, photo DR.

L'été 2015 est marqué par la canicule et une moite torpeur estivale qui paraît avoir anesthésié les gazettes et autres chaînes d'information en continu. Comme s'il ne se passait rien ou si peu de choses, voire comme si ce qui se passait ne méritait rien d'autre qu'une allusion en forme de clin d’œil pour initiés. Alors, sans prétendre à l'exhaustivité, brossons, nous aussi, le tableau par touches des informations qui ne prendront tout leur sens que lorsque la cloche de la fin de la récréation aura sonné, bientôt.

Nouvelles de Grèce d'abord, en forme de confirmation et d'interrogation. L'accord avec les créanciers pour un troisième plan d'aide de 86 milliards d'euros sera voté au Parlement et rendra le pays plus fort, comme le dit Athènes, pour affronter les défis qu'il rencontre, reconstruire une économie dévastée avec l'objectif d'une plus grande justice sociale. Tsipras démontre à cette occasion que même dans une situation difficile, il y a, toujours et par définition, des marges de manœuvre politiques. Hors de portée, il est vrai, pour une simple délégation de plénipotentiaires comme il en exista avant l'arrivée de Syriza. Mais interrogation quant à la pertinence de cet accord militaire sans beaucoup d'équivalence ni de transparence qui lie désormais la Grèce et Israël donnant lieu à de grandes manœuvres conjointes. L'Anel, l'allié encombrant de droite y trouve sans doute son compte. La portée de celui-ci dépasse néanmoins de loin le périmètre du ministre de la Défense d'autant que celui des Affaires étrangères a lui aussi fait le voyage à Tel-Aviv. Politique régionale face à Ankara avec la question de la réunification de Chypre en point de mire probablement, mais il n'est pas sûr que ce soit le bon signal au bon moment à envoyer ni dans la région, ni dans le reste de l'Europe.

Autre signal, celui actionné par Pékin, tout à la fois en direction des marchés, des partenaires occidentaux et du FMI. En quelques jours, le yuan a perdu près de 5 % de sa valeur sur les marchés des changes, non pas par une dévaluation subie mais par une décision en bon et due forme du pouvoir. C'est le signe que la direction chinoise ne restera pas inactive par rapport à la contraction confirmée et inquiétante de ses performances économiques. La construction de son marché intérieur en est l'enjeu principal et de long terme mais pour l'heure celle-ci patine. Dans ces conditions, Pékin n'entend pas perdre trop de parts de marché à l'exportation et lâcher en quelque sorte la proie pour l'ombre. Les Occidentaux, avant tout les Américains, sont prévenus. Et puis, au FMI, Pékin fait miroiter la perspective d'une convertibilité effective qui permettrait au renminbi (RMB, la monnaie réelle, le yuan étant l'unité de compte) de rejoindre le panier devises des monnaies d'échanges internationaux (dollar US, euro, livre sterling, yen). Ce n'est probablement pas une bonne nouvelle ni pour les Chinois en mal de consommation ni pour la croissance mondiale.

Pendant ce temps, en Méditerranée, des femmes, des hommes, des enfants meurent en masse dans un silence étourdissant. Plus de deux mille disparus en un semestre, c'est absolument intolérable et sans aucun précédent. Des solutions existent pourtant, y compris du côté de la Commission de Bruxelles. La répartition de l'accueil des migrants survivants avec un quota par pays est à la portée de l'Union européenne. Certains États dont l'Allemagne assument tant bien que mal leurs responsabilités, d'autres y rechignent dont la France parce que le gouvernement n'ose pas affronter une opinion chauffée à blanc par l'extrême-droite et les amis de Sarkozy qui en contestent le principe. Mieux vaut pourtant une réponse de circonstance à une situation d'urgence que pas de réponse du tout. Cela vaut à Paris comme à Calais. Au-delà, bien sûr, il faut réguler ces flux migratoires devenus fous parce que la situation dans de nombreux pays soumis aux coups de boutoir islamistes est devenue insupportable pour ceux qui y vivent. L'urgence et la solution, y compris militaire, sur place vont de pair. L'on ne saurait  négliger la première au prétexte que les conditions ne sont pas encore réunies pour la mise en œuvre de la seconde.

Dernier avatar signifiant de ce contexte international chargé, Amnesty international, en proie à une dérive idéologique fatale, a pris position pour la « dépénalisation » de la prostitution – et des proxénètes – et du coup fait des « travailleurs du sexe », selon le vocable retenu, des travailleurs comme les autres, marchandisation des corps humains à la clé. Cet engrenage est mortifère à plus d'un titre. Pour les droits des êtres humains en général, des femmes et des enfants en particulier, si chèrement conquis dans la période précédente. Pour le feu vert donné à l'une des formes les plus odieuses de l'exploitation humaine par les mafias en tous genres. Pour le poison délétère introduit comme si rien n'était dans les sociétés démocratiques, notamment en direction de la jeunesse. Il faut souhaiter que les gouvernements européens résistent fermement à ce qui serait un déni d'humanité et lui préfèrent, avec l'Union dans son ensemble, la perspective d'éradication de la prostitution sous toutes ses formes.

Et à Paris, pendant ce temps, une polémique estivale de pure forme agite « le bocal ». En cause, l'initiative de la mairie de Paris d'organiser une opération « Tel-Aviv sur Seine » dans le cadre de l'opération récurrente Paris Plages. La communication aurait certes pu être mieux maîtrisée pour éviter de heurter inutilement mais sur le fond le fait de garder ou tisser des liens avec une municipalité d'opposition en Israël, forte d'une jeunesse plus ouverte que dans le reste du pays sur le monde, n'est guère contestable. À moins d'opter pour un boycott dont on sait d'expérience qu'il renforce plutôt qu'il n'affaiblit les pouvoirs en place, les plus honnis et antidémocratiques soient-ils. La droite parisienne, faute de projets pour le Grand Paris va même jusqu'à exiger le retour séance tenante d'Hidalgo à son poste. Une partie de la gauche a préféré rejouer symboliquement l'an prochain à Gaza. Ce n'est pas ainsi que l'on affaiblira dans la perspective de son renversement le gouvernement de droite et d'extrême-droite de Netanyahou.

Tout le reste ou presque attendra désormais la rentrée toute proche. Il en va ainsi de l'annonce de la création d'un poste de président délégué dans les nouvelles régions… Dérisoire et contre-productif ! Du refus de Matignon, effrayé par le souvenir de la mobilisation populiste des bonnets rouges bretons, de revenir sur une écotaxe indispensable, y compris dans le cadre régional, alors que la quasi totalité des régions et États européens en disposent. On en reparlera, c'est certain. Enfin, le départ contraint du ministre du travail, François Rebsamen, de retour aux sources à Dijon pour un second souffle, tandis que le dossier majeur du chômage reste plus que jamais prioritaire, le ministère publiant une statistique qui semble miser sur l'emploi dans les entreprises de moins de 10 salariés. Discutable aujourd'hui comme hier. Et évidemment, la campagne en vue des élections régionales du 6 décembre qui n'attend plus que le top départ d'une rentrée active, demain...


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