lundi 3 août 2015

Territoires : « Dessine-moi une région… européenne »

Photo © Ph. Huguen/AFP
Elles sont treize. Treize nouvelles régions et treize capitales couchées sur les premières lignes encore provisoires du grand livre de la réforme territoriale qui se dessine à l'horizon 2020. C'est beaucoup mais c'est mieux que les 21 régions métropolitaines d'hier. Problème, elles voient le jour dans un environnement territorial inchangé ou presque. En premier lieu avec les Départements qui survivent alors qu'il fut envisagé par le gouvernement à juste titre de les faire disparaître d'ici 2021. On regrettera le gâchis financier que constitue leur maintien, plusieurs dizaines de milliards a minima selon les calculs de l'OCDE. On regrettera surtout la sourde résistance que promettent ces féodalités d'antan aux nouvelles venues. À l'exception notable du Rhône où la métropole lyonnaise a su vider de son contenu l'encombrant placard. La droite y a eu recours, une partie de la gauche au moins n'hésiterait pas à le faire si elle devait continuer à perdre les élections. Pour être « de bonne guerre », ce n'en est pas moins nocif et contraire à l'intérêt général.

Les réorganisations concomitantes des services de l’État offrent un spectacle assez désolant, fait de petits arrangements souvent cocasses là où il a fallu chercher un équilibre par définition précaire. Une direction ici, une direction là, un faux-semblant de parité et au bout du compte une addition qui peut se révéler « salée » – 10 milliards pronostique même un connaisseur, Raffarin. Il y a malheureusement pire avec le statu quo dans l’Éducation nationale, premier budget de l’État après le service de la dette. On crée une distinction à défaut d'une fonction réelle pour un rectorat « coordinateur » qui ne changera pratiquement rien aux prérogatives des entités pourtant appelées à coopérer pour fusionner un jour. Occasion manquée qui se cumule avec le maintien de la compétence des collèges dans le giron départemental pour figer durablement la donne administrative, coûteuse et de moins en moins efficace à l'heure où l'on dit vouloir faire de l’Éducation la priorité. 

Affaire d'échelle et d'ouverture avec la taille et les contours de ces régions et de leur métropole capitale. Un seul exemple le démontre. Midi-Pyrénées–Languedoc-Roussillon, vécue parfois par les populations et leurs représentants élus comme trop vaste, ne se hissera en matière d'activité économique qu'à la 19e place des 274 régions européennes. Que dire de toutes les autres – hors Île-de-France – et des moins peuplées d'entre elles en particulier, comme le Centre-Val-de-Loire ou la Bourgogne-Franche-Comté ? Des régions qui n'ont pas encore à leur tête de Métropole au sens des critères retenus par la loi. Comment pourraient-elles lutter efficacement contre les féodalités départementales ? Comment pourraient-elles rayonner à l'échelle de l'Union alors que la plupart de leurs budgets sont contraints ? En changeant radicalement la manière de penser leur devenir dans leur propre environnement régional et en Europe à la faveur d'une « métropolisation » rapide de leur vaisseau amiral. Toute autre vision qui viserait une prétendue meilleure répartition par l'affaiblissement de la capitale serait illusion et risquerait à terme d'être fatale à tous.

L'exemple de la Bourgogne–Franche-Comté en donne une idée. Voilà un territoire relativement vaste – 47 784 km2 – mais peuplé par seulement 2,8 millions d'habitants vieillissants. Il est urgent de ne plus raisonner avec une vision du passé. Mieux vaut pour les Bourguignons et les Franc-Comtois miser sur l'effet de levier de leurs atouts. Le tourisme de qualité à forte valeur ajoutée en raison des secteurs urbains sauvegardés et des climats bourguignons classés au patrimoine mondial par l'UNESCO appelle une action vigoureuse pour créer une offre en rapport, ce qui suppose s'activer sur l'ensemble du secteur des transports – aérien, ferroviaire et routier. Le commerce avec la future cité dijonnaise de la gastronomie peut tirer parti de ce double-patronage à la condition qu'il sache s'ouvrir à d'autres enseignes. Il en va de même de la Culture si elle n'est pas supplantée par des animations certes à moindre coût mais d'un faible attrait. Cela ne nécessite pas forcément de gigantesques budgets et peut être mis en œuvre assez rapidement.

Il n'en va pas de même de la création d'un nouveau tissu industriel, rendue nécessaire par l'épuisement de l'ancien et par une demande multidimensionnelle dans la construction en général, dans le logement en particulier. La région a les moyens d’œuvrer à la création d'une filière complète – de la conception à la fabrication des matériaux – selon des critères de haute qualité environnementale. Le créneau n'est encore que peu occupé à l'échelle de l'Union et sa situation géographique lui autorise des ambitions exportatrices. Mais, pour cela, il faut une visibilité à l'échelle d'une décennie pour adapter les ressources humaines à l'ambition et créer toutes les interfaces nécessaires. L'autre domaine où la région doit combler un retard préjudiciable est celui des technologies de la communication où elle ne bénéficie pas à ce jour des labels porteurs. Ce qui suppose certes travailler par pépinière de start-up interposée, mais en s'assurant que la commande publique concourt aussi à leur mise en valeur.

Moins mais mieux, beaucoup mieux en quelque sorte, voilà ce qui attend les nouvelles régions si elles veulent tirer leur épingle du jeu dans la concurrence européenne au profit de leurs habitants. Car une région, comme n'importe quel territoire, ce sont d'abord les femmes et les hommes qui y vivent tout au long de l'année. C'est pourquoi, même en misant sur un plus de croissance généré par les métropoles principales, il faut réparer l'ensemble du tissu social avec un objectif de cohérence sociale et territoriale, en s'assurant d'un droit effectif pour tous d'accès à l'éducation, à la Culture, à la santé au-delà même du droit à un emploi correctement rémunéré. Il s'agit de la garantie que les paysages et les productions agricoles qui en sont issues seront préservés. Et cela nécessite sans aucun doute la recherche de nouvelles formes de démocratie, au plan institutionnel par le biais des règlements intérieurs des Conseils – de type parlementaire –, mais aussi au niveau de l'ensemble des populations – communication adaptée, consultations démocratiques. Au terme de la première étape, dans six ans, les habitants devront pouvoir être heureux de dire « j’habite ici, depuis hier, avant-hier ou depuis plus longtemps encore et j'y suis bien »… C'est tout l'enjeu du scrutin de décembre.      

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