![]() |
| Photo © Ph. Huguen/AFP |
Elles sont treize. Treize nouvelles régions et
treize capitales couchées sur les premières lignes encore provisoires du grand
livre de la réforme territoriale qui se dessine à l'horizon 2020. C'est
beaucoup mais c'est mieux que les 21 régions métropolitaines d'hier. Problème,
elles voient le jour dans un environnement territorial inchangé ou presque. En
premier lieu avec les Départements qui survivent alors qu'il fut envisagé par
le gouvernement à juste titre de les faire disparaître d'ici 2021. On regrettera
le gâchis financier que constitue leur maintien, plusieurs dizaines de
milliards a minima selon les calculs de l'OCDE. On regrettera surtout la sourde
résistance que promettent ces féodalités d'antan aux nouvelles venues. À
l'exception notable du Rhône où la métropole lyonnaise a su vider de son
contenu l'encombrant placard. La droite y a eu recours, une partie de la gauche
au moins n'hésiterait pas à le faire si elle devait continuer à perdre les élections.
Pour être « de bonne guerre », ce n'en est pas moins nocif et
contraire à l'intérêt général.
Les réorganisations concomitantes des services
de l’État offrent un spectacle assez désolant, fait de petits arrangements
souvent cocasses là où il a fallu chercher un équilibre par définition précaire.
Une direction ici, une direction là, un faux-semblant de parité et au bout du
compte une addition qui peut se révéler « salée » – 10 milliards
pronostique même un connaisseur, Raffarin. Il y a malheureusement pire avec le
statu quo dans l’Éducation nationale, premier budget de l’État après le service
de la dette. On crée une distinction à défaut d'une fonction réelle pour un
rectorat « coordinateur » qui ne changera pratiquement rien aux prérogatives
des entités pourtant appelées à coopérer pour fusionner un jour. Occasion manquée
qui se cumule avec le maintien de la compétence des collèges dans le giron départemental
pour figer durablement la donne administrative, coûteuse et de moins en moins
efficace à l'heure où l'on dit vouloir faire de l’Éducation la priorité.
Affaire d'échelle et d'ouverture avec la taille
et les contours de ces régions et de leur métropole capitale. Un seul exemple
le démontre. Midi-Pyrénées–Languedoc-Roussillon, vécue parfois par les
populations et leurs représentants élus comme trop vaste, ne se hissera en matière
d'activité économique qu'à la 19e place des 274 régions européennes.
Que dire de toutes les autres – hors Île-de-France – et des moins peuplées
d'entre elles en particulier, comme le Centre-Val-de-Loire ou la Bourgogne-Franche-Comté
? Des régions qui n'ont pas encore à leur tête de Métropole au sens des critères
retenus par la loi. Comment pourraient-elles lutter efficacement contre les féodalités
départementales ? Comment pourraient-elles rayonner à l'échelle de l'Union
alors que la plupart de leurs budgets sont contraints ? En changeant
radicalement la manière de penser leur devenir dans leur propre environnement régional
et en Europe à la faveur d'une « métropolisation » rapide de leur
vaisseau amiral. Toute autre vision qui viserait une prétendue meilleure répartition
par l'affaiblissement de la capitale serait illusion et risquerait à terme d'être
fatale à tous.
L'exemple de la Bourgogne–Franche-Comté en
donne une idée. Voilà un territoire relativement vaste – 47 784 km2
– mais peuplé par seulement 2,8 millions d'habitants vieillissants. Il
est urgent de ne plus raisonner avec une vision du passé. Mieux vaut pour les
Bourguignons et les Franc-Comtois miser sur l'effet de levier de leurs atouts.
Le tourisme de qualité à forte valeur ajoutée en raison des secteurs urbains
sauvegardés et des climats bourguignons classés au patrimoine mondial par
l'UNESCO appelle une action vigoureuse pour créer une offre en rapport, ce qui
suppose s'activer sur l'ensemble du secteur des transports – aérien,
ferroviaire et routier. Le commerce avec la future cité dijonnaise de la
gastronomie peut tirer parti de ce double-patronage à la condition qu'il sache
s'ouvrir à d'autres enseignes. Il en va de même de la Culture si elle n'est pas
supplantée par des animations certes à moindre coût mais d'un faible attrait.
Cela ne nécessite pas forcément de gigantesques budgets et peut être mis en œuvre
assez rapidement.
Il n'en va pas de même de la création d'un
nouveau tissu industriel, rendue nécessaire par l'épuisement de l'ancien et par
une demande multidimensionnelle dans la construction en général, dans le
logement en particulier. La région a les moyens d’œuvrer à la création d'une
filière complète – de la conception à la fabrication des matériaux – selon des
critères de haute qualité environnementale. Le créneau n'est encore que peu
occupé à l'échelle de l'Union et sa situation géographique lui autorise des
ambitions exportatrices. Mais, pour cela, il faut une visibilité à l'échelle d'une
décennie pour adapter les ressources humaines à l'ambition et créer toutes les
interfaces nécessaires. L'autre domaine où la région doit combler un retard préjudiciable
est celui des technologies de la communication où elle ne bénéficie pas à ce
jour des labels porteurs. Ce qui suppose certes travailler par pépinière de start-up
interposée, mais en s'assurant que la commande publique concourt aussi à leur
mise en valeur.
Moins mais mieux, beaucoup mieux en quelque sorte, voilà ce qui
attend les nouvelles régions si elles veulent tirer leur épingle du jeu dans la
concurrence européenne au profit de leurs habitants. Car une région, comme
n'importe quel territoire, ce sont d'abord les femmes et les hommes qui y
vivent tout au long de l'année. C'est pourquoi, même en misant sur un plus de
croissance généré par les métropoles principales, il faut réparer l'ensemble du
tissu social avec un objectif de cohérence sociale et territoriale, en
s'assurant d'un droit effectif pour tous d'accès à l'éducation, à la Culture, à
la santé au-delà même du droit à un emploi correctement rémunéré. Il s'agit de
la garantie que les paysages et les productions agricoles qui en sont issues
seront préservés. Et cela nécessite sans aucun doute la recherche de nouvelles
formes de démocratie, au plan institutionnel par le biais des règlements intérieurs
des Conseils – de type parlementaire –, mais aussi au niveau de l'ensemble des
populations – communication adaptée, consultations démocratiques. Au terme de
la première étape, dans six ans, les habitants devront pouvoir être heureux de
dire « j’habite ici, depuis hier, avant-hier ou depuis plus longtemps
encore et j'y suis bien »… C'est tout l'enjeu du scrutin de décembre.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire