lundi 27 juillet 2015

Une droite française en perdition

Baroin, Sarkozy, Mariani, Wauquiez (photos DR).
 
Il y avait eu ces revirements marqués au sceau du populisme à propos de l'Europe et de la Grèce par lesquels Sarkozy s'est lourdement déconsidéré. Un jour pour le « Grexit », le lendemain pour un accord permettant de le conjurer. Mais l'on n’avait encore rien vu. Quand éclate la crise de plusieurs filières agricoles, la droite est partagée entre souffler sur les braises et chercher malgré tout une solution, un débouché à l'exaspération de la petite bourgeoisie agricole qui est partie intégrante de sa base électorale. Chacun sait que ce qui est en cause, ce sont tout à la fois la qualité des productions, la taille des exploitations et le modèle agricole dont elles sont issues. Mais de cela, il ne sera que peu ou pas question. Il ne sera pas davantage question du caractère insupportable de ces barrages qui s'en prennent à la population, jamais bien sûr aux banques agricoles et à la première d'entre elles en particulier. Le gouvernement, après quelques « danses du ventre » assez indécentes, fera comme l'on fait toujours, remettant au pot pour ne rien changer, jusqu'à la prochaine fois. 

Peu importe les inégalités sociales liées au patrimoine que l'on développe ainsi et le gel de la situation que cela induit. Peu importe le refus répété des acteurs de ces filières de jouer « collectif » face à la grande distribution, ce que leur permet pourtant la PAC. Quelque 600 millions de plus dans ce qui constitue un gouffre depuis toujours et l'on passe à autre chose. On n'améliorera pas ainsi les capacités directes d'exportation étant entendu qu'elles n'ont évidemment rien à voir avec les performances des industries agroalimentaires. On ne sortira pas davantage d'un productivisme qui ne fait plus recette en s'orientant davantage vers le bio. On continuera simplement à soutenir à bout de bras et à coup de centaines de millions un modèle à bout de souffle. Alors, à droite, on innove et c'est François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF) qui s'y colle.


Sécuriser, plaide-t-il sans fard, la préférence nationale voire locale dans les marchés publics. Cette prétendue « solution » serait pire que la crise elle-même car elle consisterait en un retour en arrière qui fait de la discrimination identitaire, territoriale et des petits arrangements entre copains et coquins qu'elle suppose la « solution » à la crise agricole. C'est un « copier-coller » foncièrement régressif du programme du FN. Ce serait tourner le dos au « progrès » que constitue malgré tout l'élargissement des marchés même s'ils doivent être strictement encadrés et à tout ce qu'a permis l'Europe en matière de maintien de filières agricoles qui, sans elle, se seraient effondrées. Mais qu'importe sans doute le fond pour Baroin et ses pairs, ce qui compte à leurs yeux c'est de travailler au corps une opinion malade, enfiévrée par l'extrême-droite.  Le plus navrant, c'est que les maires de gauche qui sont membres de l'AMF ne se démarquent pas haut et fort d'un président illégitime quand il s'exprime de la sorte. 


Et puis, il y a Mariani et ses acolytes, une dizaine de parlementaires, venus faire allégeance à Poutine, en Crimée sur les lieux mêmes des crimes du dictateur russe.  Ceux-là préconisent bien sûr la levée des sanctions européennes et américaines contre l'annexion brutale et antidémocratique de la péninsule. Ils y voient un élément de réponse à la crise agricole… car tout se tient en effet. Pire, ils soutiennent les exigences de Moscou visant à dépecer davantage l'Ukraine. Ils sont tout simplement sur la même longueur d'onde que Marine Le Pen et le FN.  Certains médias évoquent des intérêts financiers pour expliquer la démarche. Peut-être mais l'essentiel est ailleurs, dans cette dérive qui « choque » Fabius mais qui ne soulève guère d'indignation dans les rangs des députés et sénateurs. Or, si Mariani n'est pas exclu du parti dit « Les Républicains », alors celui-ci avalisera ce cours diplomatique qui rompt  dangereusement avec Paris et le Quai d'Orsay comme avec Bruxelles. 


Mouche du coche, enfin, il y a cette annonce d'une candidature commune aux droites extrémisées en Rhône-Alpes-Auvergne où le Modem qui jurait hier encore ses grands dieux que Wauquiez était bien trop à droite à son goût et qui se rallie à lui piteusement désormais. Cela fait beaucoup, l'espace d'un été d'autant que ce n'est sans doute pas fini. Les droites l'emportent sans doute dans les sondages mais elles n'ont rien à proposer de sérieux, de crédible. Elles chevauchent l'opinion en courant derrière le FN. Ce n'est pas rassurant certes mais c'est aussi l'indication du vide sidéral d'un projet qui n'existe pas vraiment, ni pour les élections régionales, ni pour l'élection présidentielle de 2017. Encore faut-il le démontrer, prendre l'opinion à témoin, en menant un combat de tous les instants contre ces dérives d'une droite en perdition. Non pour la sauver de ses démons mais pour faire vivre l'alternative d'une gauche rassemblée par-delà ce qui la divise pour battre une droite extrémisée et une extrême-droite plus dangereuses que jamais.


   

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