vendredi 4 septembre 2015

Migrants : les prémices d'autres possibles

Photo © Dogan News Agency/AFP.

Il y a des moments comme celui-là où, soudain, l'opinion se cristallise dans un sens où on ne l'attendait guère. La photo d'un petit garçon mort noyé dont le corps gisait, le visage dans le sable, échoué sur une plage de Bodrum en Turquie, a provoqué une onde de choc dans l'opinion mondiale. Comme si la crise des migrants, après tant et tant de drames, devenait enfin une réalité palpable pour des millions d'êtres humains réveillés par la violence symbolique de l'image de la pire des injustices. Il y aura, il y a déjà, un avant et un après Bodrum. Impossible en effet pour un gouvernement démocratique de ne pas prendre en compte, non pas une ou plusieurs revendications précises, mais plutôt une exigence simple : faites quelque chose. Agissez !

Et c'est bien là le commencement de toute politique au-delà de l'émotion légitime. Que faire ? Constater d'abord que si l'exigence de trouver une solution humaine à la crise est commune à une majorité de l'opinion, d'autres continuent de déverser leur haine de tout ce qui ne leur ressemble pas. L'extrême-droite, comme elle le fut le 11 janvier dernier, est repoussée dans les cordes, en dehors des cadres démocratiques communs. Elle n'a rien à proposer, rien à dire, si ce n'est de manifester, encore et toujours, la même haine impuissante. Tant mieux si cela l'affaiblit,  la disqualifie une fois encore amorçant un reflux salutaire. Mas l'essentiel est ailleurs. Bien sûr qu'il faut des quotas contraignants d'accueil et de répartition de ces centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont un droit imprescriptible à une vie meilleure en Europe faute d'y avoir eu accès là où ils sont nés.  Réfugiés de tous les pays, bienvenus chez vous en terres d'humanité, en quelque sorte. 


C'était vrai hier, ça l'est aujourd'hui.  Hollande y consent enfin aux côtés de Merkel, là où Valls et combien d'autres avaient cru pouvoir s'y opposer au prétexte d'une souveraineté nationale malmenée. Oui, l'ONU a raison quand elle rappelle aux Européens que ce sont a minima 200 000 réfugiés qu'ils doivent accueillir dans l'urgence… et sans doute quelques millions demain si rien n'est fait pour mettre un terme à l'univers des crimes de masse qui ensanglantent le Moyen-Orient, une partie de l'Afrique, une partie de l'Asie. Le dire, le faire non à la faveur de quelques camps de toiles, même s'ils sont toujours préférables à une jungle sauvage comme celle qui a vu le jour à Calais. Le faire dans un objectif d'intégration par l'accès aux mêmes droits que tous les autres européens, droits à la solidarité et à la citoyenneté.  Cela a un coût social et budgétaire qui doit être assumé équitablement à l'échelle de toute l'Europe, celle des 28 États membres, voire au-delà. 


Alors bien sûr, on dira que l'Union n'est pas encore, voire ne sera jamais, l'ensemble fédéral qui permettrait à un gouvernement légitime de définir les conditions pratiques d'un accueil réparti sur l'ensemble des territoires en fonction de leurs possibilités. C'est vrai mais surtout dans les contours en creux de ce qu'il faudrait faire pour y parvenir. Quitte à faire au mieux en attendant au travers des décisions d'un Conseil où l'on sait combien les égoïsmes nationaux sont capables de se faire entendre avec d'autant plus de décibels que l'opinion n'en saura rien ou presque. Il est sans doute préférable, parce que plus réaliste à ce stade, que l'ensemble des contribuables européens financent un fonds pour les réfugiés, géré par la Commission, au profit des États véritablement engagés dans l'opération d'accueil. 


Il n'en va pas différemment en ce qui concerne la nécessité, l'absolue nécessité d'une guerre libératrice contre l’État islamique et les différentes factions criminelles qui ont rendu invivables de larges territoires tombés sous leur joug avec pour objectif une reconstruction économique, sociale et citoyenne, sous administration onusienne. Sans oublier les mafias de passeurs. L'on a assez perdu de temps en petits calculs subalternes, en hésitations diverses et en grands renoncements jusqu' à maintenant. Il est temps d'y aller, ensemble, pour faire valoir les droits de l'humanité contre la barbarie. Faute de quoi les cyniques, à l'image du député LR Marsaud, finiront par proposer avec quelques chances d'être entendus que l'on pactise avec le crime. Il est encore temps de faire mieux comme l'exige désormais une majorité d'Européens.



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