mercredi 15 juillet 2015

Téhéran réintègre la Communauté internationale


Scènes de joie hier à Téhéran. Photo © Atta Kenare / AFP

L'accord acte à Vienne entre les États-unis, la Russie, la Chine, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Iran et l'UE marque une avancée dans la lutte toujours nécessaire contre la prolifération nucléaire. C'était la raison d'être au départ de la tentative pour encadrer le développement du nucléaire iranien et empêcher la République islamique de se doter de l'arme de destruction massive la plus déstabilisante qui soit. Il suffit de se rappeler comment la Communauté internationale se montra incapable de contrôler cette prolifération par le passé, certains de ses membres dont la France y contribuant directement au profit d'Israël, pour mesurer le chemin parcouru. C'est une première raison de se féliciter de ce point d'étape.
La seconde réside dans le retour de Téhéran dans le concert des Nations comme l'on disait jadis. La folle objection de la droite israélienne et de ses soutiens américains n'y change rien. En 1979, l'Iran connut une levée en masse contre le régime sanglant des Pahlavi, élan libérateur bientôt confisquée par le clergé allié au Bazar dans une République islamique réactionnaire, particulièrement oppressive à l'intérieur et prêtant son concours aux actions terroristes à l'extérieur, en particulier au Liban, en Syrie et en Irak. Le régime des mollahs fait cependant face à une contestation grandissante avec la montée des oppositions, portées par la jeunesse, et il a connu des revers retentissants sur la scène proche-orientale. L'économie iranienne est exsangue, ses échanges extérieurs sont au plus bas et quelque 150 milliards de dollars d'avoirs sont gelés dans de nombreux pays. À Téhéran, cet accord avec la levée progressive de l'embargo apporte un répit, une bouffée d'oxygène dans l'espoir d'une relance de l'économie et des échanges dont les exportations de pétrole. Il était souhaité par une partie appréciable de la direction dont le Président Hassan Rohani et les forces les plus démocratiques de la société. L'autre camp, celui qui se réclame du guide suprême Ali Khamenei dont tout ou presque procède dans la République islamique, n'a cessé de freiner des quatre fers pour empêcher un contrôle international sur le programme nucléaire, civil et militaire. Pour l'heure, les premiers, salués par des manifestations de rue, l'ont emporté au moins provisoirement mais le retour de bâton n'est pas exclu tant la situation est mouvante et souvent incertaine au sommet de ce régime à la fois puissant et miné de mille et une contradictions.
Les Occidentaux, ainsi que Moscou et Pékin y verront un moyen de réaffirmer collectivement leurs prérogatives de régulateurs en chefs dans une période où leurs intérêts bien compris ne les conduisent que rarement à agir de concert. Obama et Kerry tenaient à cet accord qui clôt une des pages les plus noires de l'histoire de la diplomatie américaine. Les Européens espéraient depuis longtemps ouvrir la voie à leurs groupes pour investir le marché et les champs pétrolifères de Téhéran. Moscou revient au premier plan après avoir dû se contenter du rôle de dernier rempart du régime d'Assad à Damas. Pékin, enfin, sort de sa réserve par une action diplomatique plus marquée avec Xi Jimping aux commandes, main de fer à l'intérieur, ouverture mesurée à l'extérieur.
L'accord de Vienne ouvre peut-être et surtout la perspective de voir Téhéran tenir son rang de puissance régionale dans la lutte contre l'Etat islamique de El-Baghdadi. Le feu s'est embrasé et les secours tardent à parvenir sur les lieux du crime. Les ralliements aux Barbares de Raqqa et les conquêtes territoriales qui accompagnent leurs méfaits menacent désormais le Moyen-Orient dans son ensemble et une grande partie de l'Afrique. Sans compter leur tentative d'implantation en Asie.  Le concours de Téhéran à une large coalition internationale contre l'EI est souhaitable... à la condition de ne pas en faire la solution parce que ce serait illusoire et que Téhéran n'a ni les moyens ni vocation à se substituer aux armées des principales puissances de la planète.


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