Le 13 juillet 2015 demeurera comme le jour où les Européens ont su éviter la catastrophe qui les menaçait à court terme et sauver ainsi la planète d'une crise dont les effets cumulés à celle de 2008-2013 aurait pu déclencher un cataclysme mondial, financier, économique, social et finalement politique. Pour autant, l'accord scellé à Bruxelles par les 19 membres de la zone euro l'a été à l'arraché sous le regard inquiet des opinions publiques européennes. Il laisse à ce titre une amertume certaine, pour des raisons différentes, parmi les populations, ouvrant, c'est vrai, une nouvelle phase de la construction européenne mais à partir d'un cheminement assez chaotique.
Le « Grexit » est exclu et avec lui la sortie d'un État membre de la zone euro et de l'Union parce qu'il y aurait été invité par ses partenaires. Cela n'a l'air de rien et pourtant c'est sans doute un des points capitaux que retiendra l'histoire. Il n'y a qu'à constater les propos rageurs des extrêmes droites pour comprendre qui a réellement perdu dans cette affaire, les eurosceptiques, populistes et fascistes divers qui misaient sur la dislocation de l'UE et la disparition de l'euro. Certains osent même dans ce contexte lancer une pétition pour l'exclusion de… l'Allemagne de la zone euro. Provocation ! L'unité de l'Europe vaut pour aujourd'hui et pour demain. L'Europe, y compris dans sa configuration la plus avancée celle de la zone euro, n'est pas une auberge dont on pourrait se voir expulsé par la volonté du tenancier ou celle de clients mauvais coucheurs. L'adhésion intégration librement consentie dans cet ensemble politique, une vraie communauté de destin, engage profondément et solidairement quelque 508 millions de citoyens européens. Elle a quelque chose d'irréversible et c'est bien pourquoi il importe qu'elle soit toujours décidée démocratiquement. Pas de retour en arrière, pas de régression historique donc. On regrettera simplement qu'au lieu d'une décision des 19 membres de la zone euro, ce ne soit pas les 28 membres de l'Union, comme c'était initialement prévu, qui aient été invités à ratifier l'accord par lequel l'Europe vient au secours de l'un de ses États membres lui enjoignant en contrepartie de mettre en œuvre des réformes contraignantes.
Sur le fond, l'équilibre du compromis est limpide. Il ne sera plus exigé d'Athènes, Tsipras a raison d'insister sur ce point, qu'elle rembourse comme si rien n'était une dette condamnée à gonfler inexorablement et qui étrangle le pays. Reste à trouver les modalités d'une « restructuration » selon Tsipras et le FMI, d'un simple « rééchelonnement » selon Merkel ou d'un flou « reprofilage » selon Hollande. Derrière les mots, s'annonce une discussion ardue et compliquée sur le moyen de se débarrasser de cet encombrant héritage de la crise précédente. Les Grecs ont réussi, en partie grâce au pari du referendum, à poser le problème à tous. Les plus de 2 000 milliards de dettes qu'ont accumulés, chacune, la France et l'Allemagne sont potentiellement plus dangereux que les 330 milliards qui grèvent l'avenir d'Athènes. Il faut agir et il n'est pas absurde au-delà de la BCE que le FMI soit mis à contribution y compris sur ce terrain car son actionnaire principal, les États-unis, était à l'origine de la crise des subprimes qui a fait s'envoler partout ces dettes souveraines. La finance y a trouvé le moyen de « se refaire » des pertes de la crise. Les États et leurs ressortissants épongent des ardoises qui leur ont été imposées par les marchés, souvent avec le conseil des grandes banques américaines. Pour ce qui concerne la dette grecque, le problème est paradoxalement plus simple à résoudre, dans la mesure où elle est détenue à plus de 95 % par des institutions publiques, celles de l'Union avant tout. Autrement dit, il ne suffira pas de se cacher derrière la boîte d'allumettes de la dette grecque pour se sortir d'affaire. Il faut « mutualiser » le fardeau au plan européen et aborder la question au plan mondial avec un Bretton wood – accord multilatéral de 1944 pour rebâtir le système financier mondial après la guerre – d'aujourd'hui.
Viennent ensuite les fameuses contreparties. Elles sont nombreuses et exigées dans un délai très court de la partie grecque. Là gît une volonté de revanche de ceux qui rêvaient avec Schäuble d'abandonner l'un des membres du « clubMed » – l'Europe du sud – à un sort funeste. Ils n'ont pas eu gain de cause et Platon restera au Banquet. Du coup, Tsipras, investi d'un mandat massif du Parlement – 251 députés sur 300 – doit passer la vitesse supérieure. Le défi est de ceux qui appellent habituellement des arbitrages longs et tout en finesse. Là ce ne sera pas le cas et ce peut être une chance d'échapper aux pesanteurs de la société grecque et aux mauvaises habitudes. Réforme constitutionnelle pour faire contribuer l’Église et le « grand capital » local, en l'occurrence les armateurs, à l'impôt et au redressement du pays. Augmentation de l'impôt sur les sociétés à 28 % qui restera en deçà de ce qui se pratique le plus souvent ailleurs, en France par exemple. Augmentation de la TVA notamment dans le secteur du tourisme – restauration, hôtellerie – et dans les îles qui en étaient exonérées. Les onze millions de Grecs accueillent plus de 26 millions de touristes chaque année. Il n'est pas inconvenant que ceux-ci s'acquittent d'une TVA – 23 ou 13 % – d'autant que le pays ne risque aucunement un contre-choc de compétitivité. D'autres mesures pour être moins comptables n'en sont pas moins nécessaires comme la mise en place d'un institut indépendant de la statistique et la construction d'une vraie administration fiscale. Un choc culturel sans doute mais une « modernisation » qui était inévitable. Et puis et c'est là que le gouvernement grec peut se prévaloir d'un vrai succès, il a protégé les salaires et les retraites de la majorité de la population et une augmentation générale des prix n'est pas à l'ordre du jour. Il n'en faudrait pas davantage à certains pour décréter que désormais c'est la rigueur et non plus l'austérité qui va s'appliquer.
Il y a deux points plus contestables qui affecteront les salariés grecs dans leur vie quotidienne et leurs conditions de travail. Au chapitre des pensions d'abord, l'âge légal de départ en retraite devrait être progressivement allongé jusqu'à 67 ans, c'est beaucoup même en considérant le vieillissement particulier de la société après l'expatriation de nombreux jeunes confrontés au chômage de masse. Est-il possible de trouver un meilleur équilibre en supprimant les nombreuses possibilités de départ en retraite anticipée ? Ce sera au Parlement de s'y essayer. Enfin, la mise sous contrôle de 50 milliards d'actifs a fait dire qu'Athènes y perdrait sa souveraineté. Sachant ce qu'il en est de ladite souveraineté, au moins au plan financier, et en considérant que la moitié de ces actifs sera constituée par les banques exsangues, c'est un sacrifice, certes coûteux au plan symbolique mais sans effets réels dans la vie des populations. Ce fonds serait en outre administré directement d'Athènes et non plus du Luxembourg. D'aucuns y voient déjà Sigmar Gabriel à sa tête après son exfiltration du gouvernement de Berlin… Contre tout cela Athènes obtient un nouveau plan de soutien d'environ 80 milliards. Tout le problème réside donc davantage dans la justice qui présidera à la répartition de l'effort et des sacrifices plus que dans l'ampleur réelle de ceux-ci. Encore une fois, la potion est sans doute amère mais elle peut être facteur de progrès ou créer de nouvelles inégalités selon les choix du gouvernement, du Parlement et bien sûr des Grecs eux-mêmes qui en cas de crise politique seront probablement appelés à de nouvelles élections. La démocratie comme l'attachement à l'Europe sont les marques de fabrique du gouvernement Tsipras. Ceux, issus de Siryza, qui le contesteraient au nom d'un projet fou d'une Grèce hors de l'Union prendraient une responsabilité historique écrasante aux côtés des fascistes d'Aube dorée et des indécrottables staliniens du KKE – une partie des « communistes » du cru.
Dans les autres États membres, les effets de cet accord seront moins marqués. Ceux qui, à droite en particulier, ont parié sur la peur que les contribuables européens soient directement mis à contribution demain matin ont bien sûr menti, comme toujours. Mais le climat qui a entouré ce week-end de négociations tendues a aussi révélé de réelles « fractures » européennes. C'est ainsi la première fois que l'extrême-droite a pu se rapprocher des centres de décisions bruxellois au travers de la délégation finlandaise pressée par un Parlement où les « Vrais Finlandais » font leur loi infâme. Cela vaut avertissement pour tous. Elle est désormais révolue l'époque où le gouvernement autrichien intégrant les fascistes était de fait mis en quarantaine. Il faut en débattre pour conjurer ce pouvoir de nuisance qui caractérise les Le Pen et leurs semblables. Il serait en revanche absurde de ranger Schäuble et ses réseaux, sans compter Merkel, dans cette catégorie. Le ministre allemand des finances est un homme de la droite dure outre-Rhin, mais il est un européen convaincu. Sauf que l'Europe dont il rêve est à l'opposé de celle que nous voulons. C'est aussi une Europe intégrée, plus fédérale mais à l'image de l'Allemagne ou du moins de ce qu'il en retient et où le droit à la différence serait exclu. Chimère en vérité mais qui a failli coûter cher à tout le monde en particulier parce que le Président du SPD, Sigmar Gabriel, vice chancelier en exercice lui a emboîté le pas au début d'une semaine calamiteuse où il fut d'abord plus cassant que son collègue avant de s'aligner, dixit Cambadélis, sur les postions du PSE et de Hollande. Bref, la crise politique en Allemagne est ouverte à droite comme à gauche quoiqu'en dise Merkel. Les droites européennes réunies à Bruxelles même par le PPE ont révélé leur incapacité à incarner le futur d'un projet européen crédible même si tous ne se sont pas vautrés dans le ridicule qui s'attache aux déclarations d'un Sarkozy. Hollande quant à lui a joué une carte difficile et il y a gagné une stature européenne incontestable. Il a « fait le job » et l'a fait fort correctement.
Et puis, il y a toute une série de pays que l'on disait indécis ou peu enclins à soutenir les Grecs. Ce fut le cas des États baltes et de plusieurs anciens Pays de l'Est dont la Slovénie et la Slovaquie. L'explication selon laquelle il s'agirait de la zone d'influence directe de Berlin est un peu courte. En réalité, tous sont sortis du joug de Moscou pour entrer dans une Union européenne qui ne fut jamais pour eux l'Eldorado. Plusieurs ont hésité à rejoindre l'Union et à plus forte raison la zone euro lui préférant parfois dans une opposition virtuelle l'Otan. Quand ils l'ont fait ce fut au prix de grands sacrifices avec une haute idée du « club », de l'ensemble politique où ils étaient enfin admis. Ils n'ont pas connu en particulier, sauf par le récit, l'époque où l'Union pour intégrer l'Espagne, la Grèce ou le Portugal était prête à consentir de conséquents transferts de valeurs sonnantes et trébuchantes. Cette fracture doit être comblée par un nécessaire plan pour la croissance profitable à tous et faits d'investissements massifs au-delà des fonds structurels pour permettre à tous les Européens de se sentir appartenir au même monde. C'est important pour l'avenir que ce soit pour le partenariat oriental d'un côté comme pour celui plus que jamais nécessaire autour de la Méditerranée où l'Europe fait face au terrorisme islamiste. Que l'on songe à la Tunisie, comment la préserver, l'accompagner autrement qu'en invitant, comme l'ont fait la Grande-Bretagne et le Danemark, leurs ressortissants à la quitter. L'Europe, c'est un peu tout cela à la fois, conjuguant souvent le pire pour révéler au final le meilleur d'elle-même. C'était largement prévisible pour celles et ceux qui en connaissent les réalités contradictoires. Mais, c'est vrai, nous avons eu chaud, très chaud parce que cette fois encore rien n'allait de soi, les faiblesses et fractures européennes rendant la situation plus dangereuse que jamais… jusqu'à ce que la raison l'emporte, la raison suscitée par les Grecs dans leur refus de subir l'austérité pour rien, sans espoir de changement. Un pas en avant a été fait par les Grecs et par tous les autres Européens avec eux. Il faut le concrétiser en particulier en abordant désormais l'organisation pratique de la zone euro comme de l'Union.
Le « Grexit » est exclu et avec lui la sortie d'un État membre de la zone euro et de l'Union parce qu'il y aurait été invité par ses partenaires. Cela n'a l'air de rien et pourtant c'est sans doute un des points capitaux que retiendra l'histoire. Il n'y a qu'à constater les propos rageurs des extrêmes droites pour comprendre qui a réellement perdu dans cette affaire, les eurosceptiques, populistes et fascistes divers qui misaient sur la dislocation de l'UE et la disparition de l'euro. Certains osent même dans ce contexte lancer une pétition pour l'exclusion de… l'Allemagne de la zone euro. Provocation ! L'unité de l'Europe vaut pour aujourd'hui et pour demain. L'Europe, y compris dans sa configuration la plus avancée celle de la zone euro, n'est pas une auberge dont on pourrait se voir expulsé par la volonté du tenancier ou celle de clients mauvais coucheurs. L'adhésion intégration librement consentie dans cet ensemble politique, une vraie communauté de destin, engage profondément et solidairement quelque 508 millions de citoyens européens. Elle a quelque chose d'irréversible et c'est bien pourquoi il importe qu'elle soit toujours décidée démocratiquement. Pas de retour en arrière, pas de régression historique donc. On regrettera simplement qu'au lieu d'une décision des 19 membres de la zone euro, ce ne soit pas les 28 membres de l'Union, comme c'était initialement prévu, qui aient été invités à ratifier l'accord par lequel l'Europe vient au secours de l'un de ses États membres lui enjoignant en contrepartie de mettre en œuvre des réformes contraignantes.
Sur le fond, l'équilibre du compromis est limpide. Il ne sera plus exigé d'Athènes, Tsipras a raison d'insister sur ce point, qu'elle rembourse comme si rien n'était une dette condamnée à gonfler inexorablement et qui étrangle le pays. Reste à trouver les modalités d'une « restructuration » selon Tsipras et le FMI, d'un simple « rééchelonnement » selon Merkel ou d'un flou « reprofilage » selon Hollande. Derrière les mots, s'annonce une discussion ardue et compliquée sur le moyen de se débarrasser de cet encombrant héritage de la crise précédente. Les Grecs ont réussi, en partie grâce au pari du referendum, à poser le problème à tous. Les plus de 2 000 milliards de dettes qu'ont accumulés, chacune, la France et l'Allemagne sont potentiellement plus dangereux que les 330 milliards qui grèvent l'avenir d'Athènes. Il faut agir et il n'est pas absurde au-delà de la BCE que le FMI soit mis à contribution y compris sur ce terrain car son actionnaire principal, les États-unis, était à l'origine de la crise des subprimes qui a fait s'envoler partout ces dettes souveraines. La finance y a trouvé le moyen de « se refaire » des pertes de la crise. Les États et leurs ressortissants épongent des ardoises qui leur ont été imposées par les marchés, souvent avec le conseil des grandes banques américaines. Pour ce qui concerne la dette grecque, le problème est paradoxalement plus simple à résoudre, dans la mesure où elle est détenue à plus de 95 % par des institutions publiques, celles de l'Union avant tout. Autrement dit, il ne suffira pas de se cacher derrière la boîte d'allumettes de la dette grecque pour se sortir d'affaire. Il faut « mutualiser » le fardeau au plan européen et aborder la question au plan mondial avec un Bretton wood – accord multilatéral de 1944 pour rebâtir le système financier mondial après la guerre – d'aujourd'hui.
Viennent ensuite les fameuses contreparties. Elles sont nombreuses et exigées dans un délai très court de la partie grecque. Là gît une volonté de revanche de ceux qui rêvaient avec Schäuble d'abandonner l'un des membres du « clubMed » – l'Europe du sud – à un sort funeste. Ils n'ont pas eu gain de cause et Platon restera au Banquet. Du coup, Tsipras, investi d'un mandat massif du Parlement – 251 députés sur 300 – doit passer la vitesse supérieure. Le défi est de ceux qui appellent habituellement des arbitrages longs et tout en finesse. Là ce ne sera pas le cas et ce peut être une chance d'échapper aux pesanteurs de la société grecque et aux mauvaises habitudes. Réforme constitutionnelle pour faire contribuer l’Église et le « grand capital » local, en l'occurrence les armateurs, à l'impôt et au redressement du pays. Augmentation de l'impôt sur les sociétés à 28 % qui restera en deçà de ce qui se pratique le plus souvent ailleurs, en France par exemple. Augmentation de la TVA notamment dans le secteur du tourisme – restauration, hôtellerie – et dans les îles qui en étaient exonérées. Les onze millions de Grecs accueillent plus de 26 millions de touristes chaque année. Il n'est pas inconvenant que ceux-ci s'acquittent d'une TVA – 23 ou 13 % – d'autant que le pays ne risque aucunement un contre-choc de compétitivité. D'autres mesures pour être moins comptables n'en sont pas moins nécessaires comme la mise en place d'un institut indépendant de la statistique et la construction d'une vraie administration fiscale. Un choc culturel sans doute mais une « modernisation » qui était inévitable. Et puis et c'est là que le gouvernement grec peut se prévaloir d'un vrai succès, il a protégé les salaires et les retraites de la majorité de la population et une augmentation générale des prix n'est pas à l'ordre du jour. Il n'en faudrait pas davantage à certains pour décréter que désormais c'est la rigueur et non plus l'austérité qui va s'appliquer.
Il y a deux points plus contestables qui affecteront les salariés grecs dans leur vie quotidienne et leurs conditions de travail. Au chapitre des pensions d'abord, l'âge légal de départ en retraite devrait être progressivement allongé jusqu'à 67 ans, c'est beaucoup même en considérant le vieillissement particulier de la société après l'expatriation de nombreux jeunes confrontés au chômage de masse. Est-il possible de trouver un meilleur équilibre en supprimant les nombreuses possibilités de départ en retraite anticipée ? Ce sera au Parlement de s'y essayer. Enfin, la mise sous contrôle de 50 milliards d'actifs a fait dire qu'Athènes y perdrait sa souveraineté. Sachant ce qu'il en est de ladite souveraineté, au moins au plan financier, et en considérant que la moitié de ces actifs sera constituée par les banques exsangues, c'est un sacrifice, certes coûteux au plan symbolique mais sans effets réels dans la vie des populations. Ce fonds serait en outre administré directement d'Athènes et non plus du Luxembourg. D'aucuns y voient déjà Sigmar Gabriel à sa tête après son exfiltration du gouvernement de Berlin… Contre tout cela Athènes obtient un nouveau plan de soutien d'environ 80 milliards. Tout le problème réside donc davantage dans la justice qui présidera à la répartition de l'effort et des sacrifices plus que dans l'ampleur réelle de ceux-ci. Encore une fois, la potion est sans doute amère mais elle peut être facteur de progrès ou créer de nouvelles inégalités selon les choix du gouvernement, du Parlement et bien sûr des Grecs eux-mêmes qui en cas de crise politique seront probablement appelés à de nouvelles élections. La démocratie comme l'attachement à l'Europe sont les marques de fabrique du gouvernement Tsipras. Ceux, issus de Siryza, qui le contesteraient au nom d'un projet fou d'une Grèce hors de l'Union prendraient une responsabilité historique écrasante aux côtés des fascistes d'Aube dorée et des indécrottables staliniens du KKE – une partie des « communistes » du cru.
Dans les autres États membres, les effets de cet accord seront moins marqués. Ceux qui, à droite en particulier, ont parié sur la peur que les contribuables européens soient directement mis à contribution demain matin ont bien sûr menti, comme toujours. Mais le climat qui a entouré ce week-end de négociations tendues a aussi révélé de réelles « fractures » européennes. C'est ainsi la première fois que l'extrême-droite a pu se rapprocher des centres de décisions bruxellois au travers de la délégation finlandaise pressée par un Parlement où les « Vrais Finlandais » font leur loi infâme. Cela vaut avertissement pour tous. Elle est désormais révolue l'époque où le gouvernement autrichien intégrant les fascistes était de fait mis en quarantaine. Il faut en débattre pour conjurer ce pouvoir de nuisance qui caractérise les Le Pen et leurs semblables. Il serait en revanche absurde de ranger Schäuble et ses réseaux, sans compter Merkel, dans cette catégorie. Le ministre allemand des finances est un homme de la droite dure outre-Rhin, mais il est un européen convaincu. Sauf que l'Europe dont il rêve est à l'opposé de celle que nous voulons. C'est aussi une Europe intégrée, plus fédérale mais à l'image de l'Allemagne ou du moins de ce qu'il en retient et où le droit à la différence serait exclu. Chimère en vérité mais qui a failli coûter cher à tout le monde en particulier parce que le Président du SPD, Sigmar Gabriel, vice chancelier en exercice lui a emboîté le pas au début d'une semaine calamiteuse où il fut d'abord plus cassant que son collègue avant de s'aligner, dixit Cambadélis, sur les postions du PSE et de Hollande. Bref, la crise politique en Allemagne est ouverte à droite comme à gauche quoiqu'en dise Merkel. Les droites européennes réunies à Bruxelles même par le PPE ont révélé leur incapacité à incarner le futur d'un projet européen crédible même si tous ne se sont pas vautrés dans le ridicule qui s'attache aux déclarations d'un Sarkozy. Hollande quant à lui a joué une carte difficile et il y a gagné une stature européenne incontestable. Il a « fait le job » et l'a fait fort correctement.
Et puis, il y a toute une série de pays que l'on disait indécis ou peu enclins à soutenir les Grecs. Ce fut le cas des États baltes et de plusieurs anciens Pays de l'Est dont la Slovénie et la Slovaquie. L'explication selon laquelle il s'agirait de la zone d'influence directe de Berlin est un peu courte. En réalité, tous sont sortis du joug de Moscou pour entrer dans une Union européenne qui ne fut jamais pour eux l'Eldorado. Plusieurs ont hésité à rejoindre l'Union et à plus forte raison la zone euro lui préférant parfois dans une opposition virtuelle l'Otan. Quand ils l'ont fait ce fut au prix de grands sacrifices avec une haute idée du « club », de l'ensemble politique où ils étaient enfin admis. Ils n'ont pas connu en particulier, sauf par le récit, l'époque où l'Union pour intégrer l'Espagne, la Grèce ou le Portugal était prête à consentir de conséquents transferts de valeurs sonnantes et trébuchantes. Cette fracture doit être comblée par un nécessaire plan pour la croissance profitable à tous et faits d'investissements massifs au-delà des fonds structurels pour permettre à tous les Européens de se sentir appartenir au même monde. C'est important pour l'avenir que ce soit pour le partenariat oriental d'un côté comme pour celui plus que jamais nécessaire autour de la Méditerranée où l'Europe fait face au terrorisme islamiste. Que l'on songe à la Tunisie, comment la préserver, l'accompagner autrement qu'en invitant, comme l'ont fait la Grande-Bretagne et le Danemark, leurs ressortissants à la quitter. L'Europe, c'est un peu tout cela à la fois, conjuguant souvent le pire pour révéler au final le meilleur d'elle-même. C'était largement prévisible pour celles et ceux qui en connaissent les réalités contradictoires. Mais, c'est vrai, nous avons eu chaud, très chaud parce que cette fois encore rien n'allait de soi, les faiblesses et fractures européennes rendant la situation plus dangereuse que jamais… jusqu'à ce que la raison l'emporte, la raison suscitée par les Grecs dans leur refus de subir l'austérité pour rien, sans espoir de changement. Un pas en avant a été fait par les Grecs et par tous les autres Européens avec eux. Il faut le concrétiser en particulier en abordant désormais l'organisation pratique de la zone euro comme de l'Union.
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