L'école, gratuite et laïque, est au nombre des biens communs de ce pays. Les controverses qu'a suscitées la réforme des collèges soulignent son caractère de plaque sensible de la société. Pour le meilleur comme pour le pire. Mais la confusion fait que nombre de questions n'ont pas été abordées sans arrière-pensées ni calculs médiocres. Retour donc aux faits et arguments.
L'école publique, avec ses points forts et ses faiblesses, continue non seulement d'irriguer l'ensemble de la société et ses territoires mais permet également de former ce que l'on nomme les « élites de la République ». La plupart de celles et ceux qui occupent des postes de responsabilité en sont issus. Ils ne proviennent pas, à de rares exceptions près, du « ghetto » protégé de l'enseignement privé qu'il soit confessionnel ou non. La nostalgie de « l'âge d'or » d'une école faite pour une minorité choyée par la naissance qui s'oppose à l'idéal d'une école pour tous n'est que le signe de la déshérence d'une droite sans réel projet de société. La tribune de Juppé, Bayrou et Ferry le confirme. L'école est une conquête démocratique, celle de l'égalité des chances, qu'il faut défendre fermement tout en la réformant pour la rendre plus performante. Elle produit en effet chaque année quelque 140 000 jeunes en situation de décrochage selon l'Unicef, le ministère évoquant, lui, un chiffre en 2011 de 122 000 « sortants précoces » – sans diplôme ou avec le seul brevet des collèges. C'est beaucoup trop bien sûr et il faut y remédier mais en gardant le sens des proportions. Plusieurs des propositions de la réforme sont présentées comme s'attaquant à ce gâchis mais ne sont pas perçues comme telles par une partie des enseignants de collège. On ne pourra vraiment s'attaquer à cette injustice sans un traitement plus global de la pauvreté, de la misère sociale et culturelle, dans les familles, les cités et les quartiers.
Le débat sur le collège unique en découle. La gauche ne doit en rien reculer face aux assauts de certains à droite – dont Le Maire – qui souhaitent simplement le retour en arrière, celui de la régression sociale, pensant sans le dire qu'un strict minimum de bagage scolaire est bien suffisant pour un grand nombre de nos concitoyens. C'est évidemment inacceptable d'un point de vue démocratique mais c'est tout autant une certitude de décrochage, du pays cette fois, dans le cadre de la mondialisation des connaissances et des échanges. Cela vaut également pour les détours hasardeux par l'apprentissage qui privent une partie des jeunes de ce à quoi ils ont droit, une solide formation jusqu'à 16 ans, voire 18 ans, à la faveur d'un enseignement général de qualité pour tous. Le collège doit y pourvoir comme l'école élémentaire avant lui et le lycée après lui. À gauche malheureusement, d'aucuns parmi les Présidents de région en particulier confondent le cartable et la boîte à outils… D'autres au gouvernement s'affranchissent avec Valls des conventions onusiennes sur les droits de l'enfant – jusqu'à dix huit ans – pour accorder aux patrons des travaux publics de pouvoir faire travailler des apprentis mineurs quarante heures hebdomadaires. Il n'y a aucune raison de les suivre même s'ils trouvent un écho chez une partie des enseignants qui y voient l'occasion de se débarrasser des élèves les plus difficiles.
Une école pour tous les enfants, pour tous les jeunes, voilà sur quoi il convient de se battre en confrontant les projets de Najat Vallaud-Belkacem avec la réalité d'une crise scolaire qui obéit à des contingences multiples. Celles d'abord d'un corps enseignant atteint par la « casse » de la droite et les dégâts de la crise. Les profs sont en France mal payés et peu considérés. Qui peut le contester ? Leur formation, leur disponibilité à changer l'enseignement et la vie scolaire ne peuvent que s'en ressentir même quand ils continuent, dans leur majorité, à se battre pour leurs élèves. Le statut de fonctionnaire a longtemps constitué un acquis social et une garantie de leur indépendance. Mais aujourd'hui les jeunes générations de profs le voient affaibli par le recours aux non-titulaires et à une gestion managériale qui s'appuie sur la mise en concurrence des personnels au lieu de favoriser le travail collectif. Comment le revisiter pour assurer de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires, une réelle progression de carrière, une vraie formation continue et une véritable liberté pédagogique ? En changeant par exemple le système d'encadrement pédagogique, les inspecteurs, anciens enseignants, étant après quelques années coupés de la réalité des classes. Ne serait-il pas préférable que des enseignants assument pour une durée limitée les fonctions d'animation, coordination et formation pédagogiques avant leur retour en classe ?
Ce serait aussi une invitation à développer l'interdisciplinarité quand, du moins, celle-ci apporte un plus. Une pratique absente de la formation des enseignants et soudain parée de toutes les vertus pour habiller une réforme qui est dans ces conditions accueillie avec circonspection. Pour qu'une vraie interdisciplinarité donnant du sens à l'activité proposée aux élèves soit une perspective attractive et trouve sa place, elle ne peut s'accompagner d'une réduction des horaires disciplinaires car sans les repères de base, elle n'est guère profitable. La question des moyens pour y parvenir est donc incontournable. Or sur ce plan le ministère n'a rien à offrir. Tout aussi navrant, le syndicalisme enseignant a été incapable de se saisir de ces questions pour défendre les intérêts des profs comme ceux des usagers dans le cadre d'une école pour tous. On a même vu, le temps d'une grève le 19 mai, le SNES et la FSU se mélanger les crayons avec le SNALC, pointe avancée de la réaction en milieu scolaire. Ce qui a accru la confusion et nui à la seconde mobilisation du 11 juin, plus minoritaire que la précédente, jetant le doute sur la représentativité des dites directions syndicales. Autre signe, assurément, de la crise scolaire, que l'on ne peut ignorer sauf à laisser le milieu atomisé, sans capacité d'action collective.
Côté moyens, le débat doit être posé avec lucidité et en toute clarté. Quelle part du PIB veut-on consacrer à l'éducation, quelle part du budget doit revenir à l'école ? Des choix politiques essentiels qui ne peuvent être l'objet chaque été d'arbitrages de circonstance. Il vaut mieux toujours investir dans le secteur scolaire à forte valeur sociale ajoutée plutôt que dans d'autres plus contestables, comme celui particulièrement opaque de la formation professionnelle des salariés. Il ne profite pas en effet à ceux qui en ont le plus besoin et il n'existe aucun contrôle public sur les dizaines de milliards qui y sont consacrés, directement et indirectement. Un projet ambitieux pour l'école ne peut pas faire l'économie d'une loi de programmation scolaire « sanctuarisée » sur trois ou cinq ans pour dégager de nouveaux moyens déployés en priorité au profit des élèves – nombre d'élèves par classe – et des enseignants – salaires, formation continue. Les calendriers politiques ne le permettraient pas, dit-on à Bercy. Rien n'est moins sûr et ce serait moins risqué que de ne rien entreprendre sur ce plan. À moins que la manoeuvre ne consiste à préparer avant la présidentielle un grand marchandage, revalorisation contre allongement des carrières, comme on en rêve, semble-t-il, du côté de chez Valls à Matignon.
Enfin, demeure, lancinante, la question de la laïcité qui taraude l'institution scolaire. Non, la laïcité n'est pas une simple règle de « neutralité » qui s'imposerait surtout à l'Etat. Elle est un outil de défense de la société et de ses enfants contre les pratiques prosélytes qui prospèrent sur le marché des croyances et superstitions. Le danger est toujours présent. Au moment de la lutte pour l'égalité des droits des homosexuels, l'on a au départ une lettre de la conférence des évêques catholiques aux croyants, à l'arrivée, un pape, supposé progressiste qui refuse d'accréditer un ambassadeur, homosexuel, qui a pris position pour l'égalité. Entre les deux, on a assisté à une radicalisation à droite, voire à l'extrême-droite, d'une partie de la jeunesse orchestrée par les courants les plus sectaires qui ont pignon sur rue dans l'enseignement catholique. L'école confessionnelle ne saurait dicter sa loi, jamais. La séparation de 1905 ne fut qu'un compromis dans le cadre d'un rapport de force. L'abandon par Mitterrand du grand service public d'Éducation sous les coups de boutoir de la droite et des Catholiques en 1984 le fut tout autant. Raison de plus pour ne pas davantage céder aux sirènes de ceux qui sont prêts à tout accepter de l'Islam de France parce qu'il serait la religion des pauvres, celle des quartiers défavorisés. Non, mille fois non. La laïcité ouverte mais conquérante demeure une valeur de gauche, universelle, à l'école comme dans la cité.
L'école publique, avec ses points forts et ses faiblesses, continue non seulement d'irriguer l'ensemble de la société et ses territoires mais permet également de former ce que l'on nomme les « élites de la République ». La plupart de celles et ceux qui occupent des postes de responsabilité en sont issus. Ils ne proviennent pas, à de rares exceptions près, du « ghetto » protégé de l'enseignement privé qu'il soit confessionnel ou non. La nostalgie de « l'âge d'or » d'une école faite pour une minorité choyée par la naissance qui s'oppose à l'idéal d'une école pour tous n'est que le signe de la déshérence d'une droite sans réel projet de société. La tribune de Juppé, Bayrou et Ferry le confirme. L'école est une conquête démocratique, celle de l'égalité des chances, qu'il faut défendre fermement tout en la réformant pour la rendre plus performante. Elle produit en effet chaque année quelque 140 000 jeunes en situation de décrochage selon l'Unicef, le ministère évoquant, lui, un chiffre en 2011 de 122 000 « sortants précoces » – sans diplôme ou avec le seul brevet des collèges. C'est beaucoup trop bien sûr et il faut y remédier mais en gardant le sens des proportions. Plusieurs des propositions de la réforme sont présentées comme s'attaquant à ce gâchis mais ne sont pas perçues comme telles par une partie des enseignants de collège. On ne pourra vraiment s'attaquer à cette injustice sans un traitement plus global de la pauvreté, de la misère sociale et culturelle, dans les familles, les cités et les quartiers.
Le débat sur le collège unique en découle. La gauche ne doit en rien reculer face aux assauts de certains à droite – dont Le Maire – qui souhaitent simplement le retour en arrière, celui de la régression sociale, pensant sans le dire qu'un strict minimum de bagage scolaire est bien suffisant pour un grand nombre de nos concitoyens. C'est évidemment inacceptable d'un point de vue démocratique mais c'est tout autant une certitude de décrochage, du pays cette fois, dans le cadre de la mondialisation des connaissances et des échanges. Cela vaut également pour les détours hasardeux par l'apprentissage qui privent une partie des jeunes de ce à quoi ils ont droit, une solide formation jusqu'à 16 ans, voire 18 ans, à la faveur d'un enseignement général de qualité pour tous. Le collège doit y pourvoir comme l'école élémentaire avant lui et le lycée après lui. À gauche malheureusement, d'aucuns parmi les Présidents de région en particulier confondent le cartable et la boîte à outils… D'autres au gouvernement s'affranchissent avec Valls des conventions onusiennes sur les droits de l'enfant – jusqu'à dix huit ans – pour accorder aux patrons des travaux publics de pouvoir faire travailler des apprentis mineurs quarante heures hebdomadaires. Il n'y a aucune raison de les suivre même s'ils trouvent un écho chez une partie des enseignants qui y voient l'occasion de se débarrasser des élèves les plus difficiles.
Une école pour tous les enfants, pour tous les jeunes, voilà sur quoi il convient de se battre en confrontant les projets de Najat Vallaud-Belkacem avec la réalité d'une crise scolaire qui obéit à des contingences multiples. Celles d'abord d'un corps enseignant atteint par la « casse » de la droite et les dégâts de la crise. Les profs sont en France mal payés et peu considérés. Qui peut le contester ? Leur formation, leur disponibilité à changer l'enseignement et la vie scolaire ne peuvent que s'en ressentir même quand ils continuent, dans leur majorité, à se battre pour leurs élèves. Le statut de fonctionnaire a longtemps constitué un acquis social et une garantie de leur indépendance. Mais aujourd'hui les jeunes générations de profs le voient affaibli par le recours aux non-titulaires et à une gestion managériale qui s'appuie sur la mise en concurrence des personnels au lieu de favoriser le travail collectif. Comment le revisiter pour assurer de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires, une réelle progression de carrière, une vraie formation continue et une véritable liberté pédagogique ? En changeant par exemple le système d'encadrement pédagogique, les inspecteurs, anciens enseignants, étant après quelques années coupés de la réalité des classes. Ne serait-il pas préférable que des enseignants assument pour une durée limitée les fonctions d'animation, coordination et formation pédagogiques avant leur retour en classe ?
Ce serait aussi une invitation à développer l'interdisciplinarité quand, du moins, celle-ci apporte un plus. Une pratique absente de la formation des enseignants et soudain parée de toutes les vertus pour habiller une réforme qui est dans ces conditions accueillie avec circonspection. Pour qu'une vraie interdisciplinarité donnant du sens à l'activité proposée aux élèves soit une perspective attractive et trouve sa place, elle ne peut s'accompagner d'une réduction des horaires disciplinaires car sans les repères de base, elle n'est guère profitable. La question des moyens pour y parvenir est donc incontournable. Or sur ce plan le ministère n'a rien à offrir. Tout aussi navrant, le syndicalisme enseignant a été incapable de se saisir de ces questions pour défendre les intérêts des profs comme ceux des usagers dans le cadre d'une école pour tous. On a même vu, le temps d'une grève le 19 mai, le SNES et la FSU se mélanger les crayons avec le SNALC, pointe avancée de la réaction en milieu scolaire. Ce qui a accru la confusion et nui à la seconde mobilisation du 11 juin, plus minoritaire que la précédente, jetant le doute sur la représentativité des dites directions syndicales. Autre signe, assurément, de la crise scolaire, que l'on ne peut ignorer sauf à laisser le milieu atomisé, sans capacité d'action collective.
Côté moyens, le débat doit être posé avec lucidité et en toute clarté. Quelle part du PIB veut-on consacrer à l'éducation, quelle part du budget doit revenir à l'école ? Des choix politiques essentiels qui ne peuvent être l'objet chaque été d'arbitrages de circonstance. Il vaut mieux toujours investir dans le secteur scolaire à forte valeur sociale ajoutée plutôt que dans d'autres plus contestables, comme celui particulièrement opaque de la formation professionnelle des salariés. Il ne profite pas en effet à ceux qui en ont le plus besoin et il n'existe aucun contrôle public sur les dizaines de milliards qui y sont consacrés, directement et indirectement. Un projet ambitieux pour l'école ne peut pas faire l'économie d'une loi de programmation scolaire « sanctuarisée » sur trois ou cinq ans pour dégager de nouveaux moyens déployés en priorité au profit des élèves – nombre d'élèves par classe – et des enseignants – salaires, formation continue. Les calendriers politiques ne le permettraient pas, dit-on à Bercy. Rien n'est moins sûr et ce serait moins risqué que de ne rien entreprendre sur ce plan. À moins que la manoeuvre ne consiste à préparer avant la présidentielle un grand marchandage, revalorisation contre allongement des carrières, comme on en rêve, semble-t-il, du côté de chez Valls à Matignon.
Enfin, demeure, lancinante, la question de la laïcité qui taraude l'institution scolaire. Non, la laïcité n'est pas une simple règle de « neutralité » qui s'imposerait surtout à l'Etat. Elle est un outil de défense de la société et de ses enfants contre les pratiques prosélytes qui prospèrent sur le marché des croyances et superstitions. Le danger est toujours présent. Au moment de la lutte pour l'égalité des droits des homosexuels, l'on a au départ une lettre de la conférence des évêques catholiques aux croyants, à l'arrivée, un pape, supposé progressiste qui refuse d'accréditer un ambassadeur, homosexuel, qui a pris position pour l'égalité. Entre les deux, on a assisté à une radicalisation à droite, voire à l'extrême-droite, d'une partie de la jeunesse orchestrée par les courants les plus sectaires qui ont pignon sur rue dans l'enseignement catholique. L'école confessionnelle ne saurait dicter sa loi, jamais. La séparation de 1905 ne fut qu'un compromis dans le cadre d'un rapport de force. L'abandon par Mitterrand du grand service public d'Éducation sous les coups de boutoir de la droite et des Catholiques en 1984 le fut tout autant. Raison de plus pour ne pas davantage céder aux sirènes de ceux qui sont prêts à tout accepter de l'Islam de France parce qu'il serait la religion des pauvres, celle des quartiers défavorisés. Non, mille fois non. La laïcité ouverte mais conquérante demeure une valeur de gauche, universelle, à l'école comme dans la cité.

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