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| Photo © AFP |
La formule s'appliquerait à son voyage éclair à Berlin et les mensonges grossiers qu'il a suscités jusqu'au sommet de l'État. Pitoyable certes, mais ce n'est rien à côté de la débauche de mesures pour plaire aux petits « patrons » des TPE et PME. Le scandale gouvernemental de la semaine réside dans ce prétendu « Tout pour l'emploi » évoqué en grande pompe ministérielle. Au lendemain du congrès socialiste, c'est une manière d'annoncer le recours au 49.3 pour juguler les oppositions à gauche. Circulez, il n'y a rien à discuter, semble dire Valls.
Les termes de l'équation sont connus. La croissance repart coûte que coûte – la note est en effet lourde pour le budget de l'État – mais l'inversion de la courbe du chômage ne vient pas. Alors, à Bercy et à Matignon, on a fait un petit calcul rapide, aussi candide qu'illusoire. Ce pays compterait pas moins de deux millions de TPE et quelque 140 000 PME. En supposant qu'une partie d'entre elles embauchent ne serait-ce qu'un salarié… Il suffisait d'y penser. Mais l'économie ne fonctionne pas ainsi. Plus de la moitié des TPE, sans salariés, sont plus virtuelles que réelles, simple voyant du sous-emploi. Et puis quel projet, une relance fondée sur le « petit commerce, la boutique et les camelots » !
Le détail des dix-huit mesures annoncées est invraisemblable. Une prime de 4 000 € à l'embauche d'un premier salarié… La possibilité de renouveler deux fois un CDD et non plus une… Un plafond pour limiter les indemnités pour licenciement abusif, véritable encouragement à la délinquance patronale… Et surtout des arrangements avec les seuils, puisque le passage de 9 à 10 ou à 11 salariés ne déclenchera désormais plus aucun changement. Plus généralement, ceux-ci seront gelés pour 3 ans. Autrement dit, ce sont des droits des salariés qui seront « suspendus » et des prélèvements fiscaux et sociaux qui seront annulés. Les plus âpres au gain à la CGPME ou au Medef n'en espéraient pas tant.
Reste que tout cela est très inquiétant parce que Valls, Macron et Rebsamen, contrairement à ce qu'ils disent, ne réforment pas. Ils bricolent, ils bidouillent, toujours dans le même sens, au détriment des droits des salariés et au profit des petits, moyens et grands patrons qui de toute manière ne voteront pas pour eux. Mais le mal sera fait, la gauche démobilisée et la voie ouverte pour une droite, fût-elle représentée par Juppé, qui attend que le fruit soit mûr pour s'en saisir. Du moins si tout se passe sans réaction du front social et de la gauche restée fidèle au monde du travail. Et ça, c'est heureusement moins sûr.

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