| Photo © AFP |
L'extrême urgence d'une solution aux deux crises qui menacent l'Europe contraint à ouvrir les yeux et à dissiper les mirages. Bruxelles n'évitera pas un « Grexit » comme par enchantement en tordant davantage le bras d'un gouvernement qui ne ressemble ni à ceux de ses prédécesseurs ni à ceux des autres États membres. Il serait plus sage d'entendre ce que dit Tsipras à juste raison et depuis le début. Non, les concessions illusoires exigées d'Athènes – retraites, TVA – par quelques fonctionnaires irresponsables ne règleraient rien et plongeraient nombre de Grecs dans une misère plus intolérable encore que celle qu'ils subissent déjà. Il vaudrait mieux appuyer le gouvernement grec pour l'aider à faire payer les puissances d'argent qui n'acquittent pas d'impôts comme les armateurs et l’Église…. Mais le problème essentiel est ailleurs. La dette, monstrueuse, voilà ce qu'il faut résoudre. À près de 180 % du Pib, elle ne sera pas assumée parce que c'est tout simplement impossible. C'est un fait, sur lequel tous s'accordent. La réduire de moitié au moins est sans doute indispensable. Et du coup de deux choses l'une. Soit l'on y parvient avec une restructuration dévaluation et alors tous les États – la dette grecque est aujourd'hui détenue à 95 % par des institutions publiques – en feront les frais à raison de 43 milliards pour Berlin, 29 pour Paris et ainsi de suite. Soit l'on mutualise ce fardeau pour le gérer directement au plan européen dans la durée. La mutualisation de la part de la dette qui dépasse les 60 % du Pib – l'un des 3 critères de Maastricht – dans chaque État est sans doute l'objectif souhaitable compte tenu de la situation actuelle. Soutien à la relance combien nécessaire s'il en est. Mais, bien sûr, cela suppose un saut, un bond en avant, dans la construction d'une Europe politique fédérale, intégrée qu'on la nomme États-Unis d'Europe ou non. Ceux qui s'y refusent ne proposent aucune alternative et pour cause, se contentant de bouts de scénarios plus invraisemblables les uns que les autres. C'est dans ce sens qu'il faut en tout cas peser d'un bout à l'autre de l'Union, en solidarité avec les Grecs à qui serait ainsi accordé un important transfert de valeurs. Une étude récente aux marges du FMI ne démontre-t-elle pas que l'aide aux plus faibles profite en vérité à tous quand l'accaparement des richesses par une minorité finit toujours par nuire à l'ensemble. Cela vaut pour les politiques régionales et nationales comme pour la politique européenne.
![]() |
| Photo © Massimo Sestini |
D'une crise l'autre, celle qui jette des milliers de migrants vers les côtes européennes, pour ceux qui y parviennent, appelle une solution européenne tout aussi forte. La Grèce et l'Italie y sont en première ligne. L'accueil de quelque 100 000 migrants dans l'Union – 507,4 millions de citoyens au 1er janvier 2014 – n'est pas hors de portée comme le prétendent les prophètes de malheur, fourbissant leurs armes pour de tout autres desseins, à l'image des Le Pen et de leurs acolytes du Parlement de Strasbourg. L'illusion, véhiculée par Valls et Caseneuve, d'un tri qui permettrait de renvoyer une bonne partie des migrants « chez eux » est assez ridicule. L'étanchéité de frontières hermétiques comme Victor Orban prétend en édifier entre la Hongrie et la Serbie n'est que folie barbare. Et pour ceux qui ne goûtent guère les arguments « moraux », humains ajoutons que le prix de la répression anti-immigration explose dangereusement. Que faire donc ? Se répartir à l'échelle des États membres l'accueil de ces réfugiés qui sont déjà là. Quotas calculés avec une double clé – nombre d'habitants, Pib par tête – ou pas, il faudra de toute façon s'y résoudre et seule une Europe fédérale aurait l'autorité requise pour l'imposer à chacun. Le reste, comme ces chasses à l'homme du côté de Vintimille, ne sont que gesticulations déplacées et inappropriées. Au-delà, l'illusion n'est pas davantage permise. Les conflits, crises et guerres qui martyrisent l'Afrique ne cesseront pas demain matin, quand bien même tous les Européens et non quelques-uns prendraient-t-ils leurs responsabilités contre les criminels islamistes. Ne nous y trompons pas. Le débat, de ce côté de la Méditerranée n'oppose pas des responsables réalistes à de doux rêveurs inconséquents. Le principe de la libre circulation des hommes et des idées doit s'appliquer sans oublier les conditions exceptionnelles qui sont celles de fait du temps de guerre. De l'issue de celle-ci dépend pour une part la solution à un dérèglement incontrôlable des flux migratoires qui contraignent des millions d'êtres humains – 60 millions, record absolu l'an dernier – à partir en quittant tout pour survivre. Le développement partagé, la mise sous contrôle de la crise climatique et la libération de l'Afrique de l'emprise des fous de Dieu sont les seules réponses durables au problème. L'Europe a non seulement le devoir mais aussi les moyens d'y pourvoir. À la condition qu'elle prenne conscience qu'elle ne peut pas faire autrement. L'Europe, oui et encore, l'Europe, toujours.
À LIRE ÉGALEMENT
• Les Grecs font bouger les lignes en Europe
• L'horizon européen… aujourd'hui, demain

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire