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| Otto Kruger dans "Escape in the Fog" (1945) de Budd Boetticher. |
Ainsi, grâce au lanceur d'alertes Wikileaks, est apportée la preuve d'un espionnage permanent, systématique des centres de décisions français par la NSA américaine. Certes, on s'en doutait depuis longtemps mais cette fois le doute n'est pas permis. Paris pas davantage que Berlin ou n'importe quelle capitale européenne n'est à l'abri de la pieuvre tentaculaire qu'ont laissé prospérer les Américains. Sur ce plan, le bilan de l'administration Obama n'a rien à envier à ceux de ses prédécesseurs. Au passage, voilà qui ne manquera pas d'alimenter la défiance envers un pouvoir, des pouvoirs, qui misent, parfois, souvent, sur le secret vis à vis de leurs ressortissants mais dont tous les conciliabules et décisions sont portés dans l'instant à la connaissance de Washington. C'est effectivement intolérable mais le constater, le répéter, ne sert à rien si aucune mesure concrète vérifiable n'accompagne l'indignation démocratique vertueuse.
La riposte si elle doit avoir lieu ne peut être que commune aux Européens. Une résolution de l'ONU condamnant de tels agissements serait sans doute souhaitable. Sans préjuger de son aboutissement, le prochain sommet des 28 est l'occasion d'engager une telle démarche à l'initiative de Paris et de Berlin. Les deux capitales et l'UE y gagneraient en crédibilité. Au-delà de la condamnation des méthodes de voyous des agences de renseignement, au premier rang desquelles figure l'Agence américaine, il s'agirait de proposer sous l'égide des Nations unies, une commission d'enquête indépendante pour faire toute la lumière, cette fois officiellement, sur l'ampleur des dégâts causés à la souveraineté démocratique de tant d’États et par voie de conséquence à celle de la Communauté internationale dans son ensemble. Là, aussi, il faut obtenir une vérification sur place des mesures prises pour mettre fin à cette dérive sans fin car il y va de la crédibilité de l'exercice démocratique du pouvoir et donc de la démocratie elle-même.
Les cabinets noirs ont toujours existé sous toutes les latitudes avec l'illusion qu'ils constituaient au mieux une aide à la décision politique, au pire un moyen de « tenir » les citoyens. L'histoire démontre pourtant qu'ils ne sont d'aucun secours quand un pouvoir illégitime fait face à la vague démocratique qui finit toujours par l'emporter. Vieille croyance fondée sur l'idée que ceux d'en haut domineront d'autant mieux leur petit monde s'ils disposent d'informations confidentielles, seraient-elles volées. Heureusement, il n'en est rien. C'est même le contraire qui est vrai. La légitimité d'une décision tient pour une large part au fait qu'elle ait été prise en toute transparence après débat contradictoire. C'est la condition pour qu'elle puisse être partagée. Alors, sa force démocratique est infiniment plus grande que les coups tordus, les arrangements secrets et toutes les manigances qui sont la marque d'un exercice antidémocratique du pouvoir.
Au plan diplomatique, la situation révélée au grand jour ne bouleversera pas la donne. D'autant que Paris n'a jamais été en reste, avec bien moins de moyens naturellement et c'est heureux. La récente loi sur le renseignement a fait l'objet d'une de ces petites manœuvres indignes dont certains socialistes ne sont pas exempts. Le rapporteur de ladite loi, le très controversé Urvoas, député de Quimper et poisson pilote de son ami Valls, a glissé en douce durant la commission paritaire entre l'Assemblée et le Sénat un amendement qui permettait d'espionner en toute légalité tout ressortissant étranger – diplomates, journalistes, etc. – avant que le gouvernement ne s'y oppose. Voilà qui en dit long sur certaines indignations démocratiques dont celles d'Urvoas contre la NSA. Opposons-leur une autre logique, celle des libertés démocratiques et du contrôle public et transparent des agences de renseignement.
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• Parti pris du 9 août 2013

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