Les chiffres du chômage ont quelque chose d'obscène trente-six mois après l'élection de François Hollande. 3 536 000 demandeurs d'emploi en catégorie A en métropole, plus de 5,5 millions en y incluant ceux qui ont une activité réduite et DOM compris. Le gouvernement et avec lui une partie de la gauche s'approchent dangereusement des 6 millions de chômeurs.
Le constat est de ceux qui ne prêtent pas à discussion. Encore, faut-il expliquer cette spécificité française au sein des pays de l'OCDE, les plus développés de la planète. Tous ou presque connaissent un retour, fût-il encore timide, à la croissance. Tous ou presque voient amorcer une décrue du fléau. La France fait figure d'exception. La marge financière des entreprises s'est améliorée significativement mais rien n'y fait, contrairement au dogme des partisans de la politique de l'offre. Tous les dispositifs gouvernementaux depuis l'automne 2012 s'en inspirent au prix d'une austérité et d'un creusement des déficits concomitants, coûteux pour l'ensemble de la société. Ruineux et inefficaces, ces dizaines de milliards dépensés en pure perte par l'exécutif au seul bénéfice d'un patronat qui ne joue pas le jeu et profite de l'aubaine pour faire travailler plus sans embaucher ni investir.
Le tissu économique, au-delà des grands groupes exportateurs et de quelques vraies PME performantes, est malade comme l'est par voie de conséquence l'ensemble de la société française plombée par une myriade de petites, voire très petites entreprises qui ne sont guère viables et dont le gouvernement laisse entendre qu'elles seraient la clé de l'emploi. À dessein, il les porte à bout de bras au point de faire en sorte que la puissance publique compense, au moins partiellement, des niveaux de salaires anormalement bas. La fusion des dispositifs du RSA et de la prime pour l'emploi, sans aucun doute souhaitable, ne sera financée que sur fonds publics. Le « dialogue » social au niveau régional ne permettra pas l'intervention sur place au sein des « boutiques ». Et il y a pire avec cette décision de prétendue simplification qui aboutit dans le bâtiment et les travaux publics à permettre le travail des mineurs – des enfants ! – jusqu'à dix heures par jour et quarante heures par semaine.
Régression sociale induite par le choix de contraindre la demande pour « libérer » l'offre. Les résultats sont pourtant sans appel en matière d'emploi comme au plan budgétaire. Ils sont mauvais, désespérants, accablants. Le changement de cap n'en est que plus nécessaire même si la majorité des socialistes a paru opter pour la continuité plutôt que pour le changement. On ne redressera pas la situation sans une réduction massive du temps de travail, à 32 heures hebdomadaire en quatre jours. La CGT l'a évoquée mais sans faire campagne pour autant. On n'inversera pas la tendance à la stagnation économique sans augmenter les salaires et le pouvoir d'achat pour soutenir la demande. On ne changera pas la santé au travail sans établir un contrôle social équitable sur les conditions d'emploi. Là résident les bases d'une reconstruction unitaire de la gauche et d'une victoire, encore possible, lors des échéances électorales à venir… pas dans la fuite en avant et les petits calculs misant sur un choix des électeurs par défaut.

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