mardi 26 mai 2015

Irak, Syrie : intervenir sur le terrain !

Habitants de Ramadi fuyant la ville tombée aux mains de l'EI. Photo © Reuters/Stringer



L'État islamique (EI) consolide son emprise sur de larges territoires dont plusieurs cités importantes, engrangeant par ailleurs de nouvelles allégeances et fixant ses prochains objectifs politiques et territoriaux. 

Après Ramadi conquise à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Bagdad et tombée sans grande résistance de l'armée irakienne, ce fut au tour de Palmyre, cité symbole, d'être enlevée aux forces du régime de Damas. Les routes de Bagdad et de Damas en sont ainsi ouvertes en dépit des frappes aériennes de la coalition – plus de 3 000 depuis août 2014. Dans cette conquête du terrain, l'EI se comporte en État constitué avec une direction unifiée. Cela lui permet de récupérer à chaque fois un butin militaire considérable abandonné par ses adversaires et de rétablir rapidement un semblant de vie économique et sociale – avec ses propres normes - lui évitant de se mettre à dos populations et tribus. Les exécutions de civils et militaires pour massives qu'elles soient encore se sont « disciplinées » . On est loin, très loin, du groupe terroriste limité aux coups d'éclat sans lendemain. L'EI est bien un État, un État terroriste, un État barbare mais un État doté d'une administration et d'une armée forte de plusieurs dizaines de milliers de combattants disciplinés. Sa gestion des installations pétrolières en apporte une autre preuve flagrante. Ses réserves financières se comptent désormais en milliards.

Une consolidation qui s'articule à des objectifs politiques plus globaux qui visent d'abord à accentuer son hégémonie sur le camp islamiste dit « radical ».  La multiplication des allégeances extérieures au Califat, du Nigéria à l'Algérie, indique que l'EI a probablement gagné définitivement la partie dans la lutte d'influence qui l'opposait à Al Qaïda. C'est décisif pour le contrôle de tribus, de l'Irak et de la Syrie jusqu'à la Libye et au Yemen, où la loi du plus fort l'emporte toujours sur d'autres considérations. Cela l'est tout autant pour le recrutement de nouveaux djihadistes occidentaux et asiatiques. L'EI affirme qu'elle sera aux portes de l'Europe « rapidement » et qu'elle s'emparera de l'arme nucléaire pakistanaise d'ici un an comme pour revendiquer, au-delà de la propagande, son implantation et l'étendue de l'arc islamiste qu'il dirige. L'EI menace ouvertement tous les États de la Région. L'attentat perpétré en Arabie saoudite le souligne suffisamment. La monarchie théocratique qui règne à Ryad est dans le coeur de cible car elle est « fragile » malgré ses immenses ressources financières. L'Iran, l'autre État de la Région qui n'entend pas laisser l'EI prendre la main, se heurte à un dilemme. Téhéran est partagé entre sa volonté de « normaliser » ses relations avec la Communauté internationale au travers d'un accord sur son programme nucléaire et de « démocratiser » quelque peu son régime interne pour éviter de nouvelles explosions démocratiques, voire sociales et la guerre qu'il lui faut engager contre l'EI qui ne peut profiter qu'aux secteurs les plus conservateurs du régime. Là sont les fondamentaux bien davantage que dans l'opposition multiséculaire entre Sunnites et Chiites.

De nouveaux atermoiements doivent être évités notamment à l'occasion de la prochaine réunion internationale consacrée à la lutte contre l'EI. La stratégie de l'administration américaine qui entendait circonscrire l'incendie tout en comptant sur le seul engagement au sol des pompiers locaux a échoué. La volonté de ne pas trop en faire en Syrie pour ne pas indisposer Poutine a conduit à une situation encore plus dangereuse tant sur le plan militaire que sur le plan politique. Assad affaibli est en sursis mais les oppositions syriennes sont moins crédibles  aujourd'hui qu'hier. Après la Libye et l'Irak, l'expérience syrienne confirme l'impasse des faux-semblants et des solutions formelles sur le papier. Hollande et Fabius avaient, sur ce point, vu juste. Poutine lui même comme les Chinois ne pourront plus s'y dérober bien longtemps. Une intervention massive et prolongée aujourd'hui serait certes plus coûteuse en vies humaines et nécessiterait plus de moyens que précédemment. L'issue politique n'en serait pas davantage garantie tant les « élites » locales ont été laminées sur la durée par les circonstances. Mais cela ne rend pas l'intervention au sol d'une large coalition internationale moins nécessaire et moins souhaitable. Non comme une promenade de santé bien sûr, ni même comme un objectif ponctuel pour les forces spéciales mais comme la seule réponse que l'humanité puisse opposer, sous mandat de l'ONU, à la barbarie de grande ampleur mise en ordre de marche par l'État islamique : l'anéantir !    

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