mercredi 4 juin 2014

Avancer sans faiblir dans la clarté


Avancer sans faiblir dans la clarté
Le Chemin de la Liberté (Laisves kelias), Vilnius, Lituanie (© laisveskelias.lt)


C'est peu dire que la France se trouve à plus d'un titre à la croisée des chemins confrontée aux contraintes qui l'assaillent alors que le compte à rebours est lancé. Le droit à l'erreur s'en trouve de fait réduit.

La marée brune y a atteint le 25 mai un seuil critique et ouvert la perspective d'une marche au pouvoir des fascistes. L'exécutif est affaibli comme jamais auparavant sous la Ve République laissant présager une possible crise de régime avant la fin du quinquennat. Les alternatives institutionnelles de droite à la majorité socialiste sont plus virtuelles que réelles. La gauche au-delà du PS n'est pas en mesure de prendre la main aux socialistes en déshérence. Un constat brut qu'il ne servirait à rien de nier tant le temps presse car cet équilibre de l'impuissance ne durera pas. Des dynamiques de décomposition à l'œuvre naîtra forcément une recomposition politique sur laquelle il importe de peser pour qu'elle s'effectue sur des lignes de forces les plus progressistes possibles et donc le plus à gauche possible. Là réside pour l'essentiel la clé d'une possible et nécessaire recomposition de la gauche et plus généralement du paysage politique.

Les réformes qui sont engagées dans ce contexte ne sont donc pas accessoires parce qu'à travers elles se jouent aussi des enjeux plus généraux. C'est ainsi vrai de la réforme pénale ou plus exactement celle de l'exécution des peines. L'enfermement comme panacée est remis en cause par les faits et ce depuis longtemps sinon toujours. Dès lors, chercher à y substituer des "contraintes" plus efficaces que la prison est évidemment justifié. C'est le sens de la réforme portée par Taubira contre Valls, avec un arbitrage de Hollande à mi-chemin concernant la durée des peines concernées. Ce n'est pas parce qu'une partie de l'opinion – celle qui vote FN en particulier – chauffée à blanc par une droite suicidaire engagée dans une course poursuite avec l'extrême-droite y voit un signe de "laxisme face au crime" qu'il faut renoncer. L'argument d'opportunité sur le thème "au vu de la situation ce n'est pas le moment" n'est pas recevable parce que la gauche ne peut s'autocensurer sans perdre pied.

La réforme territoriale est plus importante encore car de sa réussite ou de son échec dépend pour partie l'ouverture ou non d'une crise de régime particulièrement dangereuse avec un rapport des forces aussi dégradé. La Ve République et sa centralisation bureaucratique autour du pouvoir présidentiel ont fait leur temps. C'est même devenu un des handicaps majeurs du pays en Europe. La réorganisation des territoires autour de grandes métropoles, complétées par des groupements de communes d'au moins 20 000 habitants, de régions enfin européennes par leur taille et l'étendue de leurs compétences et la suppression des entités départementales dépassées forment un tout. Là encore, les arbitrages de Hollande créent la confusion d'autant que le pouvoir avance par étapes rendant la cohérence du projet peu lisible. Les 14 régions envisagées au lieu des 22 actuelles sont encore trop nombreuses et restent parfois trop petites. S'il faut saluer le choix de regrouper Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon par exemple, d'autres choix sont plus contestables en particulier quand il procède d'un recul devant telle ou telle baronnie socialiste.


Cette actualité s'inscrit dans un contexte européen contradictoire. On se réjouira bien sûr de l'arrivée de la Lituanie dans la zone euro et à l'Eurogroupe au 1er janvier 2015. Elle en sera le 19e membre de plein droit. De la même manière, le fait que le pire ait été évité à Kiev et que l'élection présidentielle ait pu se dérouler normalement dans la plus grande partie de l'Ukraine renforcent la crédibilité du partenariat oriental. Mais tout cela est battu en brèche par la confirmation que la reprise est toujours aussi hésitante avec 0,2 % de croissance – contre 0,4 % attendu – au premier trimestre chez les 18. De quoi réduire un peu plus les marges des plus affaiblis dont la France.  Ce d'autant que pour ce qui concerne Paris, le retour de correction sur la copie budgétaire est sévère. Non seulement la Commission met en doute la sincérité des projections et doute de leur aboutissement mais, pour la première fois, elle soulève la question du système éducatif et de ses piètres résultats… comme on le ferait pour un quelconque émergent. Hollande, Valls et les autres doivent mieux faire.

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