Le 1er mai dernier à Paris (© AFP).
Il y a d'abord le fait que cela se passe en France dans un pays qui occupe une place particulière en Europe et dans le monde, en raison de son histoire, fût-elle contrastée. Toute l’Europe retient son souffle parce que Paris est devenue la clé de voûte de la contagion selon qui l'emportera d'eux ou de nous. Il y a le score sans appel – plus d'un suffrage exprimé sur quatre –, son caractère homogène au plan national au moins en métropole – ils sont en tête dans 71 départements, 16 régions. Mais il y a en plus et peut-être surtout sa dimension jeune – 30 % chez les moins de 35 ans. Son ancrage parmi les couches populaires, 43 % chez les ouvriers, 38 % chez les employés, une surreprésentation parmi les sans-diplômes. Le petit "peuple" des salauds est innombrable. Autant de caractéristiques qui soulignent l'ampleur du drame et par contrecoup la difficulté du combat de longue haleine qui s'engage. Rien ne sert donc de mégoter, nous enregistrons une défaite historique comparable à celles subies au siècle dernier en Allemagne ou en Autriche, même si pour l'heure les violences de masse ne sont pas encore à l'ordre du jour, même si pour l'heure les fascistes ne sont pas encore au pouvoir, précisément parce que nous sommes en Europe et que celle-ci constitue à cette heure une protection contre l'ordre noir. Mais attention, tout va très vite comme le souligne l'accélération de la dégradation du rapport des forces entre les élections municipales et ce scrutin européen.
Côté
responsabilité et même si l'histoire en jugera plus sûrement avec le
temps, celle de François Hollande ne saurait être minorée, le
défendrait-t-on naturellement contre l'extrême-droite, aujourd'hui comme
demain. Pour en prendre la mesure, il suffit de rapprocher ces deux
dates, 6 mai 2012, 25 mai 2014. En deux ans à peine, ce pays a perdu
tous ses repères, il est passé d'une victoire sans illusion de la gauche
sur la droite classique à une victoire d'une force nationaliste,
xénophobe et anti-européenne. L'austérité a contribué au succès des
fascistes mais face à eux la gauche qui la dénonçait et proposait
d'autres solutions n'a pas tenu le choc. Ailleurs en Europe, des
politiques comparables n'ont pas produit le même résultat ni en Italie,
ni en Grèce, en Espagne ou au Portugal. Il faut donc chercher au-delà
dans le délitement des valeurs démocratiques, des digues idéologiques
emportées, l'explication de cette résurgence de ce que fut la lâche
adhésion des Français d'alors à Vichy, la montée d'un antisémitisme et
de manière plus générale d'une haine de l'autre que l'on ne retrouve pas
sous cette forme et en tout cas pas à ce niveau dans les autres États
européens. Les « souverainismes » de droite ou de gauche, le patriotisme
d'un autre temps qui se voulaient un frein au phénomène, l'ont en
réalité précipité.
Hollande,
fossoyeur de la gauche, est coupable devant les siens et devant
l'histoire parce que c'est lui qui était aux manettes – et l'est encore
dans une certaine mesure – de cette Ve République qui y aura perdu
jusqu'à sa légitimité démocratique déjà douteuse. Mais un homme ne fait
pas seul le cours de l'histoire à plus forte raison quand celui-ci est
tourmenté et chaotique. Ceux des dirigeants socialistes, voire ceux
d'EELV, qui ont prêté main forte au Président ne peuvent non plus
s'exonérer de leur propre responsabilité. Et certains en rajoutent,
soulignant leur incapacité à comprendre et donc à agir. Valls dit à la
fois qu'il ne changera pas de feuille de route et promet de nouvelles
baisses d'impôt. À quoi bon ? Le secrétaire d’État Le Guen voit déjà "la
dissolution du vote FN" parce qu'ils sont "inutiles"… Aveuglement
irresponsable ! Et combien d'autres parmi ceux qui ont refusé l'unité à
gauche lors des précédents scrutins, qui lui ont préféré le mirage d'une
alliance avec un « centre » introuvable et particulièrement impuissant
dans la situation actuelle. Le PS ne sauvera sa peau et c'est
évidemment nécessaire que si ses militants sont capables de revenir
collectivement aux valeurs de la gauche et de retrouver le chemin de son
unité pour le combat. Les autres courants ne sont pas indemnes de toute
responsabilité en particulier quand, comme Mélenchon et son parti, ils
ont méconnu cette nécessité de l'unité, mais eux n'étaient pas
majoritaires et cela fait une sacrée différence. Tous concernés mais
chacun à son niveau.
Car
aujourd'hui, pour espérer pouvoir résister et vaincre, il faut se
battre dans l'unité. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous en
remettre à un hypothétique changement du cours de la construction
européenne qui serait la cause première de tous nos déboires. L'excuse,
le leurre, le mensonge seraient par trop grossiers. C'est ici et
maintenant qu'il faut changer radicalement la donne en tournant
définitivement la page de l'austérité et en s'attelant aux réformes de
structures notamment territoriales qui s'imposent tant qu'il en est
encore temps. Personne ne le fera en lieu et place du gouvernement,
serait-il remanié et élargi à toute la gauche et à sa majorité
parlementaire. Ce d'autant que nous ne sommes pas dans l'après 21 avril
2002. La riposte de la rue, celle de la jeunesse, avait alors permis de
contrer Le Pen dès l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle et
d'assurer une très large victoire de Chirac. Cette fois, rien de tel
n'est a priori spontanément à l'ordre du jour. Il nous faut l'organiser,
sans doute à une échelle bien plus modeste et de manière unitaire, avec
la conviction que la voix de la raison et de l'honneur l'exige. Il faut
que lorsque le Parlement européen se réunira à Strasbourg, résonne la
désapprobation contre la présence en son sein de quelque 140 prophètes
de haine, de division et de malheur, dont les élus du FN. Ensuite, un
grand congrès européen antifasciste devra être mis à l'ordre du jour
sous une forme appropriée. Européens, nous vaincrons unis.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire