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La
question est d’actualité tant les convulsions qui agitent le dispositif
institutionnel appellent autre chose qu’un simple rafistolage.
Il
y a d’abord cette interpellation par rapport à la situation du pays,
son inadaptation chronique à un monde et à une Europe en pleine mutation
qui fait que lorsque la reprise arrive enfin, la France reste sur le
bord du chemin. L’Observatoire français des conjonctures économiques
(OFCE) en donne la raison « Au
final, la France sort de cette période de six années avec des déficits
accrus et qui restent au-delà de la norme de 3 % du PIB. La purge
budgétaire s'est ainsi avérée peu efficace et d'un coût en termes
d'activité, de situation financière pour les entreprises et de chômage,
disproportionné par rapport aux résultats obtenus ».
Les couples exécutifs Sarkozy Fillon, puis Hollande Ayrault en portent
l’entière responsabilité. Valls en est l’héritier direct, son programme
budgétaire aggravant la note par une politique d’austérité plus dure
encore.
Mais
cette orientation dans la continuité et dans l’obstination par rapport à
ce qui a échoué n’est concevable que parce qu’en France une
Constitution, taillée sur mesure pour le monarque républicain, le rend
« irresponsable » devant l’opinion, comme devant le Parlement durant son
mandat. Lui et ses conseillers peuvent décider de tout et de rien sans
avoir de comptes à rendre ou presque et ils ne s’en privent pas.
Jusqu’au jour du moins où la révolte gronde dans le pays et jusque dans
les travées de l’hémicycle. Les tentatives des députés socialistes,
quelles que soient leurs limites, sont honorables. Réussiraient-ils à
infléchir un tant soit peu le matraquage antisocial de Valls, même à la
marge, que ce ne serait pas inutile. Mais au-delà de cette cohabitation
inédite, chacun sent bien que la logique institutionnelle de la Ve République est profondément ébranlée et qu’une VIe République, démocratique, parlementaire, est souhaitable et nécessaire.
Hollande
lui-même l’acte à sa manière quand il se voit contraint de faire le
ménage à la Cour au lendemain de la débâcle. Espérant se contenter d’un
jeu de chaises musicales, il a pourtant dû lâcher dans l’urgence
Aquilino Morelle, un « petit marquis » qui ne lui était pas rien. Le
problème, c’est que comme pour Cahuzac, c’est lui qui l’avait choisi et
placé au tout premier rang des conseillers du Prince qui gouvernent le
pays dans l’ombre. Aussi, rien d’étonnant à ce que le Président,
affaibli comme aucun de ses prédécesseurs, éprouve un « coup de blues »
en évoquant l’échéance de 2017 pour le cas où il échouerait – une
nouvelle fois – à inverser la courbe du chômage… Tout Prince, fût-il au
sommet de son art de l’intrigue et du coup indirect et souvent tordu,
peut avoir un moment de lucidité. Lui, dont la République irréprochable
se délite sans qu’il puisse enrayer le cours funeste de sa
décomposition, comme les autres.
La
France se trouve en effet dans un entre-deux du déjà plus et du pas
encore. Le ministère Valls, issu de la majorité de gauche de 2012, est
surtout loué par les droites. Les députés socialistes tentent de prendre
la main à ses dépens contre les usages et la lettre d’une Constitution
antidémocratique. La gauche n’en est pas pour autant unie autour des
grands axes d’une politique réellement alternative. Le mouvement social
se déchire à la veille du 1er mai en raison de l’orientation de la
direction de la CFDT. Le particularisme breton s’affirme dans les rues
de Nantes. La campagne en vue des élections européennes n’est même pas
engagée à presque un mois de l’échéance. Un sondage indique que la
poussée alarmante de l’extrême-droite n’est pas pour autant crédible
comme solution de gouvernement aux yeux d’une nette majorité de
Français. Telle est la situation contrastée d’un pays en proie à une
crise profonde, mais où tout n’est pas perdu si à gauche, l’on sait dire
ensemble « Assez ! Voilà ce que nous voulons ».