Valls
n’est pas la gauche. Sitôt « choisi » par Hollande au lendemain de la
débâcle et investi par le Parlement, il met en oeuvre la menace qu’il
représente pour la société, pour la gauche, pour l’Europe, voire pour
les libertés dans ce pays. Valls ment quand il prétend que son plan de
50 milliards d’économies budgétaires n’est pas un plan d’austérité. Il
en porte indiscutablement la marque d’infamie, celle d’une attaque
brutale, cynique et sans précédent contre l’écrasante majorité des
salariés et des retraités de ce pays. Le gel des salaires, des retraites
et de l’essentiel des prestations sociales au moins jusqu’en octobre
2015 ne dit pas autre chose. Il enclencherait une dynamique de
paupérisation généralisée sapant durablement le « modèle » social tel
qu’il existe depuis presque sept décennies. D’autant que le libéral
Valls n’en aurait pas alors fini avec la saignée sociale qu’il entend
imposer au pays, l’étape suivante étant le collectif budgétaire en juin.
Ce
plan d’austérité est tout aussi nocif sur le plan économique parce
qu’il entrave davantage la consommation des ménages et plombe toute
perspective effective de relance. L’Observatoire français des
conjonctures économiques (OFCE) chiffre son coût à au moins 0,2 point de
perte de croissance dès cette année. Or, celle-ci se traîne déjà
lamentablement et l’emploi en serait encore plus dégradé. Sa mise en
oeuvre signifierait en termes de prix l’entrée dans la zone de tous les
dangers où l’économie dans son ensemble peut basculer dans la spirale
déflationniste. Et contrairement aux dires de Valls, de Montebourg ou
même de Mélenchon, l’Europe n’en est pas la cause première car si les
déficits se creusent en France, si la reprise n’y est pas au rendez-vous
comme ailleurs, c’est principalement désormais à cause du
« gaspillage » de dizaines de milliards distribués en pure perte aux
entreprises, sans le moindre ciblage, sans la moindre contrepartie. La
responsabilité en incombe d’abord et avant tout au pouvoir à Paris.
Sans
compter qu’il y a la « méthode ». Celle de Valls n’a rien à envier aux
mœurs classiques des « caudillo » sous d'autres latitudes. Valls est un
adepte du passage en force quitte à bousculer les normes et usages
démocratiques. Il entend ficeler son affaire en une quinzaine, annonces,
débats et votes compris, d’ici au 30 avril. Il y a chez cet individu
pressé du Sarkozy. Dans la cohabitation tripolaire issue de la déroute
électorale, il joue la primauté sans partage. Le locataire de l’Élysée,
quelle que soit sa très lourde responsabilité, voit déjà la menace de
l’arrêté d’expulsion se rapprocher. Le Conseil des ministres bis, celui
de Matignon, regroupant ministres et secrétaires d’État est bien
davantage qu’une simple doublure. Quant à l’Assemblée, elle est vouée à
la prise d’assaut sans ménagement en guise de « contrat de majorité ».
Le recours au 49.3 est dans l’air face à une majorité rétive.
La
gauche, toute la gauche, doit dans ces conditions serrer les rangs pour
battre Valls et l’austérité. Non dans une opposition désincarnée à une
austérité abstraite, supposée venir de Bruxelles, mais dans un refus
catégorique du plan de coupes budgétaires de 50 milliards de Valls. Le
« paquet », serait-il réduit à 35 milliards comme l’envisagent certains
socialistes, qu'il serait juste un peu moins nocif. L’alternative, la
seule, c’est la relance par l’indexation des salaires, pensions et
prestations sociales compensée par l’abandon du Crédit d’impôt pour la
compétitivité et pour l’emploi (CICE) et des autres dispositifs
« d’arrosage » des entreprises, des possédants et du capital. Cela n’est
en rien contradictoire avec une réforme urgente de l’État pour réaliser
des économies sans porter atteinte aux services publics – de 50 à 70
milliards avec la suppression des départements selon l’OCDE. C’est le
seul moyen de réduire les déficits et d’inverser, enfin, la courbe du
chômage.
Le
préalable au redressement réside cependant dans la défaite de Valls
devant le Parlement, le 30 avril. Dans ce contexte, de grandes
manifestations de rue unitaires sont à l’ordre du jour le 1er mai avec
pour seul mot d’ordre partagé « Non au plan d’austérité de Valls ». S’il
s’avisait d’utiliser la veille l’article 49.3 bafouant les libertés
publiques et démocratiques – ce n’est pas exclu quand on connaît le
personnage – le pays basculerait dans une crise politique et
institutionnelle d’une autre nature et il faudrait alors envisager une
vraie grève générale unitaire, autant sociale que politique, avant même
le scrutin européen du 25 mai. Ceux des candidats, notamment socialistes
et EEVL, qui ne se prononceraient pas clairement contre le plan Valls
restant dans l’ambiguïté ou pire assumant une complicité coupable
provoqueraient une déroute plus grande encore que celle des élections
municipales et intercommunales. Tout se joue maintenant dans la clarté
et le sens des responsabilités.
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