vendredi 18 avril 2014

Parti pris n° 79 – 18 avril 2014

Parti pris n° 79 – 18 avril 2014


Le plan d’austérité de Valls est socialement inacceptable et économiquement dangereux. Il doit être combattu par toute la gauche rassemblée. Il doit être rejeté le 30 avril par les députés.

Valls n’est pas la gauche. Sitôt « choisi » par Hollande au lendemain de la débâcle  et investi par le Parlement, il met en oeuvre la menace qu’il représente pour la société, pour la gauche, pour l’Europe, voire pour les libertés dans ce pays. Valls ment quand il prétend que son plan de 50 milliards d’économies budgétaires n’est pas un plan d’austérité. Il en porte indiscutablement la marque d’infamie, celle d’une attaque brutale, cynique et sans précédent contre l’écrasante majorité des salariés et des retraités de ce pays. Le gel des salaires, des retraites et de l’essentiel des prestations sociales au moins jusqu’en octobre 2015 ne dit pas autre chose. Il enclencherait une dynamique de paupérisation généralisée sapant durablement le « modèle » social tel qu’il existe depuis presque sept décennies. D’autant que le libéral Valls n’en aurait pas alors fini avec la saignée sociale qu’il entend imposer au pays, l’étape suivante étant le collectif budgétaire en juin.

Ce plan d’austérité est tout aussi nocif sur le plan économique parce qu’il entrave davantage la consommation des ménages et plombe toute perspective effective de relance. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) chiffre son coût à au moins 0,2 point de perte de croissance dès cette année. Or, celle-ci se traîne déjà lamentablement et l’emploi en serait encore plus dégradé. Sa mise en oeuvre signifierait en termes de prix l’entrée dans la zone de tous les dangers où l’économie dans son ensemble peut basculer dans la spirale déflationniste. Et contrairement aux dires de Valls, de Montebourg ou même de Mélenchon, l’Europe n’en est pas la cause première car si les déficits se creusent en France, si la reprise n’y est pas au rendez-vous comme ailleurs, c’est principalement désormais à cause du « gaspillage » de dizaines de milliards distribués en pure perte aux entreprises, sans le moindre ciblage, sans la moindre contrepartie. La responsabilité en incombe d’abord et avant tout au pouvoir à Paris.

Sans compter qu’il y a la « méthode ». Celle de Valls n’a rien à envier aux mœurs classiques des « caudillo » sous d'autres latitudes. Valls est un adepte du passage en force quitte à bousculer les normes et usages démocratiques. Il entend ficeler son affaire en une quinzaine, annonces, débats et votes compris, d’ici au 30 avril. Il y a chez cet individu pressé du Sarkozy. Dans la cohabitation tripolaire issue de la déroute électorale, il joue la primauté sans partage. Le locataire de l’Élysée, quelle que soit sa très lourde responsabilité, voit déjà la menace de l’arrêté d’expulsion se rapprocher. Le Conseil des ministres bis, celui de Matignon, regroupant ministres et secrétaires d’État est bien davantage qu’une simple doublure. Quant à l’Assemblée, elle est vouée à la prise d’assaut sans ménagement en guise de « contrat de majorité ». Le recours au 49.3 est dans l’air face à une majorité rétive.

La gauche, toute la gauche, doit dans ces conditions serrer les rangs pour battre Valls et l’austérité. Non dans une opposition désincarnée à une austérité abstraite, supposée venir de Bruxelles, mais dans un refus catégorique du plan de coupes budgétaires de 50 milliards de Valls. Le « paquet », serait-il réduit à 35 milliards comme l’envisagent certains socialistes, qu'il serait juste un peu moins nocif. L’alternative, la seule, c’est la relance par l’indexation des salaires, pensions et prestations sociales compensée par l’abandon du Crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi (CICE) et des autres dispositifs « d’arrosage » des entreprises, des possédants et du capital. Cela n’est en rien contradictoire avec une réforme urgente de l’État pour réaliser des économies sans porter atteinte aux services publics – de 50 à 70 milliards avec la suppression des départements selon l’OCDE. C’est le seul moyen de réduire les déficits et d’inverser, enfin, la courbe du chômage.

Le préalable au redressement réside cependant dans la défaite de Valls devant le Parlement, le 30 avril. Dans ce contexte, de grandes manifestations de rue unitaires sont à l’ordre du jour le 1er mai avec pour seul mot d’ordre partagé « Non au plan d’austérité de Valls ». S’il s’avisait d’utiliser la veille l’article 49.3 bafouant les libertés publiques et démocratiques – ce n’est pas exclu quand on connaît le personnage – le pays basculerait dans une crise politique et institutionnelle d’une autre nature et il faudrait alors envisager une vraie grève générale unitaire, autant sociale que politique, avant même le scrutin européen du 25 mai. Ceux des candidats, notamment socialistes et EEVL, qui ne se prononceraient pas clairement contre le plan Valls restant dans l’ambiguïté ou pire assumant une complicité coupable provoqueraient une déroute plus grande encore que celle des élections municipales et intercommunales. Tout se joue maintenant dans la clarté et le sens des responsabilités.   

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