lundi 31 mars 2014

Le jour d’après… Se relever ! Oui, mais comment ?

Le jour d’après… Se relever ! Oui, mais comment ?
Photo © AFP

 
La défaite de la gauche est historique. Les droites l’emportent presque partout. Le FN dépasse tous ses objectifs. Hollande, véritable « fossoyeur » de la gauche, subit une autre défaite sans appel sur le front économique.

« Vague bleue, marée noire et digues emportées », avions-nous dit après le premier tour. Le second confirme et amplifie lourdement la dévastation et le sinistre décompte en dépit des affaires et autres « casseroles » des droites. Le paysage politique du pays s’en trouve bouleversé. 155 villes de plus de 9 000 habitants dont 68 de plus de 30 000 passent de gauche à droite. L’extrême-droite s’empare de 17 villes, 14 pour le FN dont Béziers et le 7e arrondissement de  Marseille et 3 pour la Ligue du Sud. Le Pen, forte de ses 1531 élus, peut poursuivre ses noirs desseins de marche vers le pouvoir. Les métropoles de Lille, Bordeaux, Nantes, Marseille, voire celles de Lyon et Paris, vont basculer dans la foulée. La résistance symbolique de la capitale et de quelques autres grandes cités n’atténue pas l’appréciation générale. Elle la conforte par contraste.

La débâcle ne peut pas être attribuée aux politiques locales des élus sortants, si ce n’est à la marge, ici ou là. Elle est le fait d’une politique injuste et inepte, condamnée par les faits et les chiffres et contre laquelle les Français se sont révoltés. Cette orientation de l’injustice sociale à contresens de l’histoire a été décidée, conduite et aggravée au fil des mois à l’Élysée par un Président sourd aux avertissements et autres arguments contredisant les propositions les plus folles de ses conseillers. Au premier rang de ceux-ci, le banquier fanatique de la théorie de l’offre, Emmanuel Macron, venu de chez Rothschild. Ayrault et ses ministres y ont bien sûr leur part de responsabilité ne serait-ce que parce qu’ils se sont tus même quand ils n’en pensaient pas moins et le laissaient parfois paraître mezzo voce.

Le remaniement est donc indispensable, urgent et devra être de grande ampleur. Mais, dans n’importe quel autre État européen, c’est l’exécutif au plus haut qui aurait des comptes à rendre. Exception française, le Président de la Ve République est à l’abri de ce genre de contingences comme exempt de tout contrôle démocratique durant son mandat. Dans ces circonstances, il faut faire avec et considérer Hollande comme un simple rouage du dispositif institutionnel mais lui contester fermement le fait que tout dépende de lui et de lui seul. Ce temps-là est révolu. Il doit en effet se résoudre au renvoi de Macron et consorts, s’effacer en pratique devant le futur Premier ministre, laisser le gouvernement gouverner et le parti socialiste vivre sa vie. Et demain, il faudra abolir cette anachronique et dangereuse Constitution pour fonder une VIe République européenne, enfin sociale et démocratique. 

Hollande n’a plus la légitimité pour prétendre diriger seul contre tous. Il l’a définitivement perdue. Dans l’histoire de la gauche, il ne pendra pas place dans le sillage de Mitterrand, ni même de Blum, voire de Jospin quelles qu’aient été leurs limites respectives. Non, son action et son bilan évoquent davantage le personnage honni de Guy Mollet. Il avait depuis le 6 mai 2012 tous les leviers pour conduire la politique de gauche, fût-elle bien modérée, à laquelle il s’était engagé. Qu’en a-t-il fait ? Les chiffres définitifs de 2013 le confirment de manière accablante. Les déficits publics s’établissent à 4,3 % du Pib – 3,6 % prévu dans le budget initial –, la dette s’élève à 95,5 % du Pib – plus 2,9 points de Pib en un an malgré des taux bas. C’était prévisible, comme d’autres nous l’avions dit et répété. La reprise des investissements et à plus forte raison celle de l’activité ne sont pas au rendez-vous. Seuls, le chômage et la misère s’envolent.

Un nouveau gouvernement doit donc voir le jour très rapidement. Il ne peut pas être dirigé par Valls car ce serait une provocation ajoutant le mépris à la déroute. Non pas seulement en raison de ses penchants sécuritaires, mais surtout parce qu’il consacrerait une orientation sociale-libérale que le ministre de l’Intérieur avait défendue notamment lors de son escapade à Londres durant les primaires socialistes – 5 % de voix à peine. Valls est incompatible avec la justice sociale, voilà tout. Après, peu importe qui s’installera à Matignon si « son » gouvernement est réellement représentatif de toute la majorité parlementaire et s’il s'engage dans un clair changement de cap. Le rôle de l’Assemblée se trouve en effet remis au premier plan et c’est bien devant elle et elle seule que ce gouvernement sera responsable. Toute autre logique institutionnelle serait suicidaire.

Mais la gauche dans son ensemble ne saurait être quitte pour autant quand bien même Désir et quelques autres débarrasseraient la scène. Elle ne se reconstruira pas sans un examen approfondi et critique de ses pratiques débouchant sur la redéfinition d’une perspective libératrice, qui concerne au premier chef les militants du PS sans en exonérer tous les autres. Le processus des primaires socialistes, armé par Montebourg, a désigné Hollande contre Aubry. Un résultat inverse aurait probablement été obtenu en interne et aurait changé beaucoup de choses pour la suite, sans que l’on puisse réécrire l’histoire. Le ralliement à la Constitution du « coup d’État permanent » outre son caractère antidémocratique avéré démontre sa dangerosité dans des conditions exceptionnelles de crise économique y ajoutant la crise politique. Cette exception française n’est plus soutenable.

Et puis, il y a cette inclinaison coupable à céder aux corporatismes des patrons et de leurs actionnaires dans la version la plus éculée d’une bourgeoisie franchouillarde âpre au gain et représentée par les « délirants » de la CGPME et du MEDEF. Il faut au moins faire machine arrière, vite, revenir aux fondamentaux d’une répartition plus juste des richesses, ceux d’une économie qui tourne parce que ce qui est produit peut être acheté, ceux d’un État qui redistribue et réenclenche l’ascenseur social à la faveur d’une plus grande justice fiscale. Il faut que ce pays s’assume en Europe comme l’alternative aux politiques d’austérité. Au moment où le président de la banque fédérale allemande (Buba) réclame une politique « plus accommodante » de soutien à l’économie de la part de la BCE, non sur les taux qui sont déjà au plus bas, mais par le rachat d’actions souveraines (dettes d’État) ou privées, il serait ahurissant que Paris s’embourbe davantage dans les chemins de traverse du Pacte d’austérité.

Tout cela ne se fera pas en un jour, ni même en cent. Quand survient une catastrophe d’une telle ampleur, ceux qui restent ont le devoir impératif de revisiter ensemble non l’accessoire mais l’essentiel. Une sorte de Constituante pour une refondation à gauche, ouverte et démocratique de tous les militants sans exclusive, sera sans doute nécessaire au bout du chemin. Plus facile à dire qu’à réaliser diront certains. Sans doute ! Mais quelle est l’alternative ? Celle du déshonneur et de la trahison infâmes conduisant à un désastre de plus grande ampleur encore et consistant à prétendre que l’on a compris le message mais que l’on ne changera finalement pas grand-chose sinon rien. Faire mine de tout changer pour ne rien changer serait également un « crime » historique. Tous à gauche sont désormais devant leurs responsabilités. Nous prendrons les nôtres.

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