Steeve Briois, élu dès le premier tour à Hénin-Beaumont (photo © Reuters).
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Le
premier tour des élections municipales et intercommunales est d’abord
un désastre démocratique. Que faire cette semaine et les suivantes pour
réparer les dégâts et nous protéger du pire ?
Cela
était attendu mais pas avec cette ampleur en particulier dans les
allées du pouvoir hollandais. La gauche est sonnée par sa déroute sans
appel. La droite a gagné, totalisant 43,1 % contre 40,8 en 2008 dans les
villes de plus de 10 000 habitants, mais c’est surtout la gauche qui
s’effondre de quelque 10 points, passant de 45,1 en 2008 à 35,2 %
aujourd’hui. Le FN réalise 11 % dans cette même strate qui lui
permettent de se maintenir dans 315 villes. Il arrive même en tête dans
16 d’entre elles et empoche Hénin-Beaumont dès le premier tour. Sans
compter la vague réactionnaire qui submerge les secteurs ruraux. Si l’on
y ajoute un record historique d’abstention de 36,5 %, c’est un paysage
complètement ravagé qui se dessine.
Ravagé,
le pays l’est par la perte de sens démocratique élémentaire chez de
nombreux électeurs. Ravagé, il l’est par une fracture sociale et
territoriale durable qui transforme sa partie sud, à quelques rares
exceptions près, en zone d’occupation brune. D’autres territoires, plus
au nord, sont contaminés mais dans une moindre mesure. Ravagé, il l’est
par une droite UMP cynique qui campe sur un « ni, ni » irresponsable, de
Copé à Juppé. Ravagé, il l’est aux yeux d’une Europe stupéfaite qui
découvre ce qui pourrait advenir le 25 mai si la poussée populiste,
extrémiste, voire fasciste frappait, comme c’est probable, nombre
d’États membres. Bref, le désastre n’est contestable qu’aux yeux de ceux
qui ne veulent rien voir et rien entendre. Les digues emportées étaient
certes fragilisées depuis longtemps, mais rien n’a été fait depuis mai
2012 pour les consolider.
La
question des responsabilités est en effet tout sauf annexe. Il est
clair que l’orientation insensée, mélange d’austérité, d’incompétence et
d’arrogance antisociale, mise en œuvre depuis deux ans en est la cause
principale. Cela détermine l’ordre du jour et les priorités. Parer au
plus pressé d’abord d’ici dimanche prochain et s’atteler aux grands
travaux de remise en ordre dans les toutes prochaines semaines. Si rien
n’est fait, le 25 mai pourrait être pire encore et la question du
pouvoir être alors posée dans des conditions inédites avec l'extrême
droite en embuscade. Personne n’y a intérêt, sauf ceux qui rêvent de
rejouer les années trente du siècle dernier. Il s’en trouve à droite
comme au Front national.
Parer
au plus pressé, c’est interdire la prise de nouvelles mairies par les
troupes de Le Pen, partout où la menace existe d’autant que la dynamique
aidant d’autres mauvaises « surprises » ne sont pas exclues dimanche
prochain. Point besoin pour cela d’invoquer un quelconque « front
républicain ». Ni même d’imaginaires enjeux locaux qui justifieraient la
prise de risques parce que la droite du cru est très proche du FN, ou
parce qu’il n’y a pas de réciprocité ou encore parce que l’on ne peut
pas s’exclure du conseil municipal pour six ans. Ces prétextes ne sont
pas acceptables et conduisent, dans ces conditions particulières, à
prêter main-forte au FN, fût-ce involontairement. Il faut donc voter,
massivement, partout, en faveur du concurrent de l’extrême droite, quel
qu’il soit.
Remettre
ensuite les pendules à l’heure dès la semaine prochaine. Non, la gauche
n’a jamais voté pour la politique à contresens de Hollande. Celui-ci,
comme il invitait lui-même Mitterrand à le faire, doit commencer par
« se réformer » lui-même. Cela passe par le renvoi des conseillers de
l’ombre, à l’image du banquier Macron tenant de la prétendue « realéconomie »
qui n’est rien d’autre qu’une vision extrémiste de droite des champs
économiques et sociaux. Le gouvernement doit être remanié en profondeur
dans son architecture même. Il doit être désormais et enfin
représentatif de la majorité de gauche de l’Assemblée, autrement dit
réellement unitaire et responsable devant elle et elle seulement. Il
devra en effet assumer un changement de cap sans ambiguïté et ne peut
être à ce titre dirigé que par une femme ou un homme clairement ancré à
gauche.
Changement
de cap en faveur d’une vigoureuse relance pour l’emploi à l’opposé de
ces 50 milliards de coupes budgétaires compensant les cadeaux faits en
pure perte au patronat. Changement de cap par l’abandon de la
perspective inaccessible et austéritaire du Pacte européen fixant comme
objectif 0,5 % de déficit structurel à l’horizon 2018. Changement de cap
en matière sociale par une réforme fiscale juste qui, à prélèvements
constants, assurerait une plus grande redistribution à la faveur d’une
plus forte progressivité de l’impôt des particuliers comme des
entreprises. Changement de cap démocratique par une réforme de l’État et
de l’organisation des territoires qui simplifierait le mille-feuille
administratif et opposerait à la montée des identités locales de
l’exclusion, les avantages des métropoles, de l’intercommunalité assumée
et de collectivités efficaces.
À
partir de là, tout peut redevenir envisageable. Ce pays, pas plus
qu’aucun autre en Europe, n’est condamné à subir le joug de droites
extrémistes. Il n’est pas davantage destiné à un déclin inexorable le
ravalant à n’être qu’une pauvre province européenne déclassée. À la
condition qu’il surmonte l’épreuve, qu’il se ressaisisse et ne s’en
remette pas à la femme ou à l’homme providentiel qui n’a jamais existé.
Hollande, malgré son bilan calamiteux, peut y contribuer s’il parle
enfin et sur une ligne de rupture. Il est l’un des éléments du
dispositif institutionnel de résistance. Plus sûrement, les partis de
gauche en ont la responsabilité. Pour peu que tous adoptent un cours
unitaire respectueux des différences démocratiques, les uns abandonnant
leur arrogance coupable, les autres leur isolement commode, tous
renonçant à leur propension à diviser là où il faut rassembler. Voilà le
contenu pratique d’une aspiration partagée à « arrêter les
conneries » !
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