vendredi 21 février 2014

Où va l’Ukraine ? Que peut l’Europe ?

Où va l’Ukraine ? Que peut l’Europe ?
Devant le Parlement de Kiev. Photo © AFP/JIJI

Les centaines de victimes tuées ou blessées par balle à Kiev dans le périmètre de la place de l’Indépendance, Maïdan,disent l’extrême urgence de la situation. L’UE, avec Berlin et Paris, joue avec raison la carte d’une médiation politique entre un pouvoir aux abois et une opposition peu fiable.

Les images des tueries par snipers interposés rappellent celles des Balkans aux heures les plus sombres. C’est l’épilogue provisoire d’une mobilisation de trois mois des Ukrainiens, tout à la fois contre la corruption du régime et contre le refus de Ianoukovitch – Président élu en 2010 – de signer le partenariat stratégique négocié avec l’Union européenne. Le pays est exsangue, même s’il reste debout, mobilisé et déterminé. L’ancienne Première ministre, Timoshenko, surnommée « la Princesse du gaz », battue en 2010 par Ianoukovitch, est emprisonnée. L’opposition institutionnelle est incertaine, divisée entre ses composantes européennes et les nationalistes. Elle n’est de plus que partiellement représentative des centaines de milliers d’hommes et de femmes, parmi lesquels beaucoup de Jeunes, qui se battent pour Maïdan.  Le sang versé à plus d’un titre pour l’Europe ne doit pas l’avoir été en vain.

L’Ukraine, héritage d’une histoire tourmentée et d’une géographie contraignante conjugue par la force des choses des liens de coopération souvent teintés de dépendance envers ses puissants alliés, la Russie de Poutine et l’Union européenne de ses autres voisins.  Elle fait ainsi face aux exigences d’un Poutine qui veut des contreparties pour l’aide qu’il lui apporte malgré tout – ligne de crédit et fourniture d’énergie. Ce dernier en a fait une des pièces de son projet d’Union eurasiatique, alternatif à celui de l’UE, et il entend conserver ses « facilités » par rapport à la base navale de Sébastopol sur la Mer noire. Il s’est opposé au partenariat oriental proposé par Bruxelles et a obtenu de Ianoukovitch, qui n’a rien à lui refuser, un revirement qui a allumé la mèche. Bruxelles se doit donc de tendre une main plus fraternelle et solidaire à Kiev dans la perspective d’une intégration future.

Ianoukovitch, personnage louvoyant et butté, est aux abois et son pouvoir affaibli. Si la contestation quasi insurrectionnelle se concentre sur Maïdan, le feu couve aussi dans le reste du pays, à l’Ouest notamment et à Lviv en particulier. Ianoukovitch a démis le chef d’état-major mercredi parce que celui-ci refusait de lui prêter main-forte. L’armée hésite en effet à se lancer dans une aventure incertaine qui ruinerait sa respectabilité et son projet de modernisation. Il ne contrôle plus la Rada – Parlement - après des défections parmi les siens, ce qui a permis, cette nuit, l’annulation des mesures dites « antiterroristes » et un vote « contre l’emploi de la force ». Le Maire de Kiev a lui aussi quitté le parti présidentiel pour protester contre la répression. Les troupes du ministère de l’Intérieur – plusieurs dizaines de milliers d'hommes – ne lui permettent pas de contrôler un pays de 46 millions d’habitants.

La feuille de route mise sur la table et âprement défendue par les trois ministres européens dans ce contexte n’est guère contestable. Arrêt des violences principalement imputables au pouvoir, nouveau gouvernement de transition, réforme constitutionnelle pour un retour au texte de 2004, élections anticipées - présidentielle et parlementaire. C’est la solution politique qui ménage une porte de sortie pour Poutine, invité à lâcher un protégé devenu un poids mort. Mais, rien ne permet d’anticiper une réaction favorable de Moscou avec le risque toujours présent du pire sur le terrain et d’une perte de contrôle de la situation. Les sanctions décidées par Bruxelles comme par Ottawa – interdiction de visa et gel des avoirs pour les responsables des tueries – sont généralement efficaces contre les corrompus. Sans compter la menace d’éventuelles poursuites pénales internationales.

L’action diplomatique peut donc encore se déployer même si chacun a compris que les institutions dédiées de l’UE demeuraient bien peu de chose par rapport au poids lourd franco-allemand entré en action à l’initiative de Merkel. Au-delà, cette crise européenne n’a pas jusqu’alors mobilisé l’opinion démocratique dans l’Union et c’est évidemment un problème majeur. Tout simplement parce que tous les Européens sont concernés au premier chef et parce que les populistes, nationalistes et autres extrémistes de droite, à l’instar du FN en France, sont bien sûr aux côtés de Poutine. Il n’est donc que temps de rattraper un incompréhensible retard à l’allumage en solidarité avec les Ukrainiens de Maïdan. Cela vaut pour la cérémonie de clôture du grand cirque olympique de Sotchi où les fédérations sportives et les athlètes sont au pied du mur. Cela vaut tout autant dans chaque cité européenne d’un bout à l’autre de l’Europe des 28. 

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