Devant le Parlement de Kiev. Photo © AFP/JIJI
Les images des tueries par snipers
interposés rappellent celles des Balkans aux heures les plus sombres.
C’est l’épilogue provisoire d’une mobilisation de trois mois des
Ukrainiens, tout à la fois contre la corruption du régime et contre le
refus de Ianoukovitch – Président élu en 2010 – de signer le partenariat
stratégique négocié avec l’Union européenne. Le pays est exsangue, même
s’il reste debout, mobilisé et déterminé. L’ancienne Première ministre,
Timoshenko, surnommée « la Princesse du gaz », battue en 2010 par
Ianoukovitch, est emprisonnée. L’opposition institutionnelle est
incertaine, divisée entre ses composantes européennes et les
nationalistes. Elle n’est de plus que partiellement représentative des
centaines de milliers d’hommes et de femmes, parmi lesquels beaucoup de
Jeunes, qui se battent pour Maïdan. Le sang versé à plus d’un titre
pour l’Europe ne doit pas l’avoir été en vain.
L’Ukraine,
héritage d’une histoire tourmentée et d’une géographie contraignante
conjugue par la force des choses des liens de coopération souvent
teintés de dépendance envers ses puissants alliés, la Russie de Poutine
et l’Union européenne de ses autres voisins. Elle fait ainsi face aux
exigences d’un Poutine qui veut des contreparties pour l’aide qu’il lui
apporte malgré tout – ligne de crédit et fourniture d’énergie. Ce
dernier en a fait une des pièces de son projet d’Union eurasiatique,
alternatif à celui de l’UE, et il entend conserver ses « facilités » par
rapport à la base navale de Sébastopol sur la Mer noire. Il s’est
opposé au partenariat oriental proposé par Bruxelles et a obtenu de
Ianoukovitch, qui n’a rien à lui refuser, un revirement qui a allumé la
mèche. Bruxelles se doit donc de tendre une main plus fraternelle et
solidaire à Kiev dans la perspective d’une intégration future.
Ianoukovitch,
personnage louvoyant et butté, est aux abois et son pouvoir affaibli.
Si la contestation quasi insurrectionnelle se concentre sur Maïdan, le
feu couve aussi dans le reste du pays, à l’Ouest notamment et à Lviv en
particulier. Ianoukovitch a démis le chef d’état-major mercredi parce
que celui-ci refusait de lui prêter main-forte. L’armée hésite en effet à
se lancer dans une aventure incertaine qui ruinerait sa respectabilité
et son projet de modernisation. Il ne contrôle plus la Rada
– Parlement - après des défections parmi les siens, ce qui a permis,
cette nuit, l’annulation des mesures dites « antiterroristes » et un
vote « contre l’emploi de la force ». Le Maire de Kiev a lui aussi
quitté le parti présidentiel pour protester contre la répression. Les
troupes du ministère de l’Intérieur – plusieurs dizaines de milliers
d'hommes – ne lui permettent pas de contrôler un pays de 46 millions
d’habitants.
La
feuille de route mise sur la table et âprement défendue par les trois
ministres européens dans ce contexte n’est guère contestable. Arrêt des
violences principalement imputables au pouvoir, nouveau gouvernement de
transition, réforme constitutionnelle pour un retour au texte de 2004,
élections anticipées - présidentielle et parlementaire. C’est la
solution politique qui ménage une porte de sortie pour Poutine, invité à
lâcher un protégé devenu un poids mort. Mais, rien ne permet
d’anticiper une réaction favorable de Moscou avec le risque toujours
présent du pire sur le terrain et d’une perte de contrôle de la
situation. Les sanctions décidées par Bruxelles comme par Ottawa –
interdiction de visa et gel des avoirs pour les responsables des tueries
– sont généralement efficaces contre les corrompus. Sans compter la
menace d’éventuelles poursuites pénales internationales.
L’action
diplomatique peut donc encore se déployer même si chacun a compris que
les institutions dédiées de l’UE demeuraient bien peu de chose par
rapport au poids lourd franco-allemand entré en action à l’initiative de
Merkel. Au-delà, cette crise européenne n’a pas jusqu’alors mobilisé
l’opinion démocratique dans l’Union et c’est évidemment un problème
majeur. Tout simplement parce que tous les Européens sont concernés au
premier chef et parce que les populistes, nationalistes et autres
extrémistes de droite, à l’instar du FN en France, sont bien sûr aux
côtés de Poutine. Il n’est donc que temps de rattraper un
incompréhensible retard à l’allumage en solidarité avec les Ukrainiens
de Maïdan. Cela vaut pour la cérémonie de clôture du grand cirque
olympique de Sotchi où les fédérations sportives et les athlètes sont au
pied du mur. Cela vaut tout autant dans chaque cité européenne d’un
bout à l’autre de l’Europe des 28.
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