L’Afrique
d’abord en raison de la disparition de Mandela, de l’intervention de
Paris en Centrafrique et de la promesse de développement qui se dessine
sur le continent. D’autres signes ensuite...
Nelson
Mandela (1918 – 2013) n'est plus. La disparition de Madiba est pleurée
par le peuple arc-en-ciel d’Afrique du sud pour qui il restera le
symbole de ses souffrances, de sa marche vers la Libération et les
premières conquêtes démocratiques contre l’apartheid. Rare moment de
rassemblement de l’humanité pour rendre hommage à l’un des siens qui a
porté la dignité humaine dans le combat pour la justice et la paix à
incandescence. Madiba n’a jamais renié les siens et ses racines. Mandela
fut un homme comme les autres, simplement porteur dans des
circonstances exceptionnelles du meilleur. Il laisse à ce titre le
souvenir d’une grande conscience africaine et universelle. Respect en
effet.
En
Centrafrique, la situation était devenue « intenable » comme elle le
fut souvent depuis 1960 et cette indépendance par laquelle le
colonisateur maintenait son pouvoir par d’autres moyens. Et Paris
intervient militairement... une fois encore pour éviter une catastrophe
humanitaire et une déstabilisation des États voisins. Sans doute, mais
même avec un mandat unanime du Conseil de sécurité des Nations unies, la
France assume seule et c’est assez insensé. Aucun État n’a vocation à
se substituer à tous les autres, à plus forte raison aujourd’hui et
quand l’urgence politique n’a rien à voir avec ce qu’elle était au Mali
face aux groupes islamistes. Car, quand bien même l’intervention
Sangaris stabiliserait la situation sur le plan sécuritaire, elle n’est
pas de nature à offrir autre chose qu’un répit.
Les
questions lancinantes demeurent. Pourquoi l’Europe et l’Onu, à des
niveaux de gouvernance distincts, ne parviennent-elles pas à se doter
des moyens de « simple police » pour faire face à des situations de ce
genre ? Pourquoi la France, héritière d’un vieil empire colonial, se
croit-elle toujours obligée de dépêcher ses troupes, d’ailleurs
stationnées sur place, dans ce qui fut « son pré carré » ? L’impasse de
long terme n’est pas vraiment contestable. Car la sortie du
sous-développement, des tensions et crises ethniques ou
interreligieuses, se joue sur un tout autre terrain. La partie de
l’Afrique colonisée par la République française y est moins bien
préparée que d’autres territoires africains. C’est un fait.
Dans
le même temps où un sommet diplomatique formel se réunit à Paris,
d’autres réalités émergent, celles d’un développement réel au plan
économique, au plan social et par voie de conséquence démocratique. Un
quart des États africains affiche désormais des taux de croissance
comparables à ceux des émergents asiatiques ou latino-américains hier,
autour de 7 ou 8 % l’an. Les élites vilipendées laissent alors la place à
des « classes » ou « couches » moyennes plus nombreuses, éduquées et
désireuses de sortir des ornières d’antan. Les convulsions
antidémocratiques et autres coups d’État à répétition s’effacent au
profit de la construction d’Etats plus démocratiques. C’est vers cette
réalité, cette rupture prometteuse, qu’il faut se tourner et elle est en
contradiction avec les expéditions militaires solitaires.
Et
puis, il y a le reste. Une actualité européenne qui s’emballe à Kiev où
pour ne pas être un « nouveau Staline » comme le dit Timochenko, autres
temps autres réalités, Ianoukovitch n’en est pas moins un obstacle
majeur sur la voie de l’avenir européen de l’Ukraine. Une Europe qui
fait encore rêver et tant mieux en dépit de statistiques affligeantes
qui soulignent qu’environ 125 millions de citoyens de l’UE sont sous le
joug menaçant de la pauvreté et de l’exclusion. Une Europe où le retour à
la croissance se traîne quand les États-Unis grimpent désormais à 3,6 %
en rythmes annualisés. En 2014, la Grande-Bretagne ferait 2,5 %,
l’Allemagne 1,7... et la France moins de 1 %. La
France, homme malade de l’UE, dont les symptômes successifs –
classement Pisa, corruption, travail non déclaré... - soulignent les
maux multiples et qui prétend pourtant agir, seule, avec « les
Africains », terme générique pour le moins ambigu.
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