vendredi 6 décembre 2013

Parti pris du 6 décembre 2013

Image du Blog najatehaie.centerblog.net 
L’Afrique d’abord en raison de la disparition de Mandela, de l’intervention de Paris en Centrafrique et de la promesse de développement qui se dessine sur le continent. D’autres signes ensuite...

Nelson Mandela (1918 – 2013) n'est plus. La disparition de Madiba est pleurée par le peuple arc-en-ciel d’Afrique du sud pour qui il restera le symbole de ses souffrances, de sa marche vers la Libération et les premières conquêtes démocratiques contre l’apartheid. Rare moment de rassemblement de l’humanité pour rendre hommage à l’un des siens qui a porté la dignité humaine dans le combat pour la justice et la paix à incandescence. Madiba n’a jamais renié les siens et ses racines. Mandela fut un homme comme les autres, simplement porteur dans des circonstances exceptionnelles du meilleur. Il laisse à ce titre le souvenir d’une grande conscience africaine et universelle. Respect en effet.
  
En Centrafrique, la situation était devenue « intenable » comme elle le fut souvent depuis 1960 et cette indépendance par laquelle le colonisateur maintenait son pouvoir par d’autres moyens. Et Paris intervient militairement... une fois encore pour éviter une catastrophe humanitaire et une déstabilisation des États voisins. Sans doute, mais même avec un mandat unanime du Conseil de sécurité des Nations unies, la France assume seule et c’est assez insensé. Aucun État n’a vocation à se substituer à tous les autres, à plus forte raison aujourd’hui et quand l’urgence politique n’a rien à voir avec ce qu’elle était au Mali face aux groupes islamistes. Car, quand bien même l’intervention Sangaris stabiliserait la situation sur le plan sécuritaire, elle n’est pas de nature à offrir autre chose qu’un répit.

Les questions lancinantes demeurent. Pourquoi l’Europe et l’Onu, à des niveaux de gouvernance distincts, ne parviennent-elles pas à se doter des moyens de « simple police » pour faire face à des situations de ce genre ? Pourquoi la France, héritière d’un vieil empire colonial, se croit-elle toujours obligée de dépêcher ses troupes, d’ailleurs stationnées sur place, dans ce qui fut « son pré carré » ? L’impasse de long terme n’est pas vraiment contestable. Car la sortie du sous-développement, des tensions et crises ethniques ou interreligieuses, se joue sur un tout autre terrain. La partie de l’Afrique colonisée par la République française y est moins bien préparée que d’autres territoires africains. C’est un fait.

Dans le même temps où un sommet diplomatique formel se réunit à Paris, d’autres réalités émergent, celles d’un développement réel au plan économique, au plan social et par voie de conséquence démocratique. Un quart des États africains affiche désormais des taux de croissance comparables à ceux des émergents asiatiques ou latino-américains hier, autour de 7 ou 8 % l’an. Les élites vilipendées laissent alors la place à des « classes » ou « couches » moyennes  plus nombreuses, éduquées et désireuses de sortir des ornières d’antan. Les convulsions antidémocratiques et autres coups d’État à répétition s’effacent au profit de la construction d’Etats plus démocratiques. C’est vers cette réalité, cette rupture prometteuse, qu’il faut se tourner et elle est en contradiction avec les expéditions militaires solitaires.

Et puis, il y a le reste. Une actualité européenne qui s’emballe à Kiev où pour ne pas être un « nouveau Staline » comme le dit Timochenko, autres temps autres réalités, Ianoukovitch n’en est pas moins un obstacle majeur sur la voie de l’avenir européen de l’Ukraine. Une Europe qui fait encore rêver et tant mieux en dépit de statistiques affligeantes qui soulignent qu’environ 125 millions de citoyens de l’UE sont sous le joug menaçant de la pauvreté et de l’exclusion. Une Europe où le retour à la croissance se traîne quand les États-Unis grimpent désormais à 3,6 % en rythmes annualisés. En 2014, la Grande-Bretagne ferait 2,5 %, l’Allemagne 1,7... et la France moins de 1 %. La France, homme malade de l’UE, dont les symptômes successifs – classement Pisa, corruption, travail non déclaré... - soulignent les maux multiples et qui prétend pourtant agir, seule, avec « les Africains », terme générique pour le moins ambigu.

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