| © RIA Novosti/Artur Alexandrov |
La
prostitution et la marchandisation des corps sont à l’ordre du jour du
Parlement avec la proposition salutaire du gouvernement visant à
pénaliser les « clients ». Abolitionniste de toujours nous sommes et le
restons.
La ténacité de quelques associations féministes combinée à celle de la ministre des Droits
des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a
abouti à la proposition de loi dont est enfin saisi le Parlement. Le
recours à une transaction sexuelle tarifée ne serait plus « toléré » par
la société et entraînerait une amende de 1 500 euros pour les
contrevenants, doublée en cas de récidive. La lutte contre l’esclavage
sexuel - le plus souvent violence faîte aux femmes désormais immigrées
dans leur grande majorité - n’est pas contestable ni dans son principe,
ni dans son actualité. Une qualification de délit avec à la clé une
sanction plus lourde qu’une simple contravention paraît même
souhaitable, ici et maintenant, demain et dans l’ensemble de l’UE
ensuite.
Tout
y pousse. La nécessité de l’éducation en particulier qui vise à changer
le regard social sur ces pratiques qui pour être multiséculaires n’en
sont pas moins répréhensibles parce qu’elles sont en tout point
contraires aux Droits humains élémentaires et à une perspective
d’émancipation sociale. Une société qui tolère la prostitution, après
l’avoir encouragée sous divers prétextes, ne saurait être libre,
vivable, attractive, l’esclavage s’exercerait-il aux marges de ladite
société. C’est à nos yeux suffisant pour fonder la répression contre
ceux qui « vont aux putes » comme ils disent et à plus forte raison
contre ceux qui en font commerce.
Cet
enjeu social ne saurait être mis en balance avec les situations de
détresse dans lesquelles se trouvent les prostitués. Arguer d’une
précarité plus grande des victimes parce que ce type d’activité ne
serait plus toléré dans l’espace public revient à prôner la complaisance
à l’égard du crime pour qu’il devienne juste un peu moins barbare. S’il
faut aider les prostitués à s’en sortir, il n’y a pas d’autre moyen de
le faire sur le long terme que de poursuivre efficacement clients et
proxénètes. Le travail nécessaire de première urgence n’est en rien
contradictoire avec une remise en cause radicale du crime. Les deux
démarches sont complémentaires.
S’y
ajoutent d’autres canaux d’une marchandisation des corps qui sont tout
aussi inacceptables dans une société qui aspire à l’égalité, aux
libertés et à la solidarité. La gestation pour autrui doit ainsi rester
formellement interdite et susceptible de poursuites faute de voir
s’imposer une subversion des mots qui voudrait que l’on ait accès à un
« droit à l’enfant »... achetable. C’est la raison pour laquelle la
procréation médicalement assistée ne peut être elle-même que gratuite et
relever de la santé publique. Il n’en va pas autrement des tentatives
inquiétantes pour breveter « le vivant » au nom de la rentabilité
financière. Les droits humains sont en effet d’une essence sociale
supérieure à tous les calculs mercantiles. Ils doivent le rester en
droit comme dans les faits.
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