À Kiev dimanche dernier. Photo © AP Photo/S. Grits.
Kiev
qui a connu le dernier week-end une nouvelle manifestation monstre avec
quelque 300 000 participants. Cela fait plus d’un mois maintenant que
les Ukrainiens, ceux de la partie occidentale comme ceux de la partie
orientale, exigent le départ de Ianoukovitch perçu comme l’homme de
Poutine, chez qui il se rend d’ailleurs aujourd’hui pour « renforcer le partenariat stratégique ».
L’Europe n’a parlé ni haut ni clair pour dire aux Ukrainiens qu’elle
était à leurs côtés, ni même et à plus forte raison pour fixer un
horizon commun, celui de l’intégration et de l’élargissement. Comble de
l’ironie en quelque sorte, c’est un sénateur américain, McCain, qui l’a
fait à sa manière. La voix en pareil cas est pourtant décisive parce
qu’elle préserve le présent comme l’avenir.
Ankara avec
laquelle la Commission a, enfin, signé l’accord qui ouvre la voie à la
suppression des visas pour les citoyens turcs se rendant en Europe et
c’est heureux. Hier encore, tout ce que l’Europe compte de forces
réactionnaires s’y opposait au nom du fantasme d’une immigration
économique incontrôlable. Bruxelles attend en retour d’Ankara le
verrouillage à double tour de ses frontières... « extérieures ». On
cherche ainsi à « externaliser » la maîtrise des flux migratoires alors
que cela n’a jamais marché même du temps où ce rôle de supplétif était
attribué à Khadafi. Mieux vaudrait se rendre à l’évidence et négocier
les termes d’une intégration de plein droit de la Turquie à l’UE dont
les deux parties ont tout à gagner. Ankara, toujours candidate, s’y dit
prête. Bruxelles, sur la défensive, se dérobe.
Berlin
qui voit la coalition droites gauche se mettre en place trois mois
après la victoire de Merkel et l’échec du SPD – au plus bas depuis 1949.
Cette issue n’est pas infamante pour les sociaux-démocrates parce que,
cette fois, ils ont vendu chèrement leur participation. C’est le cas au
plan social comme au plan de la politique d’immigration même si les
données objectives militaient en ce sens. Le futur SMIC allemand sera,
par exemple, un point d’appui supplémentaire pour exiger un SMIC
européen de niveau comparable. Reste l’Europe justement où les deux
parties et leur candidat commun à la présidence de la Commission, Martin
Schulz, partagent la même conception négative. Faire de l’Europe une
projection du « modèle » allemand n’a pas davantage de sens que
prétendre faire de l’Europe une « grande » France, voire l’extension
d’un hypothétique compromis entre les deux États et leurs « Cultures »
respectives. L’Europe est plurielle et doit s’inventer un autre modèle
d’intégration fédéraliste, social et démocratique.
Madrid où
se tenait le congrès du parti de la gauche européenne (PGE) qui
rassemble la plupart des forces qui aspirent à un réel changement à
gauche. Mélenchon et ses camarades s’en retirent. Ils ne voulaient pas
de la reconduction de Pierre Laurent à la tête de la présidence
collégiale du PGE. Dans le même temps, ils se livrent à une attaque
insensée à l’endroit du SPD dont 78 % des quelque 475 000 membres ont
ratifié l’accord de coalition. « Nouveaux caniches de Merkel », disent-ils estimant qu’à Berlin comme à Paris « les sociaux-démocrates sont la camisole de force des peuples ».
Tout, absolument tout, nous oppose à cette manière de traiter des
divergences politiques à gauche. Partisans de l’unité parce qu’elle est
objectivement nécessaire et suppose donc que l’on se batte pour en
réunir les conditions, nous condamnons ces propos irresponsables. Nous
combattrons pour l’unité jusqu’au sein d’un Parlement probablement
plombé demain par ses membres affiliés à l’extrême-droite.
Paris où
la crise politique se poursuit inexorablement. À propos de l’accord sur
la formation professionnelle, qualifié d’« historique », alors qu’il
n’assure aucunement le contrôle public des 32 milliards de fonds qui y
sont consacrés et que l’on pourra, au mieux, cumuler en presque une
décennie un droit à formation d’environ un mois... en Europe au XXIe
siècle ! L’élargissement du nombre des entreprises assujetties à
cotisation est une bien faible compensation. C’est pire à propos de
l’intégration parce que dans la foulée du Président, tous se précipitent
pour savonner la pente d’Ayrault, accusé de la mise en ligne d’un
rapport non conventionnel. Or, celui-ci, pour discutable voire
condamnable que soit telle ou telle de ses nombreuses
« préconisations », a le mérite d’interroger un modèle prétendument
d’intégration unique, daté, isolé en Europe et qui ne fonctionne pas ou
plus. Se boucher les yeux et les oreilles pour éviter « les emmerdements qui volent toujours en escadrille », comme disait Chirac, n’avance pourtant à rien.
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