mardi 17 décembre 2013

L’Europe... à Kiev, Ankara, Berlin, Madrid et Paris

L’Europe... à Kiev, Ankara, Berlin, Madrid et Paris
À Kiev dimanche dernier. Photo © AP Photo/S. Grits.

L’Europe, comme le fil rouge non pas de tout ce qui se passe sur la planète, évidemment, mais de beaucoup d’évènements significatifs et porteurs de sens pour demain.

Kiev qui a connu le dernier week-end une nouvelle manifestation monstre avec quelque 300 000 participants. Cela fait plus d’un mois maintenant que les Ukrainiens, ceux de la partie occidentale comme ceux de la partie orientale, exigent le départ de Ianoukovitch perçu comme l’homme de Poutine, chez qui il se rend d’ailleurs aujourd’hui pour « renforcer le partenariat stratégique ». L’Europe n’a parlé ni haut ni clair pour dire aux Ukrainiens qu’elle était à leurs côtés, ni même et à plus forte raison pour fixer un horizon commun, celui de l’intégration et de l’élargissement. Comble de l’ironie en quelque sorte, c’est un sénateur américain, McCain, qui l’a fait à sa manière. La voix en pareil cas est pourtant décisive parce qu’elle préserve le présent comme l’avenir.

Ankara  avec laquelle la Commission a, enfin, signé l’accord qui ouvre la voie à la suppression des visas pour les citoyens turcs se rendant en Europe et c’est heureux. Hier encore, tout ce que l’Europe compte de forces réactionnaires s’y opposait au nom du fantasme d’une immigration économique incontrôlable. Bruxelles attend en retour d’Ankara le verrouillage à double tour de ses frontières... « extérieures ». On cherche ainsi à « externaliser » la maîtrise des flux migratoires alors que cela n’a jamais marché même du temps où ce rôle de supplétif était attribué à Khadafi. Mieux vaudrait se rendre à l’évidence et négocier les termes d’une intégration de plein droit de la Turquie à l’UE dont les deux parties ont tout à gagner. Ankara, toujours candidate, s’y dit prête. Bruxelles, sur la défensive, se dérobe.

Berlin qui voit la coalition droites gauche se mettre en place trois mois après la victoire de Merkel et l’échec du SPD – au plus bas depuis 1949. Cette issue n’est pas infamante pour les sociaux-démocrates parce que, cette fois, ils ont vendu chèrement leur participation. C’est le cas au plan social comme au plan de la politique d’immigration même si les données objectives militaient en ce sens. Le futur SMIC allemand sera, par exemple, un point d’appui supplémentaire pour exiger un SMIC européen de niveau comparable. Reste l’Europe justement où les deux parties et leur candidat commun à la présidence de la Commission, Martin Schulz, partagent la même conception négative. Faire de l’Europe une projection du « modèle » allemand n’a pas davantage de sens que prétendre faire de l’Europe une « grande » France, voire l’extension d’un hypothétique compromis entre les deux États et leurs « Cultures » respectives. L’Europe est plurielle et doit s’inventer un autre modèle d’intégration fédéraliste, social et démocratique.

Madrid  où se tenait le congrès du parti de la gauche européenne (PGE) qui rassemble la plupart des forces qui aspirent à un réel changement à gauche. Mélenchon et ses camarades s’en retirent. Ils ne voulaient pas de la reconduction de Pierre Laurent à la tête de la présidence collégiale du PGE. Dans le même temps, ils se livrent à une attaque insensée à l’endroit du SPD dont 78 % des quelque 475 000 membres ont ratifié l’accord de coalition. « Nouveaux caniches de Merkel », disent-ils estimant qu’à Berlin comme à Paris « les sociaux-démocrates sont la camisole de force des peuples ». Tout, absolument tout, nous oppose à cette manière de traiter des divergences politiques à gauche. Partisans de l’unité parce qu’elle est objectivement nécessaire et suppose donc que l’on se batte pour en réunir les conditions, nous condamnons ces propos irresponsables. Nous combattrons pour l’unité jusqu’au sein d’un Parlement probablement plombé demain par ses membres affiliés à l’extrême-droite.

Paris  où la crise politique se poursuit inexorablement. À propos de l’accord sur la formation professionnelle, qualifié d’« historique », alors qu’il n’assure aucunement le contrôle public des 32 milliards de fonds qui y sont consacrés et que l’on pourra, au mieux, cumuler en presque une décennie un droit à formation d’environ un mois... en Europe au XXIe siècle ! L’élargissement du nombre des entreprises assujetties à cotisation est une bien faible compensation. C’est pire à propos de l’intégration parce que dans la foulée du Président, tous se précipitent pour savonner la pente d’Ayrault, accusé de la mise en ligne d’un rapport non conventionnel. Or, celui-ci, pour discutable voire condamnable que soit telle ou telle de ses nombreuses « préconisations », a le mérite d’interroger un modèle prétendument d’intégration unique, daté, isolé en Europe et qui ne fonctionne pas ou plus. Se boucher les yeux et les oreilles pour éviter « les emmerdements qui volent toujours en escadrille », comme disait Chirac, n’avance pourtant à rien.

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