mardi 22 octobre 2013

Immigration, espionnage, nucléaire : l’Europe en creux !

Immigration, espionnage, nucléaire : l’Europe en creux !
 Le quartier général de la NSA à Fort Meade, Maryland (photo DR). Lycéens dans la rue à Paris le 17 octobre dernier (photo © AFP). Une centrale nucléaire (photo © AFP).

Ce sont les questions de ce début de semaine au ralenti pour cause de congés scolaires. Les trois soulignent un grand besoin d’Europe.
L’immigration d’abord et encore tant le pouvoir politique s’est ridiculisé dans la crise provoquée par l’expulsion d’une collégienne enlevée par la police dans le cadre scolaire. La communication du ministre de l’Intérieur souligne qu’il est prêt à tout pour satisfaire une dévorante ambition personnelle. Il sort peut-être « renforcé » de cette séquence peu glorieuse mais à droite seulement parce que pour ce qui est de la gauche, il n’a jamais été aussi peu crédible et légitime.

Hollande, lui, accuse le coup. Son choix ne le grandit pas. Il en fait l’otage, affaibli dans l’opinion, du ministre de l’Intérieur. Les prochains sondages donneront la mesure de sa vertigineuse glissade vers les profondeurs de l’impopularité. C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour le pays et pour la gauche qui affrontera les échéances électorales... avec ce lourd handicap. Cela ne contredit pas la nécessité pour elle de se rassembler face à la montée des périls mais cela en complique quelque peu les conditions de réalisation.

Quant au fond, ce ne sont pas quelques expulsions médiatisées et honteuses d’enfants et de leur famille qui font la réalité d’une politique. L’immigration légale est plus importante en France aujourd’hui que sous Sarkozy. C’est un fait et heureusement parce que cela correspond à un besoin pour le pays comme pour toute l’Europe. L’immigration clandestine en est le complément malheureux et inévitable. Il doit être géré avec discernement et humanité car ce sont les clés de l’efficacité.

Faut-il dès lors ouvrir un nouveau débat « national » comme l’envisage Le Roux, le chef du groupe parlementaire PS à l’Assemblée ? Si c’est pour collectionner quelques banalités propres à apaiser les « inquiétudes » du raciste imbécile du coin de la rue, c’est peine perdue. Il n’en aura que faire tout entier habité par les fantasmes d’une « invasion » dont certains assènent en toute impunité qu’elle est partout et menaçante. Mieux vaut améliorer ses conditions de vie en espérant que cela le rendra un peu moins c...

Il en irait autrement si les drames au large de Lampedusa et l’approche du scrutin européen débouchaient sur un vrai débat sur les conditions d’une maîtrise raisonnée et profitable à tous des flux migratoires. L’Europe, ses États et régions y ont intérêt. Le co-développement entre le sud et le nord européens, comme entre le sud et le nord planétaires en sont l’enjeu. Car si les objectifs onusiens du millénaire en matière de recul de la malnutrition et de la misère sont atteints, il reste à faire avec 46 % des quelque 241 000 milliards de dollars de richesses de l’humanité accaparés par 1% de la population.

C’est du pareil au même avec l’espionnage de tous par une seule agence au service d’un seul État. Ni rassurant, ni acceptable, en effet, ce tableau des pratiques de « cabinet noir » de l’oncle Sam qui sont absolument incompatibles avec les libertés publiques et démocratiques. Celles de l’État français et de ses services moins encadrés « légalement » et plus secrets ne le sont pas davantage. Une situation qui résulte tout à la fois d’une relation transatlantique encore fortement déséquilibrée, d’un bilan très négatif sur ce point de l’administration Obama et de « renoncements » persistants des gouvernements européens.

L’Europe – non la somme introuvable de ses États membres – a les moyens d’agir sur cette question aussi. Le Parlement de Strasbourg s’est ainsi doté des moyens formels de réagir en exigeant d’une part la « transparence » des Américains et d’autre part en envisageant des sanctions. À quelques jours du prochain sommet européen, c’est un point d’appui tout en sachant que la plupart des capitales européennes rechignent devant l’éventualité de faire respecter leur dignité et les droits des citoyens. C’est sur ce plan que devrait se déployer la diplomatie française plutôt que dans la recherche d’une relation bilatérale privilégiée avec les États-unis.

Reste le nucléaire où l’annonce du contrat piloté par EDF et Areva pour la construction de deux centrales nucléaires EPR de nouvelle génération outre-manche – 16 milliards d’euros – pose bien des questions. D’abord en ce qui concerne la transition énergétique qui ne saurait être « nationale ». C’est une évidence lourde de sens. La « divergence » des politiques actuelles au moins entre Londres, Paris et Berlin est intenable. Ensuite en matière de sécurité, comment envisager un instant que celle-ci puisse être « maîtrisée » au plan étroit des seuls États membres agissant chacun pour leur propre compte. Enfin, en matière de relance, est-ce cette économie qu’il nous faut à court, moyen et long termes ?

Autant de préoccupations qui soulignent tout à la fois un manque criant et une chance historique. Un manque d’Europe, de coopération intégrée qui aboutit à des décisions divergentes, parfois contradictoires avec ce que cela comporte de conséquences négatives pour l’avenir. Une chance historique parce que le choix d’une Europe fédérale s’impose comme celui de la raison et de l’efficacité. Il n’est, certes, pas majoritaire dans les opinions nationales à ce jour, mais c’est le seul possible pour l’Europe sociale, démocratique et solidaire que nous voulons. De quoi dicter nos choix et propositions pour les élections au Parlement européen de juin prochain.
 

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