Le
quartier général de la NSA à Fort Meade, Maryland (photo DR). Lycéens
dans la rue à Paris le 17 octobre dernier (photo © AFP). Une centrale
nucléaire (photo © AFP).
Ce sont les questions de ce début de semaine au ralenti pour cause de congés scolaires. Les trois soulignent un grand besoin d’Europe.
L’immigration
d’abord et encore tant le pouvoir politique s’est ridiculisé dans la
crise provoquée par l’expulsion d’une collégienne enlevée par la police
dans le cadre scolaire. La communication du ministre de l’Intérieur
souligne qu’il est prêt à tout pour satisfaire une dévorante ambition
personnelle. Il sort peut-être « renforcé » de cette séquence peu
glorieuse mais à droite seulement parce que pour ce qui est de la
gauche, il n’a jamais été aussi peu crédible et légitime.
Hollande,
lui, accuse le coup. Son choix ne le grandit pas. Il en fait l’otage,
affaibli dans l’opinion, du ministre de l’Intérieur. Les prochains
sondages donneront la mesure de sa vertigineuse glissade vers les
profondeurs de l’impopularité. C’est évidemment une mauvaise nouvelle
pour le pays et pour la gauche qui affrontera les échéances
électorales... avec ce lourd handicap. Cela ne contredit pas la
nécessité pour elle de se rassembler face à la montée des périls mais
cela en complique quelque peu les conditions de réalisation.
Quant
au fond, ce ne sont pas quelques expulsions médiatisées et honteuses
d’enfants et de leur famille qui font la réalité d’une politique.
L’immigration légale est plus importante en France aujourd’hui que sous
Sarkozy. C’est un fait et heureusement parce que cela correspond à un
besoin pour le pays comme pour toute l’Europe. L’immigration clandestine
en est le complément malheureux et inévitable. Il doit être géré avec
discernement et humanité car ce sont les clés de l’efficacité.
Faut-il
dès lors ouvrir un nouveau débat « national » comme l’envisage Le Roux,
le chef du groupe parlementaire PS à l’Assemblée ? Si c’est pour
collectionner quelques banalités propres à apaiser les « inquiétudes »
du raciste imbécile du coin de la rue, c’est peine perdue. Il n’en aura
que faire tout entier habité par les fantasmes d’une « invasion » dont
certains assènent en toute impunité qu’elle est partout et menaçante.
Mieux vaut améliorer ses conditions de vie en espérant que cela le
rendra un peu moins c...
Il
en irait autrement si les drames au large de Lampedusa et l’approche du
scrutin européen débouchaient sur un vrai débat sur les conditions
d’une maîtrise raisonnée et profitable à tous des flux migratoires.
L’Europe, ses États et régions y ont intérêt. Le co-développement entre
le sud et le nord européens, comme entre le sud et le nord planétaires
en sont l’enjeu. Car si les objectifs onusiens du millénaire en matière
de recul de la malnutrition et de la misère sont atteints, il reste à
faire avec 46 % des quelque 241 000 milliards de dollars de richesses de
l’humanité accaparés par 1% de la population.
C’est
du pareil au même avec l’espionnage de tous par une seule agence au
service d’un seul État. Ni rassurant, ni acceptable, en effet, ce
tableau des pratiques de « cabinet noir » de l’oncle Sam qui sont
absolument incompatibles avec les libertés publiques et démocratiques.
Celles de l’État français et de ses services moins encadrés
« légalement » et plus secrets ne le sont pas davantage. Une situation
qui résulte tout à la fois d’une relation transatlantique encore
fortement déséquilibrée, d’un bilan très négatif sur ce point de
l’administration Obama et de « renoncements » persistants des
gouvernements européens.
L’Europe
– non la somme introuvable de ses États membres – a les moyens d’agir
sur cette question aussi. Le Parlement de Strasbourg s’est ainsi doté
des moyens formels de réagir en exigeant d’une part la « transparence »
des Américains et d’autre part en envisageant des sanctions. À quelques
jours du prochain sommet européen, c’est un point d’appui tout en
sachant que la plupart des capitales européennes rechignent devant
l’éventualité de faire respecter leur dignité et les droits des
citoyens. C’est sur ce plan que devrait se déployer la diplomatie
française plutôt que dans la recherche d’une relation bilatérale
privilégiée avec les États-unis.
Reste
le nucléaire où l’annonce du contrat piloté par EDF et Areva pour la
construction de deux centrales nucléaires EPR de nouvelle génération
outre-manche – 16 milliards d’euros – pose bien des questions. D’abord
en ce qui concerne la transition énergétique qui ne saurait être
« nationale ». C’est une évidence lourde de sens. La « divergence » des
politiques actuelles au moins entre Londres, Paris et Berlin est
intenable. Ensuite en matière de sécurité, comment envisager un instant
que celle-ci puisse être « maîtrisée » au plan étroit des seuls États
membres agissant chacun pour leur propre compte. Enfin, en matière de
relance, est-ce cette économie qu’il nous faut à court, moyen et long
termes ?
Autant
de préoccupations qui soulignent tout à la fois un manque criant et une
chance historique. Un manque d’Europe, de coopération intégrée qui
aboutit à des décisions divergentes, parfois contradictoires avec ce que
cela comporte de conséquences négatives pour l’avenir. Une chance
historique parce que le choix d’une Europe fédérale s’impose comme celui
de la raison et de l’efficacité. Il n’est, certes, pas majoritaire dans
les opinions nationales à ce jour, mais c’est le seul possible pour
l’Europe sociale, démocratique et solidaire que nous voulons. De quoi
dicter nos choix et propositions pour les élections au Parlement
européen de juin prochain.
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