Obama à Washington (photo © Pablo Martinez Monsivais/AP). Berlusconi à Rome (© Giornalettismo).Strache,
le chef de l’extrême droite autrichienne, et Le Pen au Parlement
européen (photo © Picture Alliance). Le socialiste Antonio Costa, réélu
maire de Lisbonne (photo DR).
Octobre, celui des crises – 1929, 2008… – et des révolutions – 1917… – débute avec de mauvaises nouvelles en provenance de Washington, Vienne et d’ailleurs… et quelques signes d’espoir.
Washington. Le
blocage budgétaire qui paralyse désormais les États-Unis est une
mauvaise nouvelle économique mais aussi sociale et démocratique parce
que, comme le dit Obama, c’est l’État américain qui vient d’être
« fermé ». Si rien ne bouge d’ici là, il sera en défaut de paiement au
17 du mois. Quelque 800 000 fonctionnaires sont immédiatement privés de
salaires et empêchés d’accomplir leur travail au service du public.
L’armée, elle, est épargnée. Les marchés en tremblent sur leurs bases.
Mais l’enjeu du bras de fer entre l’administration démocrate et son
opposition républicaine n’est rien moins que la mise en place d’une
protection sociale – quelles qu’en soient les limites – pour des
millions d’Américains. La droite extrême US qui y voit « le socialisme »
n’en veut pas comme, jadis, elle ne voulait pas des droits civiques.
Elle tient en otage la majorité des Républicains de la Chambre des
représentants. Mais si Obama tient le choc et ne cède pas, elle perdra
et un progrès réel et durable pour des millions de citoyens verra le
jour.
Vienne. Les
résultats des élections sont inquiétants. Les sociaux-démocrates du
Chancelier, Faymann, reculent – 27,1 %. La droite conservatrice recule
aussi – 23,8 %. Ils maintiendront cependant leur attelage
gouvernemental. Les Verts, qui font figure d’opposition à gauche, ne
progressent pas autant que prévu – 11,5 %. Les gagnants, ce sont les
« autres », les extrêmes droites. Le double du FN – c’est avec lui que
Marine Le Pen va au bal – totalise 21,4 %. Il est flanqué d’un groupe
plus extrémiste encore qui obtient 3,6 % et n’entrera donc pas au
Parlement. Y siègeront en revanche un courant anti-européen emmené par
le milliardaire Frank Stronach, qui réalise 5,8 %, et un petit courant
« libéral » à l’allemande. Les quelque 6,4 millions d’électeurs
autrichiens donnent à nouveau des migraines à Bruxelles et aux autres
capitales de l’Union, car ce n’est pas la situation économique et
sociale, nettement meilleure que dans les autres États membres, qui
explique cette poussée de la « bête ». Elle témoigne plus qu’ailleurs
d’une adhésion – legs d’une histoire « oublieuse » – aux thématiques de
la droite extrême, à sa xénophobie et à son rejet de l’Europe.
Athènes.
Les néonazis de l’Aube dorée sont enfin poursuivis devant les
tribunaux. Nikos Michaloliakos et plusieurs autres députés sont sous les
verrous. Même si les sondages attestent d’un recul des intentions de
vote pour cette extrême droite ultraviolente, contre les immigrés en
particulier, le problème n’est pas réglé pour autant. Ses distributions
de vivres réservées aux seuls Grecs de souche restent très populaires
dans un pays où l’on « crève » désormais de faim. Ses liaisons
dangereuses avec des secteurs de l’appareil d’État issus de la dictature
des colonels refont surface. La décision du gouvernement d’agir
s’explique en partie par les « exigences démocratiques » de la Troïka...
Raison de plus pour « consolider » cette avancée au plan du droit comme
à celui de la solidarité. L’instauration auprès de la Cour européenne
des droits de l’homme d’un parquet, chargé de poursuivre les crimes de
l’extrême droite dans toute l’Europe, doit être mise à l’ordre du jour.
La solidarité européenne pour venir en aide aux populations et pas
seulement aux institutions financières est encore plus urgente bien sûr.
Lisbonne.
Les élections municipales confirment l’opposition très largement
majoritaire de la société portugaise à l’austérité imposée par le
gouvernement de Pedro Passos Coello, défait comme il le reconnaît
lui-même, au plan national. Cela ne l’empêchera pas d’en remettre une
couche avec de nouvelles coupes dans le budget de l’État sur proposition
de la Troïka. Le parti socialiste est le vainqueur incontesté de ces
élections locales. Il conserve haut la main Lisbonne – 3e
mandat d’Antonio Costa – et conquiert la majorité des municipalités dont
les belles prises de Sintra, dans la banlieue de Lisbonne et de Vila
Nova de Gaia dans celle de Porto. Dans la seconde ville du Portugal,
c’est un centriste, membre du gouvernement mais ayant pris ses distances
avec l’austérité, qui s’impose. Au total, 143 municipalités seront
dirigées par les socialistes, 33 par la coalition rouge verte contre 106
par les partis de droite, avant tout le PDS du chef du gouvernement.
Cette évolution, qui contraste avec celle d’autres États européen soumis
au joug de l’austérité, confirme l’importance de la mobilisation
sociale unitaire et sur la durée pour préserver les conditions du
changement politique.
Rome. Berlusconi,
condamné définitivement cet été et dans l’attente de nouveaux procès,
tente le tout pour le tout pour sauver sa peau de sénateur à vie. Le
retrait des ministres du Parti de la Liberté du gouvernement ouvre une
crise politique au dénouement incertain. Letta, le chef de la coalition
gauche-droite, issu lui-même du parti démocrate (ex-PC devenu
social-démocrate), posera la question de confiance au Parlement en
accord avec le Président de la République, Napolitano. S’il ne l’obtient
pas, il démissionnera ouvrant la voie à de nouvelles élections moins
d’un an après celles de février dernier qui avaient donné lieu à des
tractations interminables avant d’accoucher de la coalition emmenée par
Letta. Dans un contexte de sortie, incertaine et chaotique, de
l’austérité, des élections risqueraient de conduire à un nouveau blocage
avec la poussée probable du populiste Beppe Grillo. En Italie, les
mobilisations sociales qui se produisent encore, parfois par le
truchement des réseaux sociaux, ne sont pas au mieux de leur forme,
dépourvues de toute perspective politique crédible de changement. Une
nouvelle crise, longue et peut-être sans issue institutionnelle, serait
difficilement supportable pour la société et pourrait y réveiller « la
bête ».
Paris. En
comparaison, la situation française ferait presque figure de havre de
paix. Certes, à peine plus de 30 % des Français portent un jugement
positif sur l’action de Hollande et de Ayrault mais les institutions de
la Ve République ont la peau dure et fixent 2017 comme
horizon… même s’ils devaient perdre d’ici là toutes les élections
intermédiaires. Émergerait-on lentement de la crise que cela ne serait
guère lisible pour une opinion lassée de vaines joutes sur la « pause
fiscale » et de l’impéritie d’un État qui ne sait même plus compter le
nombre de chômeurs… On s’écharpe, dernière priorité du moment, sur les
ouvertures marchandes le dimanche, inscrites dans les pratiques de nos
voisins, d’Internet et alors que près d'un tiers des salariés – 8
millions – n'a pas le choix. Mieux vaudrait prendre la question de la
création d’emplois par le bon bout, celui d’une réduction générale du
temps de travail plutôt que continuer à « bricoler » de mauvais contrats
aidés et des dérogations bancales. Car, si la gauche se désespère, la
« bête » engrange pour mieux s’en prendre aux libertés le moment venu.
Nous avons le choix de laisser faire ou de réagir, de nous diviser ou de
nous rassembler sur l’essentiel pour gagner. Voilà le dilemme pour la
gauche, tous courants confondus, ici, comme dans toute l’Europe.
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