mardi 1 octobre 2013

Des signes d’espoir... sous les vents contraires

Des signes d’espoir... sous les vents contraires
Obama à Washington (photo © Pablo Martinez Monsivais/AP). Berlusconi à Rome (© Giornalettismo).Strache, le chef de l’extrême droite autrichienne, et Le Pen au Parlement européen (photo © Picture Alliance). Le socialiste Antonio Costa, réélu maire de Lisbonne (photo DR).


Octobre, celui des crises – 1929, 2008… – et des révolutions – 1917… – débute avec de mauvaises nouvelles en provenance de Washington, Vienne et d’ailleurs… et quelques signes d’espoir. 


Washington. Le blocage budgétaire qui paralyse désormais les États-Unis est une mauvaise nouvelle économique mais aussi sociale et démocratique parce que, comme le dit Obama, c’est l’État américain qui vient d’être « fermé ». Si rien ne bouge d’ici là, il sera en défaut de paiement au 17 du mois. Quelque 800 000 fonctionnaires sont immédiatement privés de salaires et empêchés d’accomplir leur travail au service du public. L’armée, elle, est épargnée. Les marchés en tremblent sur leurs bases.  Mais l’enjeu du bras de fer entre l’administration démocrate et son opposition républicaine n’est rien moins que la mise en place d’une protection sociale – quelles qu’en soient les limites – pour des millions d’Américains. La droite extrême US qui y voit « le socialisme » n’en veut pas comme, jadis, elle ne voulait pas des droits civiques. Elle tient en otage la majorité des Républicains de la Chambre des représentants. Mais si Obama tient le choc et ne cède pas, elle perdra et un progrès réel et durable pour des millions de citoyens verra le jour.

Vienne. Les résultats des élections sont inquiétants. Les sociaux-démocrates du Chancelier, Faymann, reculent – 27,1 %. La droite conservatrice recule aussi – 23,8 %. Ils maintiendront cependant leur attelage gouvernemental. Les Verts, qui font figure d’opposition à gauche, ne progressent pas autant que prévu – 11,5 %. Les gagnants, ce sont les « autres », les extrêmes droites. Le double du FN – c’est avec lui que Marine Le Pen va au bal – totalise 21,4 %. Il est flanqué d’un groupe plus extrémiste encore qui obtient 3,6 % et n’entrera donc pas au Parlement. Y siègeront en revanche un courant anti-européen emmené par le milliardaire Frank Stronach, qui réalise 5,8 %, et un petit courant « libéral » à l’allemande. Les quelque 6,4 millions d’électeurs autrichiens donnent à nouveau des migraines à Bruxelles et aux autres capitales de l’Union, car ce n’est pas la situation économique et sociale, nettement meilleure que dans les autres États membres, qui explique cette poussée de la « bête ». Elle témoigne plus qu’ailleurs d’une adhésion – legs d’une histoire « oublieuse » – aux thématiques de la droite extrême, à sa xénophobie et à son rejet de l’Europe.

Athènes. Les néonazis de l’Aube dorée sont enfin poursuivis devant les tribunaux. Nikos Michaloliakos et plusieurs autres députés sont sous les verrous. Même si les sondages attestent d’un recul des intentions de vote pour cette extrême droite ultraviolente, contre les immigrés en particulier, le problème n’est pas réglé pour autant. Ses distributions de vivres réservées aux seuls Grecs de souche restent très populaires dans un  pays où l’on « crève » désormais de faim. Ses liaisons dangereuses avec des secteurs de l’appareil d’État issus de la dictature des colonels refont surface. La décision du gouvernement d’agir s’explique en partie par les « exigences démocratiques » de la Troïka... Raison de plus pour « consolider » cette avancée au plan du droit comme à celui de la solidarité. L’instauration auprès de la Cour européenne des droits de l’homme d’un parquet, chargé de poursuivre les crimes de l’extrême droite dans toute l’Europe, doit être mise à l’ordre du jour. La solidarité européenne pour venir en aide aux populations et pas seulement aux institutions financières est encore plus urgente bien sûr.

Lisbonne. Les élections municipales confirment l’opposition très largement majoritaire de la société portugaise à l’austérité imposée par le gouvernement de Pedro Passos Coello, défait comme il le reconnaît lui-même, au plan national. Cela ne l’empêchera pas d’en remettre une couche avec de nouvelles coupes dans le budget de l’État sur proposition de la Troïka. Le parti socialiste est le vainqueur incontesté de ces élections locales. Il conserve haut la main Lisbonne – 3e mandat d’Antonio Costa – et conquiert la majorité des municipalités dont les belles prises de Sintra, dans la banlieue de Lisbonne et de Vila Nova de Gaia dans celle de Porto. Dans la seconde ville du Portugal, c’est un centriste, membre du gouvernement mais ayant pris ses distances avec l’austérité, qui s’impose. Au total, 143 municipalités seront dirigées par les socialistes, 33 par la coalition rouge verte contre 106 par les partis de droite, avant tout le PDS du chef du gouvernement. Cette évolution, qui contraste avec celle d’autres États européen soumis au joug de l’austérité, confirme l’importance de la mobilisation sociale unitaire et sur la durée pour préserver les conditions du changement politique.

Rome. Berlusconi, condamné définitivement cet été et dans l’attente de nouveaux procès, tente le tout pour le tout pour sauver sa peau de sénateur à vie. Le retrait des ministres du Parti de la Liberté du gouvernement ouvre une crise politique au dénouement incertain. Letta, le chef de la coalition gauche-droite, issu lui-même du parti démocrate (ex-PC devenu social-démocrate), posera la question de confiance au Parlement en accord avec le Président de la République, Napolitano. S’il ne l’obtient pas, il démissionnera ouvrant la voie à de nouvelles élections moins d’un an après celles de février dernier qui avaient donné lieu à des tractations interminables avant d’accoucher de la coalition emmenée par Letta. Dans un contexte de sortie, incertaine et chaotique, de l’austérité, des élections risqueraient de conduire à un nouveau blocage avec la poussée probable du populiste Beppe Grillo. En Italie, les mobilisations sociales qui se produisent encore, parfois par le truchement des réseaux sociaux, ne sont pas au mieux de leur forme, dépourvues de toute perspective politique crédible de changement. Une nouvelle crise, longue et peut-être sans issue institutionnelle, serait difficilement supportable pour la société et pourrait y réveiller « la bête ».

Paris. En comparaison, la situation française ferait presque figure de havre de paix. Certes, à peine plus de 30 % des Français portent un jugement positif sur l’action de Hollande et de Ayrault mais les institutions de la Ve République ont la peau dure et fixent 2017 comme horizon… même s’ils devaient perdre d’ici là toutes les élections intermédiaires. Émergerait-on lentement de la crise  que cela ne serait guère lisible pour une opinion lassée de vaines joutes sur la « pause fiscale » et de l’impéritie d’un État qui ne sait même plus compter le nombre de chômeurs… On s’écharpe, dernière priorité du moment, sur les ouvertures marchandes le dimanche,  inscrites dans les pratiques de nos voisins, d’Internet et alors que près d'un tiers des salariés – 8 millions – n'a pas le choix. Mieux vaudrait prendre la question de la création d’emplois par le bon bout, celui d’une réduction générale du temps de travail plutôt que continuer à « bricoler » de mauvais contrats aidés et des dérogations bancales. Car, si la gauche se désespère, la « bête » engrange pour mieux s’en prendre aux libertés le moment venu. Nous avons le choix de laisser faire ou de réagir, de nous diviser ou de nous rassembler sur l’essentiel pour gagner. Voilà le dilemme pour la gauche, tous courants confondus, ici, comme dans toute l’Europe.


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