Merkel en ombre chinoise (photo © Reuters).
La victoire de Merkel consacre l’austérité à l’européenne... mais ne dit pas comment l’Allemagne et l’Europe peuvent en sortir.
Merkel
a gagné, non pas aux points, mais par KO, raflant la mise à droite,
tutoyant même la majorité absolue dans un État où c’est exceptionnel. La
Chancelière, forte de ce troisième mandat, entre de ce fait dans
l’histoire allemande et européenne, aux côtés de Konrad Adenauer et
d’Helmut Kohl, hommes de droite, hommes d’État, Européens assumés.
Contrainte de négocier une coalition avec le SPD, Merkel le fera en
position de force et en principe plus libre pour les quatre années à
venir... à moins que les élections européennes ne limitent sa marge de
manœuvre.
Car
la nouvelle est en soi porteuse de nuages pour le ciel européen même si
cela aurait pu être pire. Le parti Alternative für Deutschland (Afd),
populiste et anti-européen, rate en effet de peu son entrée au Bundestag
après avoir été crédité un temps de 20 % des intentions de vote. Il
pèsera sans doute davantage lors du scrutin européen du printemps. Pour
mémoire, il y a peu, c’était le parti des pirates, populiste et
libertarien, qui pimentait les joutes électorales. Il est moribond. La
comparaison souligne un glissement à droite de la société allemande,
vieillissante et hésitante sur son futur.
La
lourde défaite des sociaux-démocrates du SPD comme celles des Grünen –
les Verts – et de Die Linke – la Gauche – en donnent la mesure. Le SPD,
avec à peine un électeur sur quatre, reste dans la zone de relégation de
son plus bas historique, il y a quatre ans. Il paie toujours "la casse
sociale" de Schröder. Au-delà des boulettes de Peer Steinbrück, son
candidat à la Chancellerie, il disposait pourtant d’un atout de poids
avec la perspective d’instaurer un salaire minimum dans un pays où la
pauvreté touche quelque 23 % de la population. La coalition dirigée par
Merkel l’instaurera sans doute... mais à sa mesure bien sûr.
Le
reste des forces qualifiées de progressistes recule également. Les
Grünen ont cessé d’incarner une orientation claire entre arrangements
locaux y compris avec la CDU, retour sur certaines complaisances passées
à l’endroit des pratiques pédophiles et incertitudes d’une transition
énergétique dont ils étaient porteurs. Die Linke obtient encore des
résultats importants dans les Lands de la partie orientale sur la base
d’une « nostalgie » sans frais car sans enjeu, mais elle y perd aussi
des électeurs au profit de l’Afd. Sombre tableau au final pour les
forces qui contestent la politique d’austérité de Merkel.
Une
politique d’austérité dont personne ne sait à ce jour ce qu’il va
advenir. D’un côté, les électeurs ont su gré à Merkel d’avoir tenu les
comptes du pays à la faveur d’une politique globalement antisociale en
Allemagne et dans le reste de l’Europe où ce fut pire. De l’autre, elle a
lâché du lest durant la campagne, pressée par les exigences de relance
au plan intérieur – 28 milliards de promesses – ainsi qu’au plan
extérieur – mécanisme de soutien aux États en difficulté – pour ne pas
trop mécontenter la BCE, Paris et Washington notamment. Il est même
probable que l’excédent commercial excessif de Berlin cette année la
contraigne à agir plus vite qu’elle ne le souhaiterait.
Les
pronostics sont de ce fait hasardeux. Certes, la droite allemande a
gagné la partie électorale haut la main. L’espoir d’un renforcement du
poids des gauches européennes, au-delà de leurs différences, s’éloigne
un peu plus à court terme. Berlin peut encore retarder à son profit un
redémarrage de la machine économique européenne mais pas très longtemps
au risque d’en faire les frais économiquement et surtout politiquement.
C’est à la mesure de sa capacité à gérer cette phase de transition entre
le déjà plus et le pas encore que Merkel sera jugée par les Européens…
et peut-être par l’histoire.
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