mardi 24 septembre 2013

Berlin : ce que ne disent pas les élections allemandes

Berlin : ce que ne disent pas les élections allemandes
Merkel en ombre chinoise (photo © Reuters).


La victoire de Merkel consacre l’austérité à l’européenne... mais ne dit pas comment l’Allemagne et l’Europe peuvent en sortir.

Merkel a gagné, non pas aux points, mais par KO, raflant la mise à droite, tutoyant même la majorité absolue dans un État où c’est exceptionnel. La Chancelière, forte de ce troisième mandat, entre de ce fait dans l’histoire allemande et européenne, aux côtés de Konrad Adenauer et d’Helmut Kohl, hommes de droite, hommes d’État, Européens assumés. Contrainte de négocier une coalition avec le SPD, Merkel le fera en position de force et en principe plus libre pour les quatre années à venir... à moins que les élections européennes ne limitent sa marge de manœuvre.

Car la nouvelle est en soi porteuse de nuages pour le ciel européen même si cela aurait pu être pire. Le parti Alternative für Deutschland (Afd), populiste et anti-européen, rate en effet de peu son entrée au Bundestag après avoir été crédité un temps de 20 % des intentions de vote. Il pèsera sans doute davantage lors du scrutin européen du printemps. Pour mémoire, il y a peu, c’était le parti des pirates, populiste et libertarien, qui pimentait les joutes électorales. Il est moribond. La comparaison souligne un glissement à droite de la société allemande, vieillissante et hésitante sur son futur.

La lourde défaite des sociaux-démocrates du SPD comme celles des Grünen – les Verts – et de Die Linke – la Gauche – en donnent la mesure. Le SPD, avec à peine un électeur sur quatre, reste dans la zone de relégation de son plus bas historique, il y a quatre ans. Il paie toujours "la casse sociale" de Schröder. Au-delà des boulettes de Peer Steinbrück, son candidat à la Chancellerie, il disposait pourtant d’un atout de poids avec la perspective d’instaurer un salaire minimum dans un pays où la pauvreté touche quelque 23 % de la population. La coalition dirigée par Merkel l’instaurera sans doute... mais à sa mesure bien sûr.

Le reste des forces qualifiées de progressistes recule également. Les Grünen ont cessé d’incarner une orientation claire entre arrangements locaux y compris avec la CDU, retour sur certaines complaisances passées à l’endroit des pratiques pédophiles et incertitudes d’une transition énergétique dont ils étaient porteurs. Die Linke obtient encore des résultats importants dans les Lands de la partie orientale sur la base d’une « nostalgie » sans frais car sans enjeu, mais elle y perd aussi des électeurs au profit de l’Afd. Sombre tableau au final pour les forces qui contestent la politique d’austérité de Merkel.

Une politique d’austérité dont personne ne sait à ce jour ce qu’il va advenir. D’un côté, les électeurs ont su gré à Merkel d’avoir tenu les comptes du pays à la faveur d’une politique globalement antisociale en Allemagne et dans le reste de l’Europe où ce fut pire. De l’autre, elle a lâché du lest durant la campagne, pressée par les exigences de relance au plan intérieur – 28 milliards de promesses – ainsi qu’au plan extérieur – mécanisme de soutien aux États en difficulté – pour ne pas trop mécontenter la BCE, Paris et Washington notamment. Il est même probable que l’excédent commercial excessif de Berlin cette année la contraigne à agir plus vite qu’elle ne le souhaiterait.    

Les pronostics sont de ce fait hasardeux. Certes, la droite allemande a gagné la partie électorale haut la main. L’espoir d’un renforcement du poids des gauches européennes, au-delà de leurs différences, s’éloigne un peu plus à court terme. Berlin peut encore retarder à son profit un redémarrage de la machine économique européenne mais pas très longtemps au risque d’en faire les frais économiquement et surtout politiquement. C’est à la mesure de sa capacité à gérer cette phase de transition entre le déjà plus et le pas encore que Merkel sera jugée par les Européens… et peut-être par l’histoire.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire